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Mon tout premier voyage : destination Londres. (2)

Auteur de recits


Récit écrit par Nikko.
Auteur homme.



histoire publiée le 20-01-2011
Catégorie :Autobiographie, Journal intime, Mes rêves, Tranches de vie, Récits de voyageurs
Histoire 8223-n223

Titre : Mon tout premier voyage : destination Londres. (2)

Récit de voyage  Europe  Jeunesse 
 
 

Mon tout premier voyage : destination Londres. (2)


Mon tout premier voyage : destination Londres. (2)

Un rapide coup d'oeil sur le plan de Londres que Muriel sort comme par magie de sa poche...
« Où t'as dégotté ça toi? »
« Bon, on va par où maintenant »
… Upton park, Brampton park, West Ham park (sans doute le park du jambon de l'ouest, drôle de nom), on décide de se diriger tranquillement vers West Ham park en flânant dans les rues. Central park road, Green street, Plashet road, je me laisse porter par mes sens, émerveillé par l'inconnu. Grandes avenues grouillantes de monde, il fait beau, ça fourmille. Que font tous ces gens à s'agiter ainsi ?
Cinéphiles averties, les trois filles s'arrêtent devant un cinéma qui ne passe que des projections en anglais of course, on hésite à se faire une toile, excepté Muriel qui vient d'obtenir son DULAP (diplôme universitaire en langue anglaise).
« Sans sous-titrages français ça risque d'être coton »
« On peut essayer de trouver un film où ça parle pas trop peut-être ! »
Un gars de notre âge passant à proximité s'arrête à notre hauteur et nous aborde
« Vous êtes français? »
« Ouais. Toi aussi semble-t-il »
« Oui, ça fait plaisir d'entendre parler français, vous faites quoi ici à Londres? »
« euh.. vacances, on fait les touristes »
« Si ça vous dit on pourrait se retrouver pour diner ensemble ce soir, je crêche à E1... »
« E1 ? »
« Le quartier Est de Londres, c'est pas très loin d'ici, si ça vous tente. Vous avez un endroit pour dormir? »
« Ben justement on savait pas trop... »
« Pas de problème, je peux vous héberger, c'est grand chez nous, y a de la place. On peut se donner rendez-vous au bar le E1, vous prenez le subway jusqu'à la station Whitechapel, le troquet se trouve à l'entrée de Old Montague street, c'est facile à trouver, on se dit 19h, ça vous va? »
On se consulte tous les quatre quelques dixièmes de secondes, la décision est vite prise, c'est ok, un hébergement pour le nuit nous tombe du ciel, on va pas laisser passer cette chance. C'est toujours mieux que de finir en viande rôtie entre deux pains chawarma.
« C'est ok, 19h »
« Cool, au fait, moi c'est Laurent »
« Muriel »
« Babé »
« Paul »
« Laure »

Nous avons encore une bonne partie de l'après-midi pour flâner et découvrir. Cette rencontre nous a mis du baume au cœur. Allez, on se la fait cette toile ?!!!
Je n'ai plus souvenir du film que nous avons vu, enfin, quand je dis vu, pour ma part je devrais dire « je n'ai plus souvenir du film qui m'a vu ». J'ai celui de m'être laissé porté par un doux brouhaha inintelligible aux effets puissamment soporifiques. J'ai plongé toute la projection durant dans les bras de Morphée.

A la sortie du ciné, on a encore du temps devant nous avant l'heure de notre rendez-vous avec notre french buddy Laurent. Le musée d'art moderne est tout prêt et nous rapproche de E1.
Génies ou rois de l'esbroufe, peintres et plasticiens œuvrant dans ce genre nouveau me fascinaient déjà depuis quelques années. Mon regard avait été initié aux formes abstraites par le mec de ma sœur, un marchant (trafiquant) d'art cultivé, descendant de la famille de Edgar Dega, peintres et commerçants d'art de père en fils depuis plus de deux siècles, jadis riches et puissants, aujourd'hui vivotant sur les acquis d'un passé glorieux. J'avais pris l'habitude de traîner les galeries d'art toulousaines pour m'évader, comme on traîne les terrains de sports ou les troquets. Ce fût là un choc pour moi, j'étais fasciné par ces formes étranges, tableaux monochromes de dix mètres sur cinq, d'un bleu intense que je pensais irréel, structures en bronze aux allures arachnéennes, représentations de jeunes punks anglais aux regards défiants. J'ai toujours trouvé étonnant qu'une simple forme, un panel de couleurs puissent m'extraire un instant de la réalité pour me transporter loin, loin des froids affres de la raison. Magie de l'art pour qui y est sensible, bêtise de l'homme pour qui ne l'est pas.

Les filles me harcèlent pour que nous quittions le musée, j'aurais bien dormi ici finalement, et si je me cachais dans les toilettes, attendant la fermeture, un musée la nuit doit s'animer, les natures mortes du jour reprendre possession de leur vie volée par le rationalisme des regards des visiteurs diurnes... les alarmes ?... ah ouais doit y avoir des alarmes...
« C'est bon, j'arrive, y pas le feu les nanas »
« On a passé quatre heures dans cet endroit, on a rendez-vous avec le français, faut bouger »

Nous voilà repartis...

On prend le métro londonien, on ressort à Whitechapel. On arrive au troquet en question, le « E1 ». Laurent est là, à sa table deux autres gars, présentations,
« Vous voilà les français, venez vous joindre à nous »
« Hi, i'm Gérald »,
« I'm Terry »,
On sirote nos premières pintes anglaises à la pression, hummm, slurp, bière noire amère, rien à voir avec les canettes que l'on trouve en france, celles avec la petite bille qui recrée la pression et la mousse marron. Rien à voir, la mousse dans nos verres est épaisse comme une crème fraiche... déliceuse.
On fait connaissance, ces trois gars nous sont rapidement sympathiques, ça ne sent pas l'embrouille, on est mis en confiance. Laurent est originaire de Sarlat-La-Canéda, fuyant un milieu familial étouffant nous explique-t-il sans s'étendre, basé maintenant à Londres depuis quelques années, vivotant de petits jobs au black, maçonnerie, un peu la manche, suffisant pour manger à sa faim et avoir du temps libre pour bouger avec ses potes dans les pubs et concerts punk. Gérald et Terry présentent un abord plus froid bien que loquasses et avenants, ils viennent tous deux de Jamaïque, soumis aux règles de la débrouille au quotidien comme Laurent.
« Pas de problème pour vous héberger, on a ouvert un immeuble non habité depuis quelques mois à deux d'ici, c'est calme et propre, vous pourrez y rester autant de temps que vous le souhaitez. Ici à Londres, la loi autorise les gens à s'installer dans les batiments vides, les propriétaires ne peuvent pas nous virer tant qu'ils ne louent pas les apparts. C'est pratique et ça canalise un peu les problèmes de violence urbaine. »
« Chouette. Sympa, merci »
Le squat est effectivement propre, de vastes pièces vides s'empilent sur quatre étages autour d'un escalier étroit en colimaçon, des matelas jetés au sol trahissent la présence de plusieurs personnes vivant régulièrement ici. Des tags appliqués ornent les murs. Au dessus de sa couche, Gérald a peint avec finesse le buste de Bob Marley, le poing levé au ciel, le visage empli de douceur et de détermination, une phrase en anglais en lettres rouges et grasses indique « WAKE UP, STAND UP, DON'T GIVE UP THE FIGHT »
« Never give up the fight, that's what i've got to do here everyday in London. »
J'aime bien ce gars, une profonde tristesse transpire de ses yeux, mêlée d'une volonté courageuse. Je suis impressionné par ce type. La langue nous sépare mais je commence à m'accoutumer un peu, m'essayer à la conversation, on passe la nuit à parler, moi dans un baragoin pigeon-englishien de la pire veine, lui dans une attention patiente et permanente, tentant à chaque instant de décoder le sens flou de mes parôles.

Laurent nous parle un peu de sa vie à Londres, de sa façon de s'en sortir seul dans la jungle urbaine.
« Venez avec nous demain, on bouge en banlieue voir un concert d'UK Subs »
« UK Subs, je rêve, les vrais UK Subs ? Chui fan, j'adore, j'écoute en boucle, Riot, Emotional blackmail... »
« Ben ouais les vrais ! ! »
« Géniaaaal »

Après avoir fumé un paquet de clopes dans la soirée, je m'endors, intellectuellement épuisé et ravis de cette rencontre.

Lendemain matin, on se réveille, chacun à son rythme, les trois filles avant moi, j'ai un peu de mal à émerger. Les trois gars ont disparu. Un mot griffonné sur un vieux paquet de clope.
« ...Rendez-vous ici 21 heures... »

Sous l'impulsion de Muriel, on s'accorde sur le programme de la journée. Une virée dans la ville de Canterbury pour la journée, à moins de cent bornes au sud-est de Londres, dans le Kent.
« Une des plus vielles villes d'angleterre. Y a un vieux château en ruine à visiter, une cathédrale, ça a l'air d'être une belle ville »
Muriel semble excitée par cette visite en perspective, ok, on la suit. Let's go.

Tatie Claudette nous attend sagement dans le sous-sol où nous l'avions laissée. Muriel lui parle comme on parle à un chien que l'on a laissé seul quelques heures, réconfortant son véhicule chéri, lui promettant qu'elle ne la laissera jamais tomber. Rassurée, la calandre tout sourire, Tatie Claudette bondit dans la rue et nous mène sans encombre aux portes de Canterbury.

Direction les rues centrales, nous sommes transportés dans une autre époque un passé moyenâgeux riche et religieux. La cathédrale est majestueuse, gigantesque. Le château de ruine un tas de caillasses grises, les rues piétonnes élégamment pavées d'antiques pierres auto-bloquantes. Visites, marche, visites, marche... Bon faudrait se poser un peu là.
On entre dans un troquet, plein à craquer, tous les gens ont une pinte de bière à la main, ça picole dru, on les imite, une fois, deux fois, trois fois, on ressort de là tous les quatre un peu bourrés. On s'en moque, on est jeunes, et Tatie Claudette n'a pas bu elle, elle sait conduire ses passagers en état d'ivresse, elle nous l'a prouvé plus d'une fois, on a une confiance aveugle en elle.

Retour au squat, 20h30. Trente minutes de repos nécessaire. Laurent rapplique seul à 21heures, Gérald et Terry ne seront pas des nôtres ce soir. On saute dans une rame de métro, on se laisse guider par Laurent qui semble évoluer dans Londres comme un poisson dans un océan. Trois quart d'heure de subway, on arrive dans la salle de concert. Whaw, y a une faune incroyable ici, des mecs et des nanas destroy à souhait, accoutrés de looks pas possibles rivalisent d'ingéniosité pour faire tenir sur le sommet de leur crâne des crêtes multicolores défiant la gravité, se moquant des règles chromatiques en vigueur. Le concert commence, c'est le feu dans la salle, on s'incruste au centre de la fosse pour danser à la mode « punk ». On ressort de là quelques heures plus tard, commotionnés et ravis, les tympans saturés d'acouphènes. C'était d'enfer.

Trois heures du mat, on se presse pour attraper le dernier métro en direction de Londres. Les quais sont déserts, on attend sagement la rame. Un gars seul arrive et se poste à quelques mètres, attendant comme nous l'arrivée du train. Le train arrive, ralentit, ouvre ses portes. Un autre gars arrive en courant, monte dans le wagon à l'arrachée. On s'assoit, le premier gars s'installe à l'autre bout du wagon, le train redémarre, le dernier gars monté s'approche du gars seul, commence à l'apostropher, le ton monte, une ambiance angoissante s'installe rapidement dans le wagon. L'agresseur a une sale gueule, son regard rempli de haine, l'intonation de sa voix trahit un abus de drogues illicites. Le gars s'énerve et commence à distribuer des baffes au pauvre gars esseulé qui semble tétanisé, c'est flagrant, la peur s'empare de lui. Je n'ai jamais été violent ni bagarreur, la violence m'a toujours un peu effrayé, mais j'ai d'un autre côté toujours été transporté par une force étrange et supérieure à ma propre peur lorsqu'une scène particulièrement injuste se déroule sous mes yeux, une force qui me pousse à l'action. L'adrénaline inonde mon œsophage, je propose à Laurent …
« On va pas laisser ce type se faire massacrer sous nos yeux, toi et moi on attrape ce connard et on l'allume ?!?! »
« Non, laisse faire, ferme-la et attends que ça passe. Il doit être armé, couteau ou flingue, ne regardez pas, n'attirez pas son attention sur nous, il est défoncé, ça peut être dangereux »
Je boue, les filles se claquemurent sur leurs sièges, Laurent reste calme. Le connard de service continue sans relâche son intimidation à coup de gifles sur le pauvre type sans défense. Il sort un couteau de sa poche, le fait danser devant le visage de sa victime soumise, crache glaires et insultes que je ne saisi pas, la pression s'accentue, le type hurle. Le train stoppe dans une station, l'agresseur saute du train, la scène s'arrête net. La pression redescend, le pauvre gars au bout du wagon évite nos regards, garde la tête baissée, comme prostré dans une attitude honteuse. On n'échange pas un mot avec lui. Il descend trois stations plus loin, encore quelques stations, nous descendons aussi et atteignons rapidement le squat.
« Il n'y avait rien à faire, si on s'était interposés le gars aurait pété un câble à coup sûr, ça arrive fréquemment ce genre de scènes dans les métros de nuit, la plupart du temps ça ne va pas plus loin que ce que vous avez vu là, un mec de banlieue monte, cocaïné à mort, intimidation, quelques coups portés et c'est tout. Faut juste s'habituer, j'ai mis du temps mais maintenant... »

Repus d'une journée bien remplie, on s'endort, essayant de suivre les conseils de Laurent, oublier cette scène et passer à autre chose.
Mes pensées se bousculent, l'ennui abîme la vie routinière, la peur accompagne l'aventure. Je prends conscience que la vie sur les chemins du monde n'est pas que doux émerveillement. Mieux vaut savoir pour ne pas rester trop longtemps naïf, les risques réels sont le pendant d'une vie remplie. Les voyages forment la jeunesse, cette expression prend ce soir plus de sens encore dans mon esprit.
« No Risk, No Fun »
Je m'endors.
Demain sera un autre jour.

A suivre...



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