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ALICE Chapitre 1 : Souvenirs

Auteur de recits


Récit écrit par Brindherbe.
Auteur femme.



histoire publiée le 14-01-2011
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8215-b1175

Titre : ALICE Chapitre 1 : Souvenirs

Roman aventure  Amour  Mystère 
 
 

ALICE Chapitre 1 : Souvenirs


Chapitre 1 : Souvenirs …
Je tirai la fermeture de mon sac de voyage facilement. J’avais finalement pris assez peu de choses : quelques vêtements, deux paires de chaussures, une petite trousse de toilette. Le reste était stocké ici, et franchement laisser tous mes souvenirs dans cette maison fermée à clef me convenait parfaitement…
Machinalement, je tirai le rideau avant de fermer la porte, histoire de faire plaisir à ma mère qui avait en horreur le moindre courant d’air. Mon taxi n’était pas encore là. Mais, je n’avais vraiment pas envie de rester à l’attendre dedans et puis il fallait que je dépose le double des clefs chez la voisine.
Je sonnai et Mme Michel m’ouvrit au bout de quelques secondes.
- Je vous apporte les clefs, lui annonçai-je.
- Ah oui, combien de temps partez vous ? me questionna-t-elle.
Je grimaçai intérieurement … le temps n’avait aucune espèce d’importance à mes yeux … Je marmonnais une réponse plus où moins vague et puis m’éclipsai rapidement pour attendre la voiture.
Le taxi me déposa devant la gare. Le TGV vers Paris était déjà là, très bien, je n’aurais pas à tergiverser sur ce que je m’apprêtais à faire.
Le léger balancement du train ne convenait pas à mon humeur, j’étais nerveuse. Dans deux heures, je serais dans la capitale, simple étape de mon voyage. Ensuite, je prendrais le tunnel sous la manche pour me rendre à Londres, dans son université prestigieuse.
Je n’en revenais pas d’avoir accepté la proposition de la Cellule. Enfin si, je savais pourquoi j’avais accepté, mais pourquoi eux avaient semblé être si intéressés par moi me dépassait.
Me rendre en pays étranger pour le compte d’une mystérieuse association secrète ne me ressemblait pas du tout … Je ne me ressemblais du tout depuis plusieurs mois de toute façon.
Mentalement, je comptais dans ma tête le nombre de mois où j’avais erré sans but, six ou sept, je n’étais pas sure. C’était comme si mon cerveau refusait de calculer précisément cette période de ma vie où je m’étais repliée sur moi-même.
Une voix nasillarde dans le haut parleur me fit sursauter. Le train entrait dans la gare parisienne. Je m’étais assoupie, sans m’en rendre compte, une première ! Finalement, ce changement de vie s’avérerait peut être bénéfique ricanais-je intérieurement.
Comme dans la gare de départ, le train pour Londres était déjà là. Je montais dedans sans aucun regret pour ma vie actuelle, personne ne restait derrière moi … Pourtant je sentis cette bonne vieille vague de déprime surgir en moi. Non ! Pas cette fois, il fallait que je résiste, les derniers mois avaient été trop noirs pour que je me laisse aller. Je savais ce qui pouvait se passer lorsque ma mélancolie et ma tristesse prenaient le dessus.
En passant par la porte du train, je me jurais de ne plus penser à ces mois sombres et me tourner vers l’avant désormais.
Finies les journées dans le noir d’une chambre, finies les envies de mort, finie la survie. S’en aller est plus facile que vivre dans ces moments. Mais, pour l’amour de personnes chères, je me devais de rester en vie. Il fallait que je résiste !
A ma descente du train à Londres, en premier, je ne vis que des gens pressés. J’étais un peu perdue mais en même temps un sentiment positif m’envahissait … Bizarre, n’est-ce-pas ? Il y a quelques heures, je me revoyais tomber en dépression et là j’étais presque satisfaite de me trouver à Londres. Peut être que j’atteignais un état irréversible où je n’étais même plus capable d’analyser mes propres sentiments …
Je suivis le flot de voyageurs pressés.
Certains étaient au téléphone parlant business, celui devant moi semblait particulière stressé, une histoire de contrat non conclu apparemment … La dame qui marchait à côté de lui, sans pour autant sembler le connaitre avait les sourcils froncés, signe de grosse réflexion … Derrière moi, j’entendais un pas trainant. Sans me retourner je pariais sur un adolescent « cool » qui jugeait ses congénères pressés complètement toqués. Lui-même, dans moins de dix ans, serait à leur place dans un costume-cravate bien taillé avec des chaussures brillantes noires en train de courir après le temps.
Le temps.
Cette donnée m’obsédait. Prendre son temps ou courir parce qu’une vie peut être courte : en profiter pour savourer chaque moment ou bien galoper pour la remplir au maximum au cas où elle s’abrégerait d’un coup, sans crier gare ? Si je vivais assez longtemps pour être vieille et ridée, j’espérais avoir une réponse à cette question.
Mes réflexions me menèrent vers le métro. Au moment de monter dans la rame, je tournais la tête, histoire de voir si j’avais raison sur l’ado cool, mais je fus déçue, il ne m’avait pas suivie.
Au bout de quelques stations, je descendis et me dirigeais sans hésiter vers une sortie. Au moins, la Cellule avait bien fait les choses en m’envoyant un plan, j’avais repéré le chemin pour me rendre sur le campus de la University of London.
Au bureau des étudiants étrangers, une dame charmante m’accueillit en parlant lentement anglais et en détachant chacun de ses mots. Je lui lançai un regard peu avenant ! Ce n’était pas parce que je venais de France, que je ne savais pas parler anglais couramment. Sa façon de parler me faisait penser qu’elle me prenait pour une débile. Apparemment, elle comprit mon regard, parce que son sourire s’effaça, son ton devint plus sec et son débit fluide. Elle me tendit un plan du campus, inutile, puisque je l’avais déjà en tête ainsi qu’une paire de clefs et un formulaire d’état des lieux à remplir et à rapporter très rapidement insista-t-elle. Grognant un au revoir à peine poli, je sortis du bureau. Elle m’avait mise de mauvaise humeur. Pourquoi ? Je n’en savais rien, je m’en fichais parce que de toute façon la mission assignée par la Cellule ne contenait surement pas « être polie avec la dame de l’accueil » !
En traversant le campus, je croisais quelques étudiants, assez peu finalement. Mais il est vrai que les cours ne reprenaient que dans deux jours. Deux jours à tuer, à moins que la Cellule ne me contacte avant. Ce qu’il y a de pénible avec ces gens, c’est leur manie du secret. Quand même, ils auraient pu me donner un jour de rendez-vous ! Ils s’imaginaient quoi ? Qu’un groupe de terroristes allaient m’enlever, me torturer et m’obliger à révéler notre lieu de rencontre !
La petite chambre qui m’était attribuée correspondait en tout point à une chambre de Cité U en France. Le lit mesurait les quatre-vingt-dix centimètres réglementaires, ses montants étaient en acier brillant. Je m’y assis et contemplait la pièce, le dos appuyé sur le mur. Face à moi, se trouvait le bureau. Il était en mélanine, couleur pin. Rien de plus banal. La peinture des murs était grise mais paraissait impeccable. L’ensemble me donnait le cafard. Meublée ou pas, la chambre était vide. En comparaison, mon ancienne chambre s’afficha dans mon esprit. Je sentis une légère oppression sur ma poitrine. Non ! Je ne pouvais continuer à me projeter dans le passé ! Je refoulai tant bien que mal mon souvenir. Je me levai et inspirai profondément. Vite, il fallait que je trouve quelque chose à faire, m’occuper les doigts, remplir mon esprit … Un ordinateur portable flambant neuf ainsi qu’un téléphone mobile ultra plat noir trônaient sur le bureau.
Mazette ! pensai-je en effleurant le pc portable, la Cellule savait recevoir ses nouvelles recrues, un bijou pareil devait valoir dans les deux milles euros !
Je m’apprêtais à l’ouvrir mais j’arrêtais mon geste en chemin. Ce portable me faisait l’effet d’une boite de pandore : si je l’ouvrais, je serais dans l’incapacité de reculer. Autant sauter à pieds joints dans ma nouvelle vie, après une bonne douche !
Je me détournai de l’ordinateur, ouvris mon sac, pris ma trousse de toilette et une serviette et partis à la recherche de la salle de bain (commune !) dans le couloir. C’était la deuxième porte après la mienne. Ce n’était pas si horrible que je le pensais : il y avait des cabines individuelles assez spacieuses pour que je ne sois pas contrainte de mouiller mes vêtements pendant que j’étais sous l’eau. Ces douches semi-collectives me rappelèrent un camping du sud de la France avec ma famille il y a quelques années.
Le souvenir fut si violent et me prit tellement par surprise que je dus m’appuyer contre la paroi pour ne pas défaillir. Mes jambes tremblaient de l’intérieur et mon cœur battait aussi vite qu’un coureur de marathon. Au bout de quelques minutes, je réussi à presser le bouton, et une eau brûlante me permit de reprendre mes esprits. Je ne m’attendais pas à être encore si démunie face à mes souvenirs, je m’étais relâchée. Ma vie d’avant ne devait plus jamais resurgir ainsi et annihiler toutes mes réactions et pensées. Mentalement, je fis le geste de fermer un tiroir et de jeter la clef. Ce souvenir là au moins, ne pourrait plus sortir. Espérons que le prochain irait tout seul dans le tiroir !
Je pris mon temps sous l’eau chaude. Un à un, je sentis mes muscles se décontracter, preuve, s’il en fallait, que j’étais vraiment à fleur de peau. Je m’essuyais soigneusement et me rhabillais. Je n’avais plus rien à faire dans la cabine, mais je sentis mon estomac se contracter au moment d’ouvrir la porte. « Courage, espionne trouillarde ! » pensais-je, « ce n’est qu’un pc portable qui t’attends, pas un colis piégé ! ». Je passai dans le couloir, ne croisant personne et rentrai dans ma chambre. Evidemment, l’ordinateur était toujours là. Je rangeais mes affaires de toilette, puis je le pris et m’installais confortablement sur le lit. Je l’ouvrais et lançais la bécane. En quelques secondes, elle était allumée et un message apparu : « please, password ».
Je m’attendais à tout, du genre « cet ordinateur s’autodétruira dans exactement 15 min », « lisez attentivement les consignes avant de les effacer », ou même aucun message, mais là … un mot de passe ? Je n’en avais aucune idée ! En ricanant, je tapais justement « no idea ! », mais bien sûr ça ne marchait pas ! Alors je tapais mon prénom : ALICE. «access denied », bon, mon nom alors, LORNA. Les deux ensembles peut-être ? « access denied ». Les initiales ? AL, A LORNA, ALICE L, en minuscule, avec espace, sans espace, d’abord le nom, ensuite le prénom, je crois que j’ai essayé toutes les façons (heureusement qu’il y avait plus que trois essais possibles !), avant de me dire que ça devait être autre chose … je levais découragée la tête vers la fenêtre.
Malgré l’heure tardive, la nuit n’était pas encore noire. Je ne voulais pas retourner pianoter sur le PC, je tendis alors le bras vers le bureau et attrapais le téléphone. « Toi, si tu oses me demander un code PIN, je te balance contre le mur » lui dis-je à voix haute. Je pressais le bouton ON et attendais. Ouf ! Il s’alluma normalement, pas de message, pas de code. Je regardais dans contacts, pour voir qui pouvaient être mes correspondants, la rubrique était vide. Evidemment. Je recherchais l’option langue pour le mettre en français, c’était plus simple pour moi. Après une ou deux minutes, c’était chose faite.
C’est alors que je remarquai un logo @ qui tournait dans le coin supérieur droit du téléphone. Je devais donc avoir accès à internet avec ce portable, pratique. Le téléphone m’avait occupé pendant cinq minutes, maintenant je n’avais plus rien à faire, à part percer le mystère de l’ordinateur.
Réfléchissons, c’était la Cellule qui avait mis ce mot de passe. S’il y avait mot de passe, ça voulait dire qu’il y avait quelque chose à garder secret. Donc, quoiqu’il arrive, il fallait que je consulte ce PC. Si la Cellule n’avait pas jugé utile de me donner le mot de passe, c’est que j’allais le deviner toute seule.

Ouais, bon, je n’étais pas plus avancée.

La Cellule n’avait pu mettre qu’un mot qui devait me sembler évident. Donc, faire appel à mes souvenirs qui remontaient à avant notre rencontre était inutile.
Je m’allongeais sur mon lit et me replongeais dans cette étrange conversation du mois dernier.
Le téléphone avait sonné en pleine après-midi.
- Mademoiselle Lorna, ici Monsieur Baccara, je suis expert-assureur. Tout d’abord, toutes mes condoléances, je viens d’apprendre le drame qui vous a touché ces derniers mois.
- …
- Je souhaiterais vous rencontrer rapidement pour vous faire part d’une assurance vie souscrite il y a quelques années par votre mère au bénéfice de votre frère, avait poursuivi mon interlocuteur.
- Quelle est votre compagnie d’assurance ? avais- je demandé alors. J’étais tellement habituée à ce que divers experts en tout genre, assurance, banque, notaire m’appellent ces derniers mois, que pas une seconde, je n’avais mis en doute ses paroles.
- Eh bien, je suis disponible de suite si vous le souhaitez. En fait je suis même devant votre maison, avait-il ajouté.
Je ne m’étais guère posée de questions. Un expert devant chez moi au moment où il m’appelait m’avait paru anodin à l’époque. Il faut dire que rien ne n’aurait pu me sortir de la léthargie où j’étais prostrée.
J’avais donc ouvert la porte à Monsieur Baccara.
Dès son entrée, un sixième sens m’avait avertie, comme si un néon rouge clignotait au-dessus de sa tête : Monsieur Baccara n’est pas ce qu’il prétend être.
A la lumière des événements d’aujourd’hui et de ma venue à Londres, on peut dire qu’effectivement, j’avais un bon sixième sens pensais-je sans humour.
- Mademoiselle, je n’irai pas par quatre chemins, écoutez-moi attentivement et ne m’interrompez pas.
Il avait réussi à piquer ma curiosité, je m’étais assise plus droite sur mon fauteuil.
- Je n’appartiens pas à la compagnie d’assurance VIVEA (ben voyons !), mais je travaille pour un groupe secret d’intervention. Nous souhaiterions faire appel à vous pour une mission d’infiltration.
J’avais dû mettre de longues minutes pour que tous ses mots parviennent à mon cerveau et se transforment en paroles intelligibles. Ma première réaction fut de scruter ses yeux. Il avait un regard … frais. Il me regardait sans impatience malgré mon silence et aucune lueur d’humour n’apparaissait dans ses pupilles. Ce qui m’avais fait ravaler la réplique qui m’était venue aux lèvres « Elle est où la caméra ? ». Finalement, j’avais compris pourquoi je trouvais son regard frais : c’était ses yeux immobiles qui ne clignaient pas.
Malgré le silence, il semblait pouvoir attendre plusieurs heures, le temps que je prenne ma décision (à savoir le croire, ou le mettre à la porte).
Je déglutis, inspirais légèrement :
- Pourquoi moi ?
Je me serais donnée des claques ! Quelle question ! Une personne sensée aurait demandé qu’il me prouvât ce qu’il avançait, ou mieux encore lui aurait dit de sortir, mais je n’étais pas une personne dans son état normal.
- Vous êtes concernée par le réseau que nous souhaiterions infiltrer.
- Dans quelle mesure ? et de quel réseau parlez-vous ?
Pour le coup, j’avais senti qu’il se raidissait, comme si mes questions abordaient un sujet sensible.
- Eh bien, le réseau est responsable du décès de votre frère … et de votre mère.
Cette phrase m’avait vrillé les oreilles. Aussitôt j’avais senti mon cerveau lutter contre l’information qui lui parvenait : Non ! Non ! semblait-il hurler, ne l’écoute pas Alice, tu vas avoir trop mal, non !
Mais l’homme en face ne semblait pas vouloir me laisser de répit. Indifférent à la douleur qui envahissait mon cœur pour déborder jusqu’à mes yeux, il me parlait.
Il était au courant de tout. L’accident de ma mère survenu au mois de novembre de l’année précédente. La voiture était sortie de la route dans un virage. Ma mère roulait vite, trop vite avait-on dit. Tellement vite qu’elle n’avait pu éviter ce stupide arbre au bord de la chaussée. Elle s’était tuée sur le coup.
Il savait aussi comment mon frère et moi avions été prévenus. Un coup de fil en pleine nuit. J’avais répondu, de très mauvaise humeur, je détestais être tirée du lit à trois heures du matin. Là, mon interlocuteur avait exigé d’avoir mon frère au bout du fil. J’avais râlé, disant qu’il dormait, mais la voix s’était faite menaçante. J’avais réveillé mon frère, il avait un sommeil de plomb, il n’avait pas entendu le téléphone. Il avait pris la communication. L’information avait été donnée rapidement, en moins de cinq secondes. Dans la pénombre du couloir, je n’avais pas remarqué la pâleur de mon grand frère. Il s’était assis par terre et avait refusé de me dire quoique ce soit, répétant uniquement que ça n’était pas vrai, que ça ne pouvait se produire, qu’il avait promis de tout arranger. Moi je n’y comprenais rien, et il était impossible de lui tirer le moindre mot cohérent.
Au bout de quelques temps, dix minutes, trente minutes, une heure je ne sais pas, le téléphone avait sonné et j’avais de nouveau décroché. Cette fois-ci la voix était plus amicale mais chagrine. C’était la police qui était sur les lieux de l’accident et qui avait le regret de m’annoncer le décès de maman.
Les jours suivants cette nuit là sont vraiment très flous pour moi et je pense que ça été pire que tout. Au lieu de réaliser brutalement, de prendre la réalité en pleine face et de souffrir une fois pour toute, elle s’était imposée sournoisement. Des fois, je comprenais que je ne reverrais plus ma mère, à d’autres moments, je croyais l’entendre poser ses clefs en rentrant de son travail.
Mon frère a tout géré, l’hôpital, la police, l’enquête, l’enterrement … Il s’agitait dans tous les sens, et moi je me trainais, incapable de prendre soin de lui, de moi, de nous.
Cette soudaine prise de conscience me tordit le ventre sur le lit. Ainsi, je n’avais pas joué ce rôle protecteur qu’il avait tenu pour moi. Repoussant l’onde de culpabilité qui m’assaillait, je m’obligeai à reprendre le fil de mes souvenirs. Pour une fois, ceux-ci me semblaient moins douloureux que le sentiment présent.
Monsieur Baccara continuait son monologue, racontant une partie de ma propre histoire que je ne connaissais pas. Il est vrai que mon frère avait été souvent absent après l’enterrement. J’avais mis cette fuite en avant sur le compte de la douleur. Lui courrait, moi je me taisais pour moins souffrir.
L’homme en face de moi m’appris après quoi courrait mon frère.
Il se droguait bien avant la mort de ma mère. Il avait eu besoin d’argent pour subvenir à sa dépendance. Alors en plus de se droguer, il avait dealer pour un réseau. J’ignorais cette histoire sordide. Jamais mon frère n’avait montré une quelconque dépendance devant moi ou ma mère. J’étais contente que cette dernière ne l’ai jamais su. Cela l’aurait tué !
Et puis, un jour, le grain sable, une cargaison qui disparait. Mon frère a été accusé, sommé de rembourser plusieurs milliers d’euros. Il n’a pas pu ou pas su respecter les délais. Les trafiquants l’ont menacé, puis ont menacé sa famille, c'est-à-dire ma mère, moi.
Et d’un coup, dans la bouche de l’homme aux intonations graves, l’accident de voiture se transforme en meurtre.
J’étais déchirée en deux : une partie de moi voulait qu’il se taise, l’autre lui hurlait mentalement de continuer. Un redoutable sentiment montait en moi : la colère ! Mon frère, ma mère et moi avions toujours été très unis. Lorsque l’un d’entre nous était attaqué, les deux autres lui apportaient leur soutien. Là, j’étais en colère parce que je n’avais pas pu aider mon frère, ni sauver ma mère !
J’appris alors que mon frère s’était mis en quatre pour identifier celui qui était à l’origine de « l’accident ». Mais, son « enquête » avait mal tourné.
J’avais reçu un coup de fil à nouveau d’un hôpital : mon frère était mort d’une overdose. C’était un consommateur très régulier, il venait de perdre sa mère, donc le diagnostique était tombé aussitôt : suicide.
Sauf que moi, je savais : mon frère avait promis. « Nous deux contre tous les autres et avec maman. » On avait sept et dix ans, et il avait jusque là tenu sa promesse. Et il aurait continué si on lui avait laissé le choix !
Ce que m’apprenait Baccara me soulageait dans un sens et confirmait l’intuition qui s’était manifestée à l’annonce de son suicide : on avait aidé mon frère à mourir ! Il n’avait pas souhaité m’abandonner. J’imaginais son déchirement lorsqu’il s’était vu mourir. J’aurais éprouvé le même à sa place. Il avait dû se sentir tellement coupable de me laisser. J’espérais que maintenant il savait que je ne lui reprochais plus rien.
J’espérais … première fois depuis sept mois que je pensais positivement …

Je ne savais pas depuis combien de temps Baccara ne parlait plus, mais il s’était levé, m’avait dit qu’il me laissait du temps pour assimiler ce que je venais d’entendre et qu’il me recontacterait plus tard.
Pendant une semaine, je m’étais torturé l’esprit.
Mission d’infiltration avait-il dit … dans un réseau … celui qui avait assassiné ma famille … devais-je laisser tomber ? Essayer de me reconstruire ? Ou faire comme mon frère, suivre n’importe qui, n’importe quelle piste pour les venger, au risque de mourir ?
Je m’agitais dans tous les sens.
C’est en mangeant dans la cuisine, que je compris que ma décision avait été prise depuis la visite de Baccara.
Je m’agitais, je mangeais, choses que je n’avais pas faite depuis janvier, après la mort de mon frère chéri. En quelques secondes je fis défiler les sept derniers mois dans ma tête : je n’allais plus en cours à la fac, je ne sortais pas de la maison, je ne voyais personne, je ne mangeais même pas tous les jours …
Alors que là, j’avais un semblant d’activité. Je n’avais aucune idée de là où ça me mènerait, mais c’était toujours mieux que ça.
Et puis un mercredi, j’avais trouvé un prospectus des assurances VIVEA sur le paillasson, avec un numéro de téléphone.
Alors j’avais appelé.
Baccara avait dit qu’il arrivait chez moi.
- Mademoiselle, je suis satisfait que vous ayez accepté notre proposition. Grâce à votre frère, nous avons pu identifier des membres de l’organisation par leur prénom mais sans les localiser … sauf un. Nous savons qu’il habite Londres et suit des cours de droit à l’université. Pour le bon déroulement de l’opération, il faut donc vous y rendre et suivre les cours.
- C’est tout ?
- Oui. Ecoutez, analysez et faites nous parvenir tout ce que vous apprendrez sur un certain Samy.
- Quand est-ce que je parts ?
- Nous sommes en juillet, la rentrée universitaire se fait début septembre, donc fin août sera parfait.
- Et d’ici là ?
- Oui ? interrogea-t-il presque étonné, je ne pense pas d’ailleurs que ce soit le genre de personne à s’étonner de quelque chose, sinon, il ne serait pas là à me recruter moi Alice Lorna, 22 ans pour une mission d’espionne !
- Pas de formation, de briefing, de bilan de compétences, de cours de combat, je ne sais pas moi ! C’est vous l’espion, moi je suis stagiaire !
- Non. »
Sur ce dernier et unique dernier mot, il s’était levé et était parti avant que je ne sois debout. Mais finalement, je l’avais rattrapé avant qu’il ne franchisse le portail.
« - Pourquoi moi ? demandai-je comme lors de notre premier entretient, je veux dire, à part ma mère … mon frère …
- C’est simple, les tests que vous avez passés lorsque vous êtes entrée à l’université nous ont été transmis. C’est ainsi pour tous ceux qui pourraient nous intéresser. Vous êtes ainsi entrées dans notre fichier de recrues potentielles.
- Potentielles ?
- Oui, nous ne faisons appel qu’à une petite partie des dossiers, uniquement lorsqu’un événement quelconque se produit et nous assure la pertinence d’un recrutement. »
Ce coup-ci, il était parti pour de bon.
Un événement quelconque ? La mort de ma famille ? Des tests universitaires transmis aux RG ? Là ca y était, on était en plein roman !
Avec le recul, ce mois et demi d’attente sans aucune nouvelle leur avait permis de tester la force de mon engagement. Ainsi, ce n’est que deux jours avant mon départ que je reçus une enveloppe avec les détails de mon voyage jusqu’à Londres. Mais aucune mention de la « mission ». Là, c’était le brouillard total pour moi en montant dans le taxi.
D’ailleurs, ça l’était encore ! songeai-je en revenant brutalement dans ma chambre d’étudiante.
Une illumination me vint pourtant. Je repris le PC portable sur mes genoux et tapait un mot dans la fenêtre :
PAUL
C’était le nom de mon frère.




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Comment cette jeune femme va-t-elle se débrouiller dans ce monde hostile et palpitan qui n'est pas le sien? Nadia

 

 

J'adore l'ambiance qui s'instaure, j'espère qu'il y aura une suite à votre histoire qui tient d'entrée en haleine. Bien à vous. Marcel

 





   
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