Rencontrez, discutez et faites connaissance sur Des Histoires...
...
ESPACE AUTEUR (pas encore inscrit)
 
mémoriser     [Mot de passe perdu ?]
écrire une histoire Ecrire une histoire
Faites connaitre ce site :
 

ALICE Chapitre 2 : Rencontres.

Auteur de recits


Récit écrit par Brindherbe.
Auteur femme.



histoire publiée le 21-01-2011
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8222-b1176

Titre : ALICE Chapitre 2 : Rencontres.

Roman aventure  Mystère  Amour 
 
 

ALICE Chapitre 2 : Rencontres.


Chapitre 2 : Rencontres.
Un léger ronronnement se fit entendre, l’ordinateur démarrait pour de bon. On aurait dit qu’il s’étirait, comme un chat après un long somme.
Je regardai les inscriptions s’afficher sur l’écran, fascinée. J’avais réussi ! J’avais pu me repasser le film de mes souvenirs sans sombrer dans la dépression. Pour la première fois, j’analysais mes souvenirs différemment, avec plus de recul. C’est comme si je retrouvais la vue. Je pouvais me rappeler sans souffrir physiquement. Oui, j’étais triste, oui je sentais l’absence de maman et Paul, mais plus de vertiges incontrôlables.
Le bip signalant l’ouverture du système d’exploitation me fit revenir à la réalité.
Sur l’écran, en plus des logiciels habituels, se trouvait un dossier « Alice, lis-moi ». Sentant une certaine excitation monter en moi, je double-cliquais joyeusement dessus.
Destinataire : Alice Lorna
Objectif mission : contact visuel avec la cible
Cible : Samuel Leveau, 24 ans, étudiant en droit des affaires
Et c’était tout. Même pas des félicitations pour avoir trouvé le mot de passe en moins d’une nuit !
Et puis cette Cible, ils auraient pu mettre une photo ! Comment allais-je faire pour le repérer dans un amphithéâtre de trois cents étudiants ?
Je ne m’attendais pas à si court. Je pensais être un peu plus aiguillée sur ce qu’il fallait faire : juste regarder ce Leveau ou bien lui parler aussi ? le suivre à travers le campus ? repérer son adresse ? ses fréquentations ? à qui ferais-je mes rapports d’espionne ? L’impassibilité de Baccara me manquait. C’était mieux que cet écran fixe. Finalement, je fermai le document, éteignis le PC et allai me coucher. Je n’ai pas vraiment dormi, plutôt somnolé, mais pour une fois mes pensées divaguaient vers le lendemain et non pas vers les mois passés.
En ouvrant les yeux, je vis qu’il était plus de dix heures. C’était mon dernier jour libre, alors autant en profiter pour jouer la paresseuse.
Mais rapidement, le couloir s’agita. Des portes s’ouvrirent, des voix s’exclamèrent contentes de se retrouver et je compris qu’il en était fini de la tranquillité de la cité U.
Je me levai, me coiffai très rapidement, m’habillai et partis à la recherche d’un breakfast. Je croisais des étudiants et j’affichai mon sourire « je ne suis pas timide mais réservée, on se parlera une autre fois ». Grâce à lui, je pus descendre de la résidence sans être abordée. Avoir été seule si longtemps dans la maison de ma mère m’avais fait oublier la vie en communauté. Il faudrait que je prenne sur moi pour fréquenter d’autres personnes ! Surtout si ma « mission » consistait à prendre contact avec Leveau. Je repérai une espèce de restaurant rapide à quelques mètres de moi et je m’y engouffrai.
Je commandai un café ainsi qu’une gaufre. Je regrettai amèrement le café. C’était imbuvable : soit je m’en privais tant que j’étais à Londres, soit j’achetais une cafetière.
Vers onze heures, je sortis du café et avançai. C’est à ce moment là que je réalisai que je n’avais rien à faire de toute la journée. Les cours commençaient demain uniquement. Je m’arrêtai d’un coup. De quoi aurais-je l’air demain, si j’arrivais les mains vides, sans rien pour écrire. J’imagine que je devais rendre ma couverture crédible … et en plus acheter un bloc notes m’occuperait un peu ce matin.
Je retournais à ma chambre, en me demandant avec quel argent j’allais payer : je n’avais pas de Livres, ma carte bleue ne valait pas grand-chose. Et allais-je être payée pour mon « travail » ? C’est la première fois que cette interrogation me traversait la tête … De quoi allais-je vivre ?
Super, j’avais encore plus d’interrogations qu’hier en me couchant ! Si au moins je pouvais joindre cette Cellule !
Mais comment n’y avais-je pas songé plus tôt ? Ah vraiment, ma lenteur d’esprit m’agaçait au plus haut point ! Je courus vers la résidence et montai les escaliers quatre à quatre : je devais avoir un accès internet sur le PC ! Je pourrais surement envoyer un mail ! Sinon à quoi me servirait-il ce fichu PC ?
J’ouvris la porte et … m’arrêtai net sur le seuil.
Quelqu’un était entré.
Mon fameux sixième sens s’était mis en alerte. Il y avait un-je-ne-sais quoi dans l’atmosphère … comme un parfum très très léger, presque indécelable.
Un coup d’œil à ma chambre confirma mon impression. Sur mon bureau, il y avait une chemise cartonnée verte qui n’était absolument pas là quand j’étais partie. Je détestais cette impression d’être épiée. Je devais être sous surveillance depuis mon arrivée à Londres, peut être même depuis mon départ de France ! Faudrait savoir : j’étais l’espionne ou l’espionnée ?
Je ricanais intérieurement : moi qui courrais pour simplement écrire un mail, je découvrais que la Cellule pouvait entrer en contact avec moi quand elle voulait. J’étais à sa merci.
Lentement, j’approchais de la chemise : elle était ordinaire. Son contenu était celui d’une étudiante : feuilles blanches, emploi du temps, liste des enseignants, stylos.
J’étais furieuse, je me sentais observée, entravée dans mes mouvements. Même ma petite sortie pour aller acheter des fournitures était annulée. Ils avaient tout amené. Ils auraient pu me laisser un mot quand même !
J’avisai alors le PC portable qui avait retrouvé sa place initiale sur le bureau. Je l’avais laissé au pied du lit ce matin. Fébrilement, j’appuyais sur le bouton, entrai mon mot de passe et attendis quelques secondes. Sur le bureau virtuel, le premier dossier avait disparu, un second l’avait remplacé « Alice, lis moi 2 ». J’avais l’impression qu’ils me prenaient pour l’Alice du pays des merveilles : Alice, mange moi, Alice, bois moi, Alice lis moi, Alice suis moi aveuglément … pfff, voilà que je délirais ! j’ouvris le nouveau dossier sans plus réfléchir.
Cette fois ci, c’était encore plus court : « coli à retirer- poste relais campus ». Bon, moi qui voulais un but de sortie, je l’avais.
En sortant je croisais une étudiante blonde avec des pommettes rebondies. Elle me salua avec chaleur, mais avant qu’elle put engager la conversation je filai dans l’escalier. Plus tard les relations humaines, plus tard, un colis m’attendait.
Il me fallut une bonne dizaine de minutes pour me rendre sur place. Il y avait assez peu de monde et un guichet se libéra rapidement. Je formulais ma demande, la dame me demande ma pièce d’identité. Ouf ! je l’avais dans la poche arrière de mon jean. Elle partit quelques minutes et me rapporta un colis de taille moyenne. Son poids ne m’appris rien, mais en le secouant j’entendis quelque chose bouger.
Je pris mon temps pour rentrer. Le fond de l’air était tiède, le soleil ne brillait pas mais mon pull suffisait à me couvrir.
En arrivant de nouveau à la chambre, je l’ouvrais avec précaution, au cas où un visiteur serait revenu, mais non, rien n’avait bougé. Je m’assis sur le lit et ouvris le carton. Ce dernier contenait une boite … avec une ouverture codée ! Ah non, pitié ! Ca devenait pénible ! Mais finalement, le code 0000 suffit pour ouvrir la boite.
Dedans, il y avait une lettre tapée à la machine, un passeport avec ma photo dont le prénom était bien le mien mais pas le nom et deux cartes bleues. La lettre m’expliquait que la carte bleue traditionnelle correspondait à mon compte personnel où serait viré mon salaire, et que la « black card » était réservée aux dépenses professionnelles de tout ordre, sans limite. Je retenais un sifflement en observant le rectangle de plastique noir. Apparemment, le nom sur le passeport était ma nouvelle identité. Et une dernière ligne m’exhortait à toujours sortir avec le téléphone portable qui m’avait été fourni et d’aller en cours avec le PC.
Bon très bien. Plus que toute une après midi à tuer. Pas très palpitante finalement ma nouvelle vie.
Un léger toc toc retentit soudain à ma porte. Par reflexe, je remis la carte noire dans le boite et ne gardait que la CB bleue et le passeport. Je verrouillais la boite avec ma date de naissance en guise de code, pas le temps d’en trouver un plus original. Puis j’allai ouvrir. C’était la fille aux joues rebondies. Elle prit la parole avec assurance :
- Bonjour, je m’appelle Jenny. Je ne t’ai jamais vu auparavant dans cette résidence ? T’étais où avant ?
- Je viens d’arriver de France.
- Ah ah, je savais bien que je ne t’avais jamais croisée avant ! (elle connaissait donc tous les visages du campus ?!?) Si tu veux, je peux t’emmener faire un tour sur le campus, je dois retrouver des amis. On fera connaissance sur le chemin.
Et elle tourna les talons avant que je ne réponde. Vraiment, c’était le genre de fille qui ne doutait de rien ! En même temps, j’avais déjà attrapé mon sac bandoulière dans lequel je glissais ma carte bleue et mes nouveaux papiers et je lui emboitais le pas.
- Ca fait longtemps que tu es dans cette université ?
- C’est ma troisième année. Tu vas voir, l’ambiance est plutôt détendue et sympa. Je suis en faculté de lettres, et toi ?
- Euh … en droit, lâchai-je.
- Ah le droit, c’est pas du tout mon truc, trop de travail, trop de livres à lire, sérieux … Au moins en lettres, on lit des romans, des essais …
- Pourquoi es-tu venue me chercher dans la chambre ?
- Tu faisais si désœuvrée, j’ai eu pitié, rit-elle. Je me souviens de ma première semaine en arrivant ici. Personne ne me parlait, c’était horrible ! Alors, je n’avais pas envie que tu revives la même chose.
Sur le chemin, nous croisâmes tellement d’étudiants qui la saluèrent joyeusement, que j’eus du mal à croire qu’elle avait pu rester ne serait-ce qu’une semaine sans rencontrer quelqu’un ! Mais au moins, à chaque fois, elle me présentait comme Alice, une étudiante en droit. Finalement, nous rejoignîmes ses amis dans un pub du centre du campus. Apparemment, tout était prévu ici pour que les étudiants ne sortent pas de leur lieu d’études. Les amis de Jenny étaient plutôt ouverts, et leur bonne humeur communicative. Ça faisait tellement longtemps que je n’avais pas passé de temps avec des gens que ça en était … bizarre. Ils m’intégrèrent dans leur groupe sans problème, blaguant sur ma quasi absence d’accent français. Deux ou trois de la bande était en droit comme moi, et les autres venaient d’horizon varié (arts, sciences, mathématiques, …). L’après midi fila à une vitesse déconcertante. Je parlais peu, écoutais beaucoup et finalement, je trouvais leur compagnie distrayante. A un moment, quelqu’un donna l’heure du départ, il était près de dix-huit heures. La joyeuse troupe se donna rendez-vous dans un pub vers vingt heures, histoire de profiter des vacances jusqu’au bout.
Je repartis en compagnie de Jenny ainsi qu’une autre fille qui habitait au même endroit que nous. Je les questionnais sur l’endroit où nous allions le soir même.
- Tu vas voir, c’est très chouette, c’est hors du campus et c’est très … londonien, cosmopolite ! On rencontre toute sorte de gens très intéressants me dit Jenny.
- Ah c’est sûr que Jenny est la mieux placée pour te venter les mérites de ce pub, vu le temps qu’elle y a passé l’année dernière ! la taquina son amie Karen.
- Ah mais, non, je ne dis pas ça pour ça ! se rebiffa-t-elle, Reconnais au moins, que c’est un pub avec de la bonne musique … et de la bonne bière !
- Et des beaux garçons …. Inaccessibles ! railla Karen
Jenny fit la moue mais ne répondit pas. Karen se fit un malin plaisir à m’expliquer la situation :
- Ca fait un an que Jenny est folle d’un bel étudiant étranger mystérieux, me raconta Karen, mais ce dernier ne cède pas à ses nombreuses avances, et elle est plus qu’éperdument amoureuse !
- Tu parles trop Karen, lança Jenny, mais tu as raison, il est beau et mystérieux …j’ai un plan pour l’aborder innocemment ce soir …
- Ah ! Fais attention Alice, Jenny a toujours une imagination débordante dans ces situations, et en général, il y a des victimes collatérales !
- Je ne crains pas le danger, m’amusais-je, j’ai hâte d’observer Jenny en action !
- Observer ? me reprit cette dernière, tu rêves ! Tu es mon plan d’attaque pour ce soir !
- Quoi ? Je la regardais avec des yeux ronds.
- Tu dois juste jouer la pauvre petite étudiante française éplorée qui ne comprend pas un mot de ce qu’on dit, et le tour est joué !
- Je ne te suis pas du tout !
- Il parle très bien français à ce qu’on m’a dit, donc je te présente, tu engages la conversation et au bout de trois minutes, tu t’éclipses, histoire de nous laisser l’intimité dont nous avons besoin pour nos retrouvailles !
Elle partit d’un rire cristallin, certaine que je la suivrais dans son délire ! Nous nous séparâmes devant nos chambres. Jenny voulait quarante cinq minutes pour se préparer à retrouver son « presque chéri » comme elle disait elle-même.
Vingt minutes me suffirent pour passer sous la douche et me changer. J’hésitai un moment pour le maquillage, puis y renonçai. Je trouvais très étrange d’être plutôt heureuse. Je me sentais même coupable. J’avais perdu ma famille depuis moins de neuf mois, et ça y est, je replongeais dans ma vie festive d’étudiante. Où étaient mes compagnes Douleur et Vengeance ?
Mes idées noires furent stoppées par la tourbillonnante Jenny qui entra dans la chambre sans frapper !
- Je suis prête ! On va manger un morceau avant de retrouver les autres ?
Pendant notre collation, Kate et Jenny m’étourdirent par leurs bavardages. Je n’arrivais pas à suivre leur conversation, mais pour autant je n’étais pas capable de suivre le fil de mes pensées. C’était comme être comme entre deux mondes, en attendant de basculer vers l’un ou l’autre. Lorsqu’elles raclèrent leur chaise sur le sol en se levant, je revins dans leur réalité et les suivis à travers la ville.
Comme toute capitale, Londres était animée. Une population jeune parcourait les rues. Kate et Jenny m’apprirent que nous allions dans un quartier où il y avait plus de pubs que n’importe où en Angleterre. Je connaissais mal la capitale. J’y étais venue plusieurs fois, mais jamais pour y résider un certain temps.
A l’angle d’une rue, les filles s’arrêtèrent devant le Jack’s Pub. Du bruit s’échappait de la porte qui ne cessait d’être ouverte et fermée par un flot de consommateurs. Sans hésiter les filles entrèrent et se dirigèrent vers le fond de l’établissement.
Ce pub était l’image même d’un pub traditionnel, ou du moins, c’était l’image parfaite que je m’en faisais. L’air était chaud, voir lourd, je pouvais entendre une musique rock si je tendais bien l’oreille. Et les rires. De chaque coin du pub, j’entendais rire. Des rires clairs, des rires gras, des rires flûtés, des rires tonitruants. Des voix tentaient de prendre le dessus : certains criaient pour se faire entendre de l’oreille d’un voisin pourtant située à moins de trente centimètres. Les chopes de bière tourbillonnaient autour de moi. Un garçon en tenait trois dans les mains et les fit passer au-dessus de ma tête. Une fille reposait son verre vide sur le bar et en réclamait une autre au barman. Tout ce bruit, musique, rires, voix donnait une ambiance très chaleureuse. J’étais d’office bien dans ce pub. Je m’y plaisais, pas de sixième sens en alerte. Finalement, j’étais comme eux, je me préparais à passer une soirée plaisante, autour d’alcool, histoire de fêter la fin des vacances. Malgré le monde, ce n’était pas bondé, et ainsi nous pûmes facilement nous frayer un chemin à travers les tables. Jenny et Kate furent accueillies par des hurlements : une bande de trois gars ne nous avaient pas attendu pour commencer la fête ! Il était tôt mais déjà ceux-là semblaient déjà « fatigués ». Ceux déjà présents se serrèrent pour nous laisser de la place sur la banquette, quelqu’un amena des chaises, preuve que nous n’étions pas encore au complet. Sans même que je ne commande quelque chose, une bière apparue devant moi. Imitant les autres, je levai mon verre et trinquai avec ferveur.
Chacun commença à discuter, je ne comprenais pas tout, mais personne ne me parlait vraiment, donc je me contentais de fixer mon attention sur une conversation. Deux étudiants comparaient leurs emplois du temps et donnaient leur avis sur certains profs. Ils étaient en droit comme moi, alors ils furent ravis de m’exposer tous les atouts et inconvénients de cette faculté. Ils allaient en venir aux fêtes de l’année universitaire à ne pas manquer, lorsqu’on me tapa sur l’épaule. C’était Jenny.
- Tu ne veux pas sortir une minute ? J’ai chaud, ça va me faire du bien de prendre l’air.
- Je viens.
A moi aussi, ce serait bénéfique. Mine de rien, j’avais vidé ma bière, et après tant de temps sans avaler une goutte d’alcool, je me sentais guillerette.
Je la suivais, et cette fois-ci, ce fut beaucoup plus difficile de traverser l’établissement. Il y avait beaucoup plus de monde. Je ne m’étais pas aperçue que le pub s’était rempli petit à petit. Jenny sortit une cigarette, m’en proposa une que je refusais. Elle semblait avoir quelque chose à dire. Finalement, après quelques minutes je l’interrogeais.
- Il n’est pas là, lâcha-t-elle
-Qui ? lui demandais-je perdue.
-Vladimir, celui que je dois te présenter, tu te souviens hein ?
-Ah oui, moi la pauvre petite étudiante française perdue dans la grande capitale anglaise et ne parlant pas un mot d’anglais !
Elle s’esclaffa devant ma mine à faire pleurer un mur.
-Tu seras parfaite ! N’oublie pas de vite filer pour me le laisser !!!
-Je n’oublie pas, mais s’il ne vient pas ?
-Eh bien, tant pis pour ce soir, je te confierai à ses soins demain matin en t’amenant à ton premier cours.
Je levais les sourcils d’un air interrogateur. Mais de quoi parlait-elle ?
-Je t’emmène demain à l’amphi où tu as cours, je fais les présentations, lui dit que tu as besoin de lui pour ne pas te perdre, et que je te récupère vers midi. Comme ça, je pourrais lui proposer de manger avec moi, toi bien sûr, tu auras quelque chose de très très important à faire à ce moment là … »
Sa capacité à dénicher une situation qui la mettrait en relation avec son « Roméo » semblait beaucoup plus étendue que ce que j’avais imaginé !
- Crois-tu vraiment que ton Vladimir va s’embêter avec une étudiante française ?
-Ah, mais, c’est un gentleman. Il est très prévenant avec les femmes. Il tient les portes, paye toujours les consommations, donne sa veste s’il sent que tu as froid, quand il te dit bonjour il prend aussi de tes nouvelles, …
Je m’imaginais alors, un de ces hommes, toujours aux petits soins, « tu n’as pas froid ma chérie, tu ne veux pas mon parapluie, tu veux que j’aille chercher la voiture pour t’éviter de marcher ? … ». Ouh là, très peu pour moi. Ce n’est pas que je n’aime pas les petites attentions, il ne faut pas mentir tout de même, mais bon, y’a des limites à respecter ! Payer l’addition dès qu’on sort, moi je suis plutôt du genre « une fois c’est toi, une fois c’est moi », vive l’égalité que diable !
Sa cigarette terminée, Jenny proposa de retourner à l’intérieur, rejoindre les autres. Mais ce fut impossible. Il y avait trop de monde pour passer, les corps étaient collés les uns contre les autres, je crois même que certains en ont profité pour avoir les mains baladeuses !
J’allais dire à Jenny de renoncer, lorsqu’un drôle de phénomène se produisit. Imaginez donc un endroit où il y a un brouhaha indescriptible, des conversations dans tous les sens. Eh bien, pendant une seconde, tout s’arrêta. Les conversations stoppèrent, les têtes se tournèrent toutes vers l’entrée. Puis un instant plus tard, chacun était reparti dans sa discussion, avec encore plus d’entrain qu’avant semblait-il. Cela avait été tellement bref, tellement inattendu, que je croyais avoir rêvé cet instant. De plus j’étais coincée derrière Jenny, dos à la porte donc je ne pouvais absolument pas voir ce qui s’était passé. Cependant, Jenny se retourna face à moi, et se tordit le cou vers cette fameuse porte. Mais bon sang, que voulait-elle voir ? Curieusement, les autres autours jetaient des coups d’œil dans la même direction mais de manière plus ou moins discrète. Jenny était vraiment la seule à se faire remarquer. Elle sautillait sur place, se hissait sur la pointe des pieds et me donnait des coups par la même occasion. Comme je grognais, elle me dit quelque chose, mais je n’entendais rien. Cette fois-ci, elle m’obligea à me retourner et hurla près de mon tympan :
-Il est là !
Alors, je le vis. Je l’avais à peine balayé des yeux, que mon sixième sens vira au rouge. Un sentiment très fort monta comme une vague. Il partit du centre de mon estomac, remonta jusqu’à mon cœur et sortit par mes yeux. Si un regard pouvait tuer, je crois que s’en était fait de lui. Mon cœur battait à toute vitesse, je devais vraiment résister pour ne pas l’apostropher. Tout mon corps voulait l’agresser. Je ne sais pas ce que je lui aurais dit. Je n’aurais sûrement rien dit, simplement frappé, cogné. Il cristallisait d’un coup ma douleur, ma vengeance, ma haine … mais pourquoi ? Cette interrogation me permit de me relâcher. Je pris une profonde inspiration. J’ouvris les points que j’avais serrés sans m’en rendre compte. J’entrepris de le détailler attentivement, histoire de comprendre ce qui provoquait cette vague de violence chez moi.
Il était de peau plutôt mate, de type méditerranéen. Ces cheveux étaient foncés et coupés assez courts. Sa tenue était simple mais de très bon goût, les vêtements de qualité, pas du drugstore d’à côté ! Après mon observation générale, je fixais son visage. Un sourire y était collé. Mais en le regardant plus attentivement, je vis ses yeux noirs. Eux ne souriaient pas. Pire, ils étaient en alerte. Ils passaient d’une tête à une autre, de manière méthodique. Il avait commencé par regarder sur sa droite et revenait doucement, à la manière d’un prédateur, vers sa gauche. Ses prunelles émettaient une drôle de lueur. Personne dans le bar ne cherchait à rencontrer son regard, je dirais même que chacun l’évitait. Jenny près de moi ne se tenait plus. Mais qu’avait-elle donc ? Tout le monde semblait … craindre … cet homme, et elle, elle se dandinait … fallait-elle qu’elle soit inconsciente ? ou aveugle ? … ou amoureuse. Sa phrase me revint à l’esprit « Il est là ! ». C’était donc Vladimir. Charmante fréquentation ! Lui un gentleman ? Je n’en mettrais pas ma main à couper ! Pendant ce temps, il continuait son « balayage » méthodique, histoire de vérifier sa notoriété peut-être.
Mon sixième sens repartit de plus belle, une petite voix m’avertit qu’à moment ou à un autre, il croiserait mes yeux. Une vague panique m’envahit, mais je la repoussai. Il me tardait de le défier. Je sais, c’était stupide : soixante petits kilos contre, à vue de nez, à peu près quatre-vingt, ce n’est pas un défi, juste une envie suicidaire. Ce Vladimir n’allait sûrement pas apprécier !
Effectivement, ses yeux rencontrèrent les miens. Machinalement, il allait passer à quelqu’un d’autre, quand il sursauta et revient sur moi. « Ah, ah, tu ne t’attendais pas à ça, le regard qui tue d’Alice » ricanais-je intérieurement ! Il me sonda férocement, son regard me brûla presque mais je tins le coup sans ciller. Notre échange silencieux me parut durer une éternité. Mais ce qu’il fit me pris au dépourvu. Il sourit. Pas avec son sourire figé, mais avec ses yeux, ils étaient rieurs. Les coins de la bouche se relevèrent un peu plus, et j’eus la nette impression qu’il était secoué d’un éclat de rire franc. Et puis il s’avança.
Là, je me dis que j’étais quand même mal partie. Je détachais mes yeux des siens et dit à Jenny :
-Dans dix secondes, ton amoureux sera là, il avance vers nous.
-Qui ? Qu’est-ce que tu racontes ? Il n’est pas encore dans le pub !
Que racontait-elle encore ?
-Mais tu viens de me hurler qu’il était là, et un type s’avance vers nous, il vient de là où tu regardes !
Elle me regarda, aussi perdue que moi, puis suivit mon regard. Soudain une lueur de compréhension s’afficha sur son visage.
- Mais non, ce n’est pas lui, ça c’est Samy ! Si je te dis qu’il est là, c’est que l’un ne va pas sans l’autre. Si tu vois Samy, Vladimir n’est pas loin et vice versa !
Elle m’aurait dit qu’elle était une extraterrestre, je n’aurais pas été plus choquée.
Samy.
Ce prénom résonna en moi à en faire mal.
La providence avait-elle mis dès ce soir Samuel Leveau sur mon chemin, où était-ce juste une coïncidence de prénom, rien à voir avec ma Cible ?
Samy interrompit mes pensées. Il salua Jenny avec une voix grave, elle bégaya une réponse en retour. Apparemment, elle ne s’était pas attendue à ce qu’il lui adresse la parole. Pendant ce temps, je m’étais recomposée un visage que j’espérais pas trop hostile, au cas où il serait LE Samy. Un silence s’établit, Samy me fixait et moi aussi. Puis Jenny réagit et mal à l’aise, elle fit les présentations… sans nom de famille, zut !
- Avance !! Tu bouches le passage ! J’ai soif !
Samy grogna et se retourna de moitié. Qui pouvait lui parler ainsi ? En voyant le sourire de Jenny redoubler, je compris que c’était son Roméo cette fois-ci qui parlait. Elle n’attendit pas pour le saluer, ni pour me présenter. Elle mettait à exécution son plan !
- La jolie copine de Jenny ne parle pas, annonça Samy rigolard. Je n’ai pas encore entendu le son de sa voix. Elle n’a pas répondu à mon bonjour !
-C’est pas qu’elle ne parle pas, c’est que tu parles trop vite, elle est française, me coupa Jenny avant que je ne lui lance une réponse cinglante. Ce gars m’horripilait, mais Jenny encore plus ! Ca y est, elle avait réussi à me faire passer pour l’étudiante bébête !
-Et tu viens de quelle ville ? me demanda Vladimir.
-De Bordeaux.
-Je connais, je n’y suis pas resté longtemps, mais je m’en souviens. J’ai beaucoup voyagé en France, et j’aime énormément.
Je ne pouvais que le croire. Son français était impeccable. Il avait un léger accent, mais pas du tout british, plutôt … slave. Russe peut-être vu son prénom. Son ton amical et courtois me détourna un instant de Samy que je fixais toujours. Je regardais son ami et ses yeux me frappèrent. Ils étaient très clairs. Autant Samy semblait vouloir forcer vos pensées les plus secrètes, autant Vladimir avait un regard doux et respectueux. D’ailleurs, mon sixième sens s’était à nouveau endormi. Comme Samy, il était plutôt élégant et comme lui, il semblait scruter ce qui se passait autour de lui tout en me parlant. Lui aussi était en alerte constante. Que redoutaient-ils dans un pub bondé ?
- Va nous chercher des bières ! Tu as dit que tu avais soif, ordonna Samy.
Un éclair passa dans les yeux de Vladimir. Visiblement, recevoir un ordre ne lui convenait pas.
-Cherche nous une table alors ! J’emmène la française pour qu’elle m’aide, toi prends Jenny !
Super, et quand est-ce qu’on lui demande son avis à la française ? Ah, j’en reparlerais à Jenny de son gentleman. Mais cette dernière suivit Samy en me lançant un regard triomphant ! Visiblement, partager un verre avec les deux hommes lui convenait parfaitement. Je n’avais plus qu’à suivre le mouvement. Je retenais un soupir et suivais Vladimir. En plus, on allait mettre des heures à arriver au bar, autant de temps perdu pour sonder Samy !
Curieusement, le chemin fut plus facile que je ne pensais. J’y regardais à deux fois, effectivement, les gens semblaient s’écarter sur son passage. Lui et Samy semblaient … influents. Le barman le salua chaleureusement, et pris un soin tout particulier à préparer nos quatre bières. Son sourit s’élargit lorsque Vladimir sortit une Black Card, identique à celle dans la boite de ma chambre, pour payer. Au moins, je ne m’étais pas trompée sur la provenance des habits, ce n’était pas pour les petites gens comme moi !
-Depuis combien de temps es-tu là ? me demanda en français Vladimir pendant qu’il attendait sa carte.
-Hier.
-Tu as pris le train, le bateau où l’avion ?
Je le regardais d’un air interrogateur avant de comprendre qu’il essayait de faire la conversation, en français en plus pour m'être agréable, vu que je ne « parlais » pas anglais. Cette fois-ci, je m’obligeais à construire une réponse plus longue.
-J’ai pris le train depuis la gare Montparnasse. C’est le plus court.
-Oui. Mais je préfère prendre le bateau quand je vais en France. Ça ne m’arrive pas souvent, mais si je peux, c’est un régal pour moi ! Tiens, me dit-il en me tendant deux verres, je passe devant toi pour ouvrir le chemin dans la foule !
Je le suivais dans son sillage. Samy et Jenny avait réussi à trouver un coin plus tranquille. Rien d’étonnant : vu comment les personnes s’écartaient sur le chemin de Vladimir, j’imaginais sans mal, que certains avaient quitté la table pour la laisser à Samy. Tout en posant les verres et en me prenant les miens des mains, Vladimir continuait de discuter avec moi :
-Quels cours suis-tu pour ce semestre ?
-Je me suis inscrite pour faire ma troisième année de droit, et toi ? lui demandais-je, même si je connaissais la réponse grâce aux indiscrétions de Jenny. Je pense d’ailleurs qu’il ne fut pas dupe.
-Même chose, et Samy aussi. Ça fait deux ans qu’on suit les mêmes cours. Tu verras, c’est plutôt …
-Stop ! coupa Samy. Arrête de parler français, où au moins traduit nous ce que tu lui dis !
Je n’avais pas réalisé que nous parlions toujours dans ma langue. Vladimir commença à lui répéter ce que j’avais dit, mais je le coupais.
-C’est bon, je peux parler en anglais, je vais me débrouiller, au pire je te demanderai si j’ai besoin, dis-je tout en sachant que ce serait inutile.
Je répétais donc à Samy ce que je venais de dire, puis la conversation repris avec Jenny et Samy cette fois-ci.
J’avais réussi à canaliser ma haine naturelle envers Samy, à moins que la bière y soit pour quelque chose et je rebaissais ma garde, participant plus ou moins activement à la conversation. De toute façon, Jenny parlait pour nous deux. Elle n’avait de yeux que pour Vladimir, et ça en devenait gênant. Le pauvre, il ne savait plus où porter son regard. Même quand Jenny parlait, il préférait tourner ses yeux vers moi ou vers Samy. Quand ils parlèrent de souvenirs des années précédentes, je retournais à mes pensées tout en gardant une oreille sur ce qu’ils disaient au cas où ils me poseraient une question. Mais leurs souvenirs ne me concernaient pas et en plus j’étais censée ne pas tout comprendre. J’observais à la dérobée Vladimir. Il était l’opposé de son ami : sa peau était pale et ses cheveux châtains clairs. Quand il parlait, toute sa douceur s’exprimait. Cependant, je soupçonnais qu’elle cachait une volonté de fer implacable. Je mis un certain temps à me rendre compte que j’étais épiée. Samy m’observait lui aussi. Il avait un regard impassible, mais quelque chose me dérangeait. Je ne savais pas ce que c’était, mais son regard ne me semblait pas bienveillant. Il vit que je l’avais remarqué et stoppa aussitôt son observation.
Le pub se vidait, il était assez tard. Jenny ne semblait pas prête à partir, elle continuait de parler. Samy lui non plus, n’était pas sur le départ. Seul Vladimir affichait un regard éloquent. Il écoutait poliment Jenny, mais il s’ennuyait ! Je retins un sourire et volai à son secours.
-Jenny, je commence à être fatiguée, tu voudrais bien rentrer ? Elle me lança un regard « t’as qu’à rentrer toute seule ! ».
-Je ne connais pas le chemin, plaidais-je, et c’était vrai, elle le savait.
-Je peux te raccompagner si tu veux, proposa Vladimir, trop heureux de stopper le monologue de Jenny.
-Non, c’est bon, je rentre aussi, soupira Jenny.
-On vous ramène en voiture, trancha Samy. Et avant que je ne me retienne, je lui balançais ce que j’avais sur le cœur depuis son arrivée dans le pub :
-Ne va pas me faire croire, que tu es la personne la plus sûre pour ramener des filles en voiture, t’as un regard de loup affamé …
Un blanc passa, mais qu’avais-je dit ? quelle nouille ! J’affichai un air le plus canaille possible, espérant passer pour un peu pompette. Jenny pouffa de bon cœur et Samy s’esclaffa, Vladimir se détendit imperceptiblement, étais-je passée si près de la gaffe ?
- Pour une française fraichement débarquée, tu n’as pas la langue dans ta poche, rigola Samy.
-C’est vrai ça, reprit Vladimir, tu n’as finalement aucun mal à parler anglais !
-C’est juste qu’avec Jenny, je ne peux pas en placer une, alors elle a cru que je ne comprenais pas ce qu’elle disait !
Tiens prends ça ma vieille, vengeance personnelle, pensais-je en lui faisant un clin d’œil. Les deux hommes riaient franchement et Jenny rougissait. Ouf ! Le plus délicat était passé.
Nous sortîmes du pub tout en discutant. Jenny prévenait Vladimir qu’elle me montrerait l’amphithéâtre demain, mais qu’elle comptait sur lui pour me ramener à la cafétéria du campus. Décidemment, elle ne lâchait pas l’affaire !
Samy dut lire dans mes pensées.
- Elle tient vraiment à te donner un baby-sitter, remarqua-t-il, pourtant je t’imagine pleine de ressources !
-Tu n’imagines pas à quel point ! lui répondis-je entrant dans son jeu.
-Ce que je ne comprends pas, bougonna-t-il, c’est pourquoi, elle tient à ce que soit Vladimir, et pas moi. Je pourrais tout aussi bien m’occuper de toi, me susurra-t-il en s’approchant de moi.
-Elle sait peut être mieux que moi que tu es dangereux … et elle ne souhaite pas me donner au grand méchant loup !
-Mais pourquoi me compares-tu à un prédateur ?
-Ce n’est pas ce que tu es ? lui rétorquai-je.
-Je ne sais pas ce qui te fait croire que je suis dangereux, mais tu préfèreras vite être avec moi que contre moi, me dit-il en me regardant très sérieusement.
Pour une fois, je préférais ne rien répondre. J’avais tout à fait perçu la menace dans ses mots. Mon côté « française qui n’a pas la langue dans sa poche » commençait déjà à l’agacer. Il fallait quand même que je me méfie et que je ne le provoque pas trop. Car j’en étais sûr, c’était lui ma Cible. Il correspondait tout à fait au méchant de l’histoire. C’était une certitude, il avait un lien avec la mort de Paul. C’était stupide de le croire uniquement à cause d’une intuition ! Mais que je le veuille ou non, je n’arrivais pas à me défaire de l’impression que lui et moi allions passer un certain temps … ensemble.
Nous arrivions à la voiture de Samy. C’était une belle voiture. De marque BMW. Je n’en savais pas plus. Mais il était évident que c’était une voiture chère. Seul un propriétaire avec une black card était digne d’elle ! Je lançai un regard à Jenny, persuadée qu’elle serait au septième ciel de monter dans pareil véhicule avec pareille compagnie ! Mais non, elle n’était pas franchement ravie de monter dans la voiture de Samy. On aurait même dit qu’elle aurait préféré rentrer à pied.
-Tu ne te sens pas bien ?
-Je suis malade en voiture, me souffla-t-elle, sauf si je monte devant.
-Eh bien, je te laisse ma place, pas de problème, je monte derrière. Vladimir, laisserais-tu ta place de devant à Jenny, elle est malade à l’arrière ?
Vladimir accepta et Jenny fut vraiment soulagée. La voiture ronronna dès que nous fûmes installés. Je le répète, je n’y connais rien en voiture et c’était la première fois que je montais dans un tel bolide. Mais je trouvai la courte balade très agréable. La voiture répondait en douceur à tous les gestes de Samy. Le bruit de la circulation nous parvenait de manière très feutrée. L’odeur de cuir donnait une atmosphère cosy à l’intérieur de l’habitacle. Aucun de nous quatre ne parlait, comme si chacun savourait cet instant de répit. On avait l’impression d’échapper au brouhaha de la ville, de prendre du recul. C’était vraiment un moment charmant. Vladimir semblait autant apprécier cet instant que moi. Plusieurs fois, je croisai son regard et il me souriait. Sa douceur me surprit. Comment pouvait-il être ami avec Samuel ? Ils étaient très différents. Samuel forçait le respect du fait de son physique. Il était très massif et avait une attitude de lion. Personne aux alentours ne semblait être capable de le défier ou de lui contester ce pouvoir. Vladimir était plus fin mais il émanait de son corps une puissance phénoménale. J’avais remarqué au pub, sous son pull fin noir, la forme de ses muscles. Ses mains étaient larges et fines. Si ce n’est la taille, on aurait pu croire des mains de femme.
La voiture venait de s’arrêter devant notre résidence. Le temps que je sorte de ma douce torpeur, Vladimir avait eu le temps de s’extraire de la voiture et d’ouvrir ma porte ainsi que celle de Jenny. Un gentleman avait-elle dit ? Peut être … Nous nous quittâmes sur « good night » et la voiture fila, aérienne. Jenny soupira.
-C’était encore mieux que dans mes rêves, murmura-t-elle.
-Que veux-tu dire ?
-Jamais je n’aurais cru pouvoir passer une soirée complète en sa compagnie. L’année dernière, il m’évitait, allant même jusqu’à quitter une pièce si j’y étais. Mais depuis que tu es là, tu me portes chance ! Toi, je ne vais pas te lâcher, pouffa Jenny en m’entrainant vers notre immeuble. Je t’explique, continua-t-elle, nous sommes amies, Vladimir et Samy sont amis - jusque là, j’étais d’accord – Samy te mange dans la main, il n’a de yeux que pour toi ; donc il va chercher à te revoir ; par conséquent, Vladimir sera dans les parages, et moi aussi vu que nous sommes amies ! termina-t-elle très fière de sa brillante démonstration !
-Tu sembles sure de ce que pense Samy à mon sujet !
- Crois-moi, je sais lorsqu’un homme désire une femme !
Je me contentais de hocher la tête, mais une de ses phrases m’embêtait : « il n’a de yeux que pour toi ». De toutes mes forces j’aurais voulu qu’elle se trompe, mais une part lucide en moi me soufflait qu’elle venait de mettre le doigt sur un aspect important de ma relation avec Samy.
Je devais amener Samy à me faire confiance, pas à me draguer ! Comment gérer cet élément imprévu ? Serais-je assez forte pour le laisser se bercer d’illusion à mon sujet ? Déjà qu’en temps normal, je n’étais pas douée pour comprendre les sentiments des hommes et que je faisais gaffe sur gaffe, avec Samy dans les pattes, il faudrait vraiment que je réfléchisse à chacun de mes gestes et de mes paroles.
- En plus, je peux t’assurer que je ne suis pas la seule à l’avoir compris, même si je dois être la première vu mon intuition légendaire ! Vladimir aussi l’a remarqué, continuait ma pétillante amie, d’ailleurs il n’avait pas l’air heureux que tu accapares Samy pendant toute la soirée.
Une fois encore, je ne répondis rien, laissant mes pensées divaguer. En quoi l’intérêt que pouvait me porter Samy gênait-il Vladimir ? Une idée saugrenue jaillit. Et s’il était jaloux de moi ? Tout portait à croire que c’était Samy qui contrôlait tout. Finalement, j’imaginais très bien Vladimir en conseiller, dispensant ses avis avec l’air de rien imposer. Peut être était-ce lui qui menait son monde à la baguette ? Son regard plein de finesse et de douceur ne collait pourtant pas avec l’idée que je me faisais d’un truand. Mais les deux étaient forcément de mèche, donc les deux trempaient dans quelque chose de pas clair comme un réseau de drogue. Là s’arrêtaient les suppositions. Quelque soit leur charisme à l’un comme à l’autre, ils étaient dangereux et je devais m’en convaincre, pas succomber à leur personnalité !
Je quittai Jenny devant la porte de ma chambre et m’écroulait rapidement sur le lit. Cette journée avait été riche en émotions et en découvertes. Je fus vaguement tentée de brancher l’ordinateur portable pour voir si un message y avait été inséré, mais je renonçai, trop fatiguée.



Faites connaitre cette histoire :

 



 



Vous êtes :
Indiquez votre adresse mail si vous souhaitez la communiquer à l'auteur (et seulement à l'auteur, elle n'apparaîtra pas sur le site) ? Sinon, laissez vide :


° Recopiez le code suivant :
 
>
*




 

 
histoire gratuite ALICE Chapitre 2 : Rencontres.

 

J'adore votre style, l'histoire est bien racontée et bien amenée, félicitation.

 

 

Oui la suite !!!!!!!!!!!!

 

 

Très bonne histoire, pleine de suspense, il me tarde de lire la suite !!!

 





   
Copyrights...
© tous droits réservés à øø des-histoires.com øø