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Chapitre 3 : Le message est bien passé.

Auteur de recits


Récit écrit par Brindherbe.
Auteur femme.



histoire publiée le 14-02-2011
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8254-b1177

Titre : Chapitre 3 : Le message est bien passé.

Roman aventure  Mystère  Amour 
 
 

Chapitre 3 : Le message est bien passé.


Chapitre 3 : Le message est bien passé.
Dès le premier jour de la reprise, le soleil s’était caché, comme pour signaler aux étudiants que les vacances étaient bien terminées. Personnellement, je ne ressentais pas la morosité de la rentrée. Cela était sûrement dû au fait que je ne reprenais pas mes études, que c’était une « couverture ». Néanmoins, cette façade me donnait plus de mal que prévue. En France, je n’étudiais pas le droit, et je m’en félicitais. Les cours étaient d’un ennui prodigieux. Je comprenais ce que les profs nous enseignaient mais je ne n’imaginais pas comment certains pouvaient trouver fabuleux de rester toute leur vie le nez dans des dizaines de milliers de lois ! Je devais quand même faire semblant de me passionner. Et surtout, il fallait que je cache certaines lacunes. N’ayant pas fait les deux premières années, je ne connaissais pas tel ou tel auteur, ou telle autre loi, enfin bref, j’étais quand même obligée d’ouvrir quelques livres pour paraitre crédible.
Je voyais très souvent Samy et Vladimir. Je passais tous nos cours communs assise entre eux deux. Systématiquement, ils me réservaient une place et d’un regard quand j’arrivais, ils me faisaient signe de venir m’assoir. J’étais comme hypnotisée. A chaque fois, je les rejoignais et m’asseyais.
La plupart du temps, nous étions plutôt silencieux. De nous trois, Vladimir était celui qui ressemblait le plus à une tombe. Lors de notre rencontre au pub, il avait paru ouvert et sociable, mais depuis plus d’une semaine que les cours avaient repris, il desserrait rarement les dents. Samy, lui, se comportait en mâle dominant. Et j’avais tout à fait conscience de l’image que je véhiculais. Je passais pour sa petite amie.
J’en étais furieuse, mais en même temps, je ne voyais pas comment changer les choses. D’un autre côté, Samy était ma Cible. Le doute avait été levé quand un enseignant l’avait interpellé dans le couloir en lui disant « Monsieur Leveau ». Alors, je remplissais ma mission. Du moins en partie : j’étais dans son cercle d’amis, certes, mais je n’avais pas encore grand-chose comme information sur lui (à part qu’il n’aimait pas le ketchup et qu’il avait un ego pour quatre j’entends) mais je lui collais aux basques.
Le rare moment de détente pour moi était le midi. Je n’étais plus coincée entre Vladimir et Samy, enfin plus seule avec eux. Jenny était là ainsi que tout un groupe d’étudiants. Ce petit monde n’avait pas l’habitude de cohabiter l’année dernière, mais Jenny avait tenu à ne pas sacrifier sa troupe de copains, même pour manger tous les midis avec Vladimir et Samy.
- Samy me flanque la trousse, m’avait-elle dit un soir que nous discutions dans sa chambre, je n’aime pas trop trainer dans les parages quand il est là.
Sur ce dernier point, j’étais d’accord ! Je l’avais vu agresser un étudiant de première année sur le parking. Ce dernier avait klaxonné Samy qui venait de se garer sous son nez. J’avais observé la scène quelques mètres plus loin. C’est vrai qu’un des privilèges de Samy était d’avoir une place attitrée pour ranger sa voiture. Il n’y avait pas son nom ni rien, mais c’était un fait, personne ne s’y garait.
Samy était sorti de son bolide comme un diable, avait ouvert la porte de l’étudiant, l’avait sorti de sa voiture et avait commencé à le secouer comme un prunier. Je crois qu’il l’aurait balancé par terre si Vladimir n’avait pas réussi à le raisonner. J’étais vraiment choquée par son agressivité. Mais Samy avait marché vers moi, égal à lui-même, comme si tout ça n’était que broutille. Moi, je le regardais avec un mélange d’incrédulité et de rejet. Comment pouvait-il se comporter ainsi ? Vladimir était arrivé ensuite et avait haussé les épaules en voyant mon air ahuri, mais il avait aussi une lueur de satisfaction dans les yeux qui ne m’échappa pas. Que pensait-il vraiment ?
Vladimir était une véritable énigme pour moi : impossible de savoir ce que ses yeux clairs cachaient. Ses pensées étaient impénétrables, et mon sixième sens ne m’était d’aucune utilité avec lui. Je me sentais en confiance avec lui, impossible de me méfier de lui, je n’y arrivais pas.
Finalement, ma petite vie d’étudiante factice se mettait en place dans une sorte de routine. Mais j’attendais des nouvelles de la Cellule. Elle ne pouvait pas rester encore longtemps sans me contacter, me dire si mon approche était la bonne ou pas, ce que je devais faire, enfin bref j’attendais désespérément d’être aiguillée.
La Cellule se manifesta enfin quinze jours plus tard.
Ce matin là, je me dirigeais vers un cours de droit international. Comme conseillé dans le message de la boite, j’avais toujours le téléphone et l’ordinateur sur moi. Pendant chaque cours, on pouvait entendre des dizaines de touches de clavier s’enfoncer. Chacun tapotait plus ou moins consciencieusement ce que le professeur disait.
Lorsqu’en arrivant, j’allumais mon PC, je remarquais aussitôt sur le bureau qu’un nouveau fichier était apparu « Alice, lis moi 3 ». Mon cœur rata un battement.
Je me dépêchais d’ouvrir un quelconque document afin de masquer l’écran d’accueil.
La Cellule daignait enfin me contacter !
Mais j’étais bloquée en cours, impossible de lire le document. J’étais cernée par Vladimir et Samy, et il y avait des étudiants dans le rang derrière moi qui pouvaient facilement lire par-dessus mon épaule. Je rongeais mon frein et patientais tant bien que mal pendant le cours. Pourvu que le prof nous accorde une pause de quelques minutes, que je puisse m’éclipser discrètement pour aller lire le document.
Que pouvait bien m’annoncer ce message ? Soyez plus rapide, rapprochez-vous encore plus de Samy, utilisez n’importe quel moyen pour qu’il vous fasse des confidences … faudrait-il que j’utilise l’intérêt qu’il me portait ? Serais-je capable de me montrer tendre avec lui ? Si la Cellule sous-entendait que je devais utiliser mes « charmes » pour parvenir à mes fins, c’est qu’elle savait que j’étais en contact avec Samy. J’étais donc épiée. D’ailleurs, quand est-ce que ce message avait été enregistré dans mon PC ? La dernière fois, j’étais sortie de ma chambre, donc Ils avaient eu le temps d’y rentrer, même mon ordinateur avait bougé. Hier soir encore j’avais utilisé mon PC et il n’y avait rien. Je n’avais pas quitté la chambre. Mais j’avais dormi … seraient-ils venus en pleine nuit pendant mon sommeil aussi silencieux que des fantômes ? Je ne pus retenir un frisson. Avoir été espionnée pendant mon sommeil, quel horreur ! Je crois que je ne me sentirais plus en sécurité dans cette chambre !
Je sentis un mouvement sur ma gauche. Vladimir venait de se tourner vers moi et me regardait avec un air interrogateur. Avant que je n’aie eu le temps de lui dire quoique ce soit, je sentis une paume chaude sur ma main droite. Je retenais de justesse un sursaut. Depuis quelques jours, Samy osait des contacts directs.
- Tu te sens bien ? Tu viens de frissonner, me dit-il. Il souriait.
Ses paroles étaient-elles sincères ou bien souriait-il de contentement parce que je n’avais pas retiré ma main de la sienne ? Il avait bien joué le bougre ! Si nous avions été ailleurs qu’en cours, j’aurais pu me défiler et trouver une excuse pour reprendre ma main ou me tourner vers quelqu’un d’autre. Là, je ne pouvais pas parler, j’étais coincée entre eux deux. Samy tapota ma main et je cru qu’il allait ôter la sienne, mais non, il se mit à effleurer doucement le dessus de la mienne. Là, c’en était un peu trop pour moi. Je la retirais faisant mine de me mettre à taper sur les touches de mon clavier.
-Inutile de me faire croire que tu suis le cours, me chuchota Samy, tu as ouvert un document sur la détérioration du lien social, cours qui date de la semaine dernière … .
Oups ! J’étais vraiment impossible ! Moi qui voulais me faire discrète … Vraiment, il fallait que je m’améliore en façade si je voulais pouvoir tromper mon monde ! Pour l’instant, c’était un zéro pointé !
Je lui jetais quand même un regard noir, histoire de lui montrer qu’il se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Cela n’eut aucun effet, il m’observait toujours très sérieusement. Néanmoins, je repris le fil du cours et ne le regardais plus. De son côté Vladimir ne bougeait plus et fixait un point droit devant. Je remarquai un pli sur son profil au niveau de ses yeux : il était contrarié, ce qui arrivait souvent ces derniers temps. Vraiment ! Les deux ensembles c’était terrible ! Ils ne cessaient de m’épier ! J’avais l’impression que chacun de mes mouvements étaient jugés, soupesés … discutaient-ils de moi quand je n’étais pas là ? Cette idée me faisait à la fois horreur … et plaisir. Ça y est, je recommençais à perdre les pédales ! Fallait-il que je sois perturbée pour éprouver ces deux sentiments en même temps !
Finalement, l’enseignant nous accorda quelques minutes de pause. Mais je ne quittais pas l’amphithéâtre, j’avais compris la leçon. Partir maintenant serait très surprenant pour mes compagnons et ils me poseraient surement des questions. Autant prendre mon mal en patience, c’était plus prudent. Aucun des deux ne parla de mon comportement de début de cours. Je leur en étais reconnaissante. Je n’étais pas très douée pour le mensonge. Comme à son habitude, Vladimir m’offrit un café et comme d’habitude, Samy monopolisa la conversation. Vladimir et moi écoutions alors attentivement. Enfin lui apparemment, moi je ne prêtais qu’une oreille semi-attentive.
Cela faisait un mois que nous passions presque toutes nos journées ensemble et Samy se révélait parfait dans son rôle de personne à qui tout est dû.
Ainsi, il était normal pour lui qu’on l’écoute. Evident qu’il ait toujours raison ; évident que son monde soit à ses pieds ; évident qu’on recule devant lui ; évident qu’on soit avec lui et non contre lui ! Toutes ces évidences me tapaient sur le système et c’est toujours avec bonheur que je voyais l’après midi toucher à sa fin ! Au moins, le soir je n’étais pas toujours obligée de le supporter. Je pensais à Vladimir. Ils logeaient dans le même appartement : lui était tout le temps avec lui. Je me répète, mais leur personnalité était tellement différente que je ne comprenais pas ce que chacun trouvait au contact de l’autre. « Les contraires s’attirent » pensais-je.
La journée de cours tirait à sa fin. Dans quelques minutes, j’allais enfin me retrouver seule avec mon ordinateur. On était vendredi soir et Jenny m’accompagnait sur le chemin du retour. Elle me racontait sa journée et s’indignait contre je-ne-sais quel prof qui selon elle n’était pas à sa place dans cette prestigieuse université. Depuis que je connaissais Jenny, j’avais appris à l’apprécier, mais un de ses traits de caractère était de critiquer tout ce qui se passait autour d’elle. Ainsi tel prof n’était pas assez compétent, telle personne aurait dû s’habiller autrement pour se mettre en valeur, tel restaurant n’était pas assez bien fréquenté … Son attitude m’étonnait.
Nous occupions la résidence la plus modeste du campus. Personnellement, je trouvais ma chambre confortable. Bien des étudiants français auraient aimé y loger ! Si elle voulait avoir le top du top, autant rejoindre l’immeuble de Samy et Vladimir.
Leur appartement était luxueux. Ils avaient chacun leur chambre qui faisait deux fois la mienne. En plus de la salle de bain en carrelage gris anthracite, leur cuisine séjour semblait sortir tout droit d’un catalogue d’ameublement. Il y avait un long comptoir en bois précieux qui séparait le coin cuisine et le coin salon. Dans le salon, un canapé était posté devant un très grand écran plat. Ils avaient une chaine hifi de très haute qualité. Mes oreilles avaient pu en juger par elles-mêmes.
En effet, le weekend dernier, Samy avait invité une foule de personnes chez lui.
Quand j’étais arrivée, j’avais eu plusieurs illusions : j’avais d’abord pensé qu’il avait convié tout le campus, puis qu’il habitait tout l’immeuble vu que tous les appartements étaient ouverts et remplis de monde et enfin qu’un orchestre de rock était dans son salon. Mais finalement, il n’avait invité qu’une trentaine de personnes directement et chacun avait invité d’autres personnes, d’où l’impression de foule. Ensuite, il n’habitait pas tout l’immeuble mais simplement l’appartement le plus grand au dernier étage et Vladimir était son colocataire. Enfin, l’orchestre du salon tenait dans une boite noire avec deux baffles.
Leur « petite » fête fut vraiment appréciée, comme toutes celles qu’ils donnaient. Jenny m’avait expliqué que régulièrement Samy invitait du monde chez lui. Tout le monde pouvait venir, mais Samy ne passait du temps qu’avec ceux qu’il avait vraiment invité directement. Cela hiérarchisait les invités en quelque sorte ! Ce n’était pas la première fois que Jenny venait, mais jamais elle n’avait été invitée par Samy. Elle était tout excitée. Pendant la fête, elle parlait à tort et à travers, faisant remarquer au plus de monde possible qu’elle était une « vraie » invitée de Samy ! Tous les autres la regardaient avec envie. Vraiment, je ne comprenais pas bien cette fascination pour Samy. Si j’avais eu le choix, je me serais éloignée le plus possible. J’avais des envies de meurtre presque tous les jours à ses côtés. Mais au moins, j’arrivais à me maitriser et à ne pas montrer mes sentiments. Je crois que la présence de Vladimir m’aidait pas mal. Dès que je me sentais bouillir, je me tournais vers lui et m’obligeais à lui parler calmement pour détourner mon agressivité.
Lorsque je m’étais présentée vers vingt heures chez eux, Samy avait foncé sur moi dès mon entrée. Je n’avais pas pu poser ma veste, il avait déjà entouré mes épaules de son bras et m’entrainait vers le bar. Il m’avait servi un cocktail et m’avait fait assoir sur le canapé auprès de lui. Il avait repris sa conversation avec ses amis comme si de rien n’était, mais avait gardé son bras passé autour de moi. J’avais vécu cette marque de possessivité comme une agression. Quel toupet ! Il m’aurait embrassé devant tout le monde que le message n’aurait pas été plus clair pour les autres ! J’étais à lui.
J’avais siroté mon breuvage pour me donner une contenance et réfléchir à l’excuse que je pourrais trouver pour échapper à Samy sans le blesser. Parce que c’était là tout mon problème. Mon être entier le rejetait physiquement. Je le trouvais grossier, imbu de sa personne, menaçant, violent … mais il était ma Cible. Mon cerveau refusait de le quitter. C’était le seul lien vers le ou les meurtriers de ma famille. Il fallait coûte que coûte que j’en apprenne plus sur son organisation criminelle. J’avais alors pris la bonne décision. J’irais jusqu’au bout pour infiltrer le réseau. Ma mère avait payé de sa vie les imprudences de mon frère, lui avait sacrifié sa vie pour la venger. Moi, je mettrai de côté mon égo et ma fierté pour démasquer les coupables. Et s’il fallait que j’utilise physiquement mon corps, je le ferais.
Ça faisait presqu’un mois que je tergiversais, il fallait que j’aille dans un sens ou dans un autre.
Une fois que mon choix avait été arrêté, que je n’avais plus eu de doute, je m’étais sentie un peu plus sereine, plus forte, animée d’une grosse volonté. Cependant pour me donner du courage, je m’étais levée pour aller reprendre un verre d’alcool. Dès ce soir, je cèderais aux avances et aux exigences de Samy, avais-je décidé. Il m’avait demandé où j’allais. Je m’étais retournée avec mon sourire le plus enjôleur possible et lui avais montré mon verre vide. Il avait voulu se lever pour me resservir.
- Je reviens vite, ne bouge pas, avais-je dit.
Le sourire qui était apparu sur son visage était triomphant. Il avait l’air d’un prédateur qui savait qu’il avait gagné sa proie. C’était Samy. Quand il voulait quelque chose, il n’aurait de répit qu’une fois sa volonté accomplie. Une question m’avait traversé l’esprit : lorsqu’il m’aurait, son intérêt pour moi s’effacerait-il ? Faisait-il parti des chasseurs qui ne trouvent leur plaisir que dans la conquête ? Si c’était le cas, il faudrait peut être ne pas céder tout de suite. Je devais à tout pris éviter de me faire jeter comme une vieille chaussette usagée !
J’étais tellement concentrée sur mes pensées que je ne m’étais pas aperçue que mon verre était plein à ras bord et qu’une partie de la boisson se renversait sur ma main. Zut ! Une main secourable me tendit une serviette en papier. C’était Vladimir, je ne l’avais pas entendu s’approcher de moi.
- Je ne t’avais pas encore vu dans les parages !
- Pas étonnant avec tout ce monde, avait-il rigolé, et puis tu avais l’air trop bien entourée, avait-il ajouté plus sombre.
- Effectivement, j’ai été comme qui dirait prise au piège en arrivant ! avais-je avoué trop sincère. Mais pourquoi fallait-il que je lui précise cela ?
- Suis-moi, je vais te faire gagner quelques minutes précieuses en te montrant le reste de l’appartement, avait-il dit en m’entrainant le verre à la main.
Sa proposition était très tentante. J’avais jeté un coup d’œil à Samy qui discutait avec un gars que je connaissais peu. Il n’avait pas l’air de s’occuper de moi.
Vladimir m’avait montré la partie nuit de leur résidence. La salle de bain était magnifique : le carrelage était gris anthracite avec une touche de rouge autour du grand miroir allongé qui surplombait deux vasques blanches étincelantes. Il y avait une grande baignoire et une douche tout en verre. C’était vraiment différent de ma salle de bain commune. Je le lui avais dit, il avait rigolé. Ensuite il avait ouvert une porte et là je restais bouche bée : ils avaient une salle de sport chez eux ! Un vélo, un tapis de course, des haltères posées par terre, un rameur … du coup je comprenais mieux pourquoi Samy était si massif et Vladimir si musclé. La chambre de Samy comportait un grand lit en bois noir avec les tables de chevets assorties ainsi qu’une grande armoire flanquée de miroir sur les portes. L’ensemble était imposant et intimidant à mon goût. Enfin, il avait ouvert la porte de sa chambre. Déjà, elle était plus modeste par sa taille. Il y avait aussi un grand lit, mais plus sobre. L’armoire était banale. Le reste du mobilier se composait d’un bureau et d’une petite bibliothèque. Cette dernière était pleine, presque trop petite pour accueillir tous les livres qu’il possédait.
- Je ne savais pas tu lisais autant ! m’étais-je exclamée en m’approchant. En regardant les titres, j’avais vu qu’il y avait des livres en anglais, en français, en espagnol et une autre langue que je n’arrivais pas à identifier. Tu parles toutes ces langues ? m’étonnais-je.
- Bien sûr.
- Et celle là, la quelle est-ce ? avais-je demandé en tirant un livre au hasard.
- C’est du Tchèque, mon pays d’origine. Pourquoi souris-tu ?
- Je m’étais bêtement imaginée que tu venais de Russie … à cause de ton prénom … je pensais qu’il n’était répandu que là-bas ! C’est idiot non ?
- Non, non. Tu as raison, mais que veux-tu, j’avais des parents qui vouaient une admiration sans borne à la Grande Russie, alors …
- Que faites-vous là tous les deux ? nous avait interrompu Samy.
J’avais perçu le ton soupçonneux dans sa voix. Vladimir ne disait rien. Un bref silence embarrassant se mettait en place.
- Vladimir me parlait de son pays d’origine, avais-je expliqué de ma voix la plus cajoleuse possible.
Je devais avoir réussi parce que les deux hommes arrêtèrent aussitôt de s’affronter du regard pour se tourner vers moi. Samy franchit d’un pas la courte distance qui nous séparait, tandis que Vladimir me regardait avec surprise.
- Tu avais dit que tu revenais vite, s’était-il plaint en remettant son bras autour de mes épaules et déposant un léger baiser sur le sommet de mon crâne.
Ouh là, il devenait carrément envahissant là ! Je m’étais dégagée un peu rapidement, mais il avait semblé n’en avoir cure. Il m’avait pris la main et m’avait tirée hors de la chambre de Vladimir. Je m’étais tournée vers lui pour m’excuser mais ce que j’avais vu dans son regard avait bloqué mes mots. Il avait un regard … triste, déçu. Sa détresse avait résonné en moi avec une force incroyable. Mais j’étais emmenée par Samy vers le centre du salon. Quelqu’un avait monté le son et plusieurs personnes dansaient.
- Danse avec moi, m’avait-il ordonné. Il avait attrapé mes mains et je l’avais suivi.
Je ne sais pas combien de temps il m’obligea à me dandiner mais un moment je dû demander pitié. Je me sentais ridicule car je n’avais pas d’entrain et j’avais très soif.
- Alors je t’accompagne, rugit-il pour couvrir le son, ne crois pouvoir m’échapper une deuxième fois !
J’avais haussé les épaules feignant l’incompréhension de ses paroles. Mais au fond de moi, j’avais une nouvelle fois perçu la menace. Décidemment, Samy ne supportait pas que quelque chose ne se déroule comme il l’avait prévu. Sans un mot, je me servis une boisson fraiche mais sans alcool. Finalement, je préférais rester sobre pour pouvoir analyser et prévoir les réactions de Samy. A un moment, une musique très douce s’était fait entendre. Un slow ! Déjà quelques couples s’enlaçaient. J’avais fini lentement mon verre et je m’étais tournée vers Samy.
Cette fois-ci, je n’allais pas me laisser faire. Je lui avais fait comprendre du regard que ce n’était même pas la peine de me faire danser sur cette musique. J’étais prête à faire un esclandre. Soit il l’avait compris, soit cela ne lui disait rien à lui non plus puisqu’il m’avait à nouveau pris la main et m’avait fait contourner la piste de danse improvisée.
Au bout de quelques instants, j’avais compris qu’il m’emmenait vers l’extérieur : cet appartement avait même une terrasse ! Il y avait peu de monde à cet endroit. L’air était un peu frais. Samy m’avait poussé doucement mais fermement contre le mur. Dans mon dos je sentais la pierre lisse. Il avait posé chacune de ses mains à plat sur le mur, une main de chaque côté de mon visage. Il me regardait férocement, sans un mot. Je mobilisais toute ma force pour soutenir son regard sans ciller.
- Il faut qu’on parle de deux ou trois choses. Comme je n’avais rien répondu, il avait repris la parole. Tu es ma petite amie (ben voyons, et quand avait-il décidé cela ?), donc il y a quelques règles à respecter (ah oui ? de toute façon je n’avais pas signé de contrat !). Primo, tu ne restes pas seule avec un homme autre que moi dans un coin isolé, deuxio, lorsque tu me dis quelque chose, tu respectes ta promesse, tertio, la prochaine fois que j’ai envie de danser avec toi, tu es priée de ne pas me regarder comme si j’allais te manger toute crue (c’était vraiment ça qu’il avait vu tout à l’heure dans mes yeux ?).
Il s’était arrêté un court instant, comme s’il reprenait sa respiration. J’étais trop pétrifiée pour prendre la parole.
- En échange, avait-il repris, je ne te presserais en rien.
Comme je le regardais avec des yeux interrogateurs, il avait précisé sa pensée.
- Je vois bien que tu ne sais pas trop si tu dois me tomber dans les bras ou jouer l’indifférente avec moi. Alors, je vais te faciliter la tâche en te laissant du temps. Je ne vais pas chercher à t’embrasser, à te serrer dans mes bras, ni autre chose … du moins pas tout de suite, avait-il ajouté en dévoilant ses dents blanches. Je sais que je suis d’apparence intimidante, avait-il continué, mais je peux être très tendre pour avoir l’objet de mes désirs … et très persuasif !
J’avais dégluti, raclé la gorge et repris enfin la parole. Allais-je faire comme si j’étais soumise ou allais-je le pousser dans ses retranchements ? J’avais opté pour la voix du milieu.
- J’ai bien saisis le message. Cependant, je suis furieuse de ton attitude de toute la soirée. Je n’ai pas l’habitude d’être traitée ainsi. Pour ce soir, j’ai eu mon compte ! Je m’en vais !
Il n’avait pas bronché pas, mais le courroux avait brillé un instant dans ses yeux. Finalement, il s’était calmé et je m’étais dégagée de ses bras. Je n’avais même pas vérifié s’il me suivait. J’étais retournée dans le salon totalement indifférente à l’ambiance festive qui m’entourait, avait attrapé ma veste abandonnée sur une chaise et était partie sans demander mon reste. Il fallait bien l’avouer, j’étais bouleversée. Jamais je n’avais imaginé que Samy attaquerait de face. J’étais fixée sur ce qu’il voulait. Au moins, il avait eu l’air de faire la promesse de ne pas me forcer. Mais combien de temps pourrait-il attendre ?
Marcher à travers le campus désert m’avait fait du bien. Je ne savais même pas quelle heure il était, mais je m’en fichais. Dans le silence de la nuit, je me détendais doucement et les larmes coulaient toutes seules sur mes joues. Je me sentais seule, terriblement seule. Le visage de Vladimir m’était apparu. Je ne l’avais pas revu de la soirée, et je ne lui avais pas dit au revoir. Je ne m’étais même pas souciée de Jenny. Finalement, je m’étais écroulée sur lit pour m’endormir rapidement et me couper du monde qui m’entourait.
Exactement ce que j’avais envie en ce moment même. Plongée dans mes pensées, je n’avais pas du tout écouté Jenny sur le chemin du retour. D’ailleurs, elle m’avait posé une question que je du lui faire répéter.
- As-tu des projets pour ce soir ? Décidément, tu es impossible ! A qui pensais-tu encore ? me lança-t-elle avec espièglerie.
Depuis cette fameuse fête, où tout le monde avait vu que Samy et moi avions été isolés sur la terrasse, elle était persuadée que j’étais sur une autre planète, tout à mon bonheur d’avoir Samy. Si elle savait ! Je marmonnais que je ne voulais rien faire, juste me reposer et dormir ce soir. Elle me regarda avec étonnement, mais n’insista pas, me laissant retourner à ma chambre.
Je fermais ma chambre à clef en entrant. Jenny ayant la fâcheuse habitude de rentrer sans frapper, je n’avais que cette solution pour m’assurer un peu d’intimité. Je lançais mon ordinateur en tapotant nerveusement sur le bureau avec mes doigts. L’écran d’accueil apparu, j’entrais le mot de passe et enfin je pus cliquer sur le document. Comme d’habitude il était bref :
Rendez-vous Saint James Park, samedi, 14H. Allée des joueurs d’échec.
Alors là, surprise ! Un rendez-vous ? Une confrontation directe avec un membre de la cellule … j’avais dû faire une bêtise … je réfléchissais aux semaines écoulées … mais je ne voyais rien qui pu être appelé bêtise. Je voyais tout à fait où était le lieu de rendez-vous. Je m’y étais déjà rendue une fois. J’aimais beaucoup jouer aux échecs. C’est un jeu qui demande beaucoup d’analyse et de faire preuve d’imagination. Réussir à anticiper ce qu’allait faire mon adversaire, lire dans ses pensées en quelque sorte, me procurait un plaisir assez puissant. Jenny m’avait amené une après-midi à cet endroit. Là se retrouvait de très bons joueurs. J’avais passé plus d’une heure à les observer jouer. Sur la route du retour, je lui avais demandé si elle savait jouer. Mais apparemment, elle ne saisissait pas bien ma passion pour ce jeu. De plus, elle ne connaissait personne qui avouait ouvertement son amour des échecs !
C’est mon frère qui m’avait appris … dans ma vie d’avant. Et il faut bien l’admettre, le moindre moment passé avec mon frère était pour moi comme une pépite d’or.
Une sourde tension envahit mon ventre comme à chaque fois que je pensais à lui.
J’avais douze ans quand il avait ramené à la maison un tapis blanc et noir et des pièces. Un copain les lui avait prêtés. Paul s’était mis en tête de m’apprendre à jouer pour avoir un joueur à qui se mesurer. J’étais tellement fière qu’il me considère comme son égal, que j’avais pris ce jeu très au sérieux. Je me souviens encore de sa moue dégoutée quand je le battais. Ce qui fini par arriver très régulièrement. Lui-même n’en revenait pas. Il m’interdisait de dire à quiconque que je le surpassais. Mais il était ravi de m’avoir fait connaitre un jeu qui m’apportait tant de plaisir. J’ai beaucoup joué sur internet avec des adversaires virtuels. C’est là que j’ai le plus appris. Sur ces sites, on peut revoir les parties jouées. A chaque partie terminée, que je l’ai perdue ou gagnée, j’étudiais soigneusement les coups joués. Je mémorisais ceux qui me semblaient les plus intéressants et j’essayais de les replacer. Je m’étais fait une petite réputation sur un de mes sites préférés. Je n’étais pas la meilleure, loin de là, mais mes résultats étaient honorables.
Enfin, tout cela est vraiment loin, pensais-je amèrement. C’était tout de même étonnant d’avoir rendez-vous dans un milieu plus ou moins familier. Pourtant, j’étais sure de n’avoir rien dit à la Cellule à ce sujet.
Depuis la mort de Paul, je n’avais pas retouché à une pièce d’échec. Cela ne pouvait être qu’une coïncidence d’être attendue à cet endroit. Je voulus vérifier et relire le message de l’ordinateur. Mais le fameux document avait disparu ! Comment était-ce possible ? Je cherchais dans la corbeille, dans des fichiers où il aurait pu être enregistré mais rien. Je finissais par me douter que la Cellule avait accès à mon ordinateur à distance. Ce qui expliquait comment arrivaient les messages sur mon PC. Ouf ! Au moins, personne n’était entré dans la chambre pendant mon sommeil.
Je me couchais, mais la boule de nervosité logée au creux de mon estomac me laissa longtemps éveillée.



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Pourquoi il n'y a pas de suite ? C'est pourtant très bien

 

 

J'aime bien cette série, c'est passionnant et on s'attache au personnage principal.

 





   
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