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Halganah. Chapitre 3

Auteur de recits


Récit écrit par Diamantina.
Auteur femme.



histoire publiée le 20-05-2012
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8335-d291

Titre : Halganah. Chapitre 3

Roman aventure  Jeu  Vengeance 
 
 

Halganah. Chapitre 3


Chapitre III

Quelques heures plus tôt, jamais Halganah n’aurait pensé se retrouver dans
pareille aventure, elle s’y perdait elle-même.
Tout d’abord, on avait essayé de l’assassiner à la foire. Jusque-là, elle s’en
était plutôt bien tirée : elle avait posé son sac à dos sur le banc, couvert de son
imperméable bleu marine, et le tour était joué. L’homme avait cru l’avoir eue, alors
qu’il n’avait fait que tirer dans un vulgaire sac.
Halganah savait que la curiosité est un vilain défaut, mais elle n’a pas résisté
à prendre le tueur en filature. Il l’a menée dans un bâtiment désaffecté, une sorte
d’entrepôt apparemment. Là, cachée derrière une pile de cartons, elle avait appris des
informations terribles. Ils avaient assassinés ses parents et projetaient encore le
meurtre de sa grand-mère. Et elle ne connaissait même pas leur nom.
A partir de là, tout allait très vite, et la voilà réduite à courir chez sa
grand-mère pour la protéger.
Depuis une dizaine de minutes, elle cavalait dans la rue, dévisagée par les
badauds. Son inquiétude montait au fur et à mesure qu’elle approchait de chez elle.
Elle n’avait jamais été bien endurante, et ses mollets commençaient à la faire
souffrir. Ni tenant plus, elle s’appuya contre le mur tagué d’un immeuble.
« Eh, qu’est-ce que tu fais là ? »
Halganah sursauta : cette voix lui était familière. Elle releva la tête.
« T’as vu un monstre ou quoi ? continua le garçon. »
Il ne manquait vraiment plus que lui. Edwin. Halganah riposta :
« Oui. Ce monstre, il est devant moi.
- Vraiment tu ne devrais pas m’en vouloir autant. Tu pourrais quand même me
pardonner.
- Ecoute, je n’ai vraiment pas le temps d’en parler, là. Laisse-moi tranquille. »
Elle avait vraiment des choses plus urgentes à faire que d’accepter des excuses.
Edwin était un garçon de sa classe, grand, châtain clair, yeux noisette et un
sens de l’humour quasi inexistant, fervent amateur de sensations fortes. Il avait été
retiré de la garde de ses parents dès son jeune âge. Il logeait dans un foyer
d’enfance. L’autre jour, au collège, il avait tenté d’embrasser Halganah sans
prévenir. Elle n’avait, pour peu dire, pas trop apprécié.
« On discutera de ça lundi. »
Si je viens lundi, pensa-t-elle. Sur ce, elle passa dignement devant Edwin, et
sans un regard partit en courant. Tout ce qu’elle voulait, c’était que cette sortie de
scène lui fasse bien comprendre qu’elle ne voulait pas de lui. Ni de personne d’autre
d’ailleurs.
Elle avait des problèmes bien plus ennuyeux que des amourettes de collégiens à
régler.
Dans sa course effrénée où les minutes semblaient une éternité, l’imposante
bâtisse de sa grand-mère finit par apparaître à l’horizon, dans un soleil couchant
d’automne. Allongeant encore ses foulées, elle enjamba avec facilité le portillon de
fer blanc, et gravit précipitamment les marches du perron.
C’était comme dans un mauvais film d’horreur.
Sur l’imposante porte d’entrée dégoulinait du sang. Il n’était pas encore sec, et
coulait sur le bois comme des larmes sur un visage. Halganah laissa échapper un faible
gémissement. Maintenant sa grand-mère partie, sa vie ne valait plus rien, elle était
désormais seule face à son destin, comme un oisillon tombé du nid.
Elle ouvrit la porte avec une brutalité inhabituelle. Le couloir bifurquait vers
la gauche. Là, à moins d’un mètre, le corps de Rosia s’étalait de tout son long sur le
carrelage froid. Ses cheveux auréolaient son visage pâle. Sa bouche restait légèrement
entrouverte, comme pour prononcer un ultime mot d’adieux.
« Halganah, lui avait un jour dit sa grand-mère, la vie est comme un parcours du
combattant. Un mur se dresse devant toi, tu ne vois pas ce qu’il y a derrière. Tu dois
réussir à le gravir, réessayer encore et encore. Une fois en haut de ce qui paraissait
insurmontable, tu te rendras vite compte que la ligne d’arrivée ne se trouve pas
derrière. Un long chemin restera à parcourir, semé d’autres difficultés. Ce n’est que
beaucoup plus tard, après les avoir tous franchis, que tu pourras enfin vivre ta vie.
N’oublie jamais : rien n’est insurmontable. »
Elle était arrivée en bas du mur.
Son visage s’inonda de larmes en un instant. Elle se sentait réduite à néant,
coincée au bas de ce mur trop haut pour elle.
Avec douleur, elle se retourna, et passa le seuil de la porte. L’orpheline
regardait le ciel parsemé de blanc. Sa grand-mère était maintenant là-haut, à cause
d’elle.
A cause d’elle ?
Elle avait fait ce qu’elle avait pu, était allée le plus vite qu’elle pouvait.
Peut-être serait-elle arrivée à temps, sans ce léger contretemps en chemin. Elle
culpabilisait terriblement. Rosia l’avait quittée – bien trop tôt – et maintenant, la
voilà face au monde, sans soutien alors qu’il lui restait tant à découvrir. C’était la
première fois qu’elle devait affronter la mort en face : ses parents, sa tante, elle
ne s’en souvenait plus, si ce n’était un jour de pluie, dans son plus jeune âge, où
elle cachait ses larmes dans les jupons de sa grand-mère en deuil.
« Tes parents sont partis pour un long voyage, lui avait-on dit.
- Pourquoi ils ne m’ont pas emmenée ? sanglotait alors le petite Halganah de
cette époque.
- Ils laissent Rosia pour s’occuper de toi.
- Pendant longtemps ?
- Tu les retrouveras, un jour, là où ils sont maintenant. »
Halganah n’avait pas compris que ses parents étaient vraiment morts. Ce ne fut
que plus tard que la terrible vérité explosa à ses yeux. La veille de son sixième
anniversaire, on lui avait dit que ses parents auraient été fiers d’elle. C’est là
qu’elle avait compris.
Revenant à la réalité, elle saisit avec brutalité son vélo qui traînait
négligemment sur la pelouse coupée à ras, l’enfourcha et appuya de toutes ses forces
sur les pédales. L’esprit embrumé, elle filait sur le bitume. Le vent fouettait son
visage décomposé, ses boucles régulières décollaient de son dos, ses mains se
crispaient sur le guidon. Elle était plus que tout en colère, en colère contre tous
ceux qui lui avaient caché la vérité.
Une dizaine de rues plus loin, Halganah balança son vélo sur le trottoir, un
crissement retentit quand celui-ci râpa le béton. Elle s’avança vers un grand bâtiment
bleu, couronné de balcons et s’acharna sur la sonnette.
« Oui, j’arrive, marmonna une voix suraiguë de l’autre côté de la porte. »
Halganah s’était rendue au foyer d’enfance de la ville. Tout ce qu’elle voulait,
c’était voir Edwin, refouler sa colère. Car après tout, s’il n’était pas intervenu
plus tôt dans l’après-midi, s’il n’avait pas perdu du temps à Halganah avec ses
histoires de collégiens, elle aurait pu arriver à temps. Elle s’en était persuadée,
son infinie tristesse l’empêchait de voir les choses en face : sa grand-mère était
morte, et elle n’aurait rien pu faire de toute façon.
Une femme aussi haute que large, aux traits grossiers apparut sur le seuil. Elle
riboula ses grands yeux noirs en apercevant Halganah. Voyant la mine de celle-ci,
elle s’exclama avec compassion :
« Oh, petite, que t’est-il arrivé ? Tu pleures ?
- Non, non pas du tout ! s’empourpra Halganah qui avait juste oublié son air
ébouriffé. Je suis juste allergique aux… roses ! dit-elle en désignant les plantes qui
poussaient le long du mur.
- Je ne connaissais pas ce type d’allergie. »
La femme haussa ses épaules, puis enchaîna :
« C’est pourquoi ?
- Je voudrais voir Edwin. Est-ce qu’il est là ?
- Et comment qu’il est là ! Il est privé de sortie pour le reste de la semaine.
Et de visites. Tu comprends, il s’est encore éclipsé en douce, tout à l’heure. Les
pensionnaires âgés de moins de seize ans ne peuvent pas sortir sans accompagnateur.
- Donc je suis venue pour rien.
- Apparemment. »
Halganah n’était pas du genre à lâcher prise.
« C’est important, il faut vraiment que je le voie.
- Impossible.
- J’ai… besoin de son aide pour des exercices de sciences-physique. »
Non, vraiment, mentir n’était pas le domaine où Halganah excellait le plus.
Pourtant c’est une qualité très utile dans certaine situation.
« Rien que deux petites minutes ! supplia-t-elle. »
Elle se mettrait à genou s’il le fallait. La grosse femme jugea Halganah du
regard, puis afficha le verdict.
« Seulement en ma présence, déclara-t-elle avec fermeté.
- D’accord, madame. Merci.
- Suis-moi. »
Halganah ne se fit pas prier. Avec ou sans la présence d’un chien de garde, elle
aurait de toute façon de gros ennuis.
On la conduisit dans un couloir où toutes les portes étaient identiques. La
grosse dame frappa à l’une d’elle. La porte s’ouvrit quasi-instantanément et la tête
d’Edwin passa par l’embrasure. Quand il vit Halganah sur les talons de l’animatrice il
afficha un sourire éclatant, l’air vainqueur. Son regard revint sur l’animatrice.
« Edwin, commença celle-ci, cette jeune fille a juste besoin d’aide pour des
exercices. Je reste pour vous surveiller, faite vite, je n’ai jamais été patiente. »
Halganah se glissa silencieusement, comme un chat ayant repéré sa proie, dans la
chambre. La tapisserie était blanche, parsemée de quelques autocollants. Il y avait un
petit lit en métal dans un coin de la chambre étroite. Une porte transparente donnait
sur un balcon minuscule, qui ne comportait qu’un simple pot rempli de terre envahi par
de mauvaises herbes. Des étagères étaient accrochées au mur, et des livres y étaient
empilés négligemment. Un petit bureau se trouvait à côté de la porte, sur lequel avec
une lampe de chevet rouge.
Halganah bouillonnait intérieurement. Voilà le moment attendu venu, la plus
grosse bêtise de sa vie. Pour elle, Edwin était le second meurtrier de sa grand-mère,
l’obstacle qui l’avait empêché d’arriver à temps.
Elle ne pouvait plus retenir tant de haine. Mais elle essayait coûte que coûte
d’attendre le moment propice.
Sous l’œil suspect de la surveillante, elle finit par rompre le silence qui
s’était installé :
« J’ai besoin d’aide pour l’exercice de physique pour demain.
- Bien sûr, tu as toqué à la bonne porte ! »
Il ponctua sa phrase d’un clin d’œil.
Avec fierté, il extirpa son livre de Physique de son sac à dos gris clair, et le
posa sur son bureau.
« Regarde le premier circuit, le courant circule…
- J’avais juste une chose à te dire, chuchota discrètement Halganah à l’oreille
d’Edwin.
- …De la borne plus à la borne moins, acheva-t-il. »
Faisant mine de faire un schéma sur une feuille de papier, il répondit à Halganah
tout aussi discrètement.
- Ah oui ? Tu as changé d’avis ? (Tout en traçant le schéma, il affichait son
plus beau sourire.)
- Pas vraiment.
- Dommage. Pourquoi es-tu venu alors ?
- J’ai deux mots à te dire ! »
Cette dernière phrase, elle ne l’avait pas chuchoté comme les autres. Elle
l’avait hurlée si fort que sa gorge la brûlait. Elle serra les poings, tout se
bousculait dans sa tête. Enfin, elle pouvait laissa déborder sa rage. Sans vraiment
contrôler ses gestes, et gifla Edwin, qui tomba en arrière. L’animatrice, bouche bée,
se précipita retenir Halganah.
« Calmez-vous tous les deux !
- Lâchez-moi, lâchez-moi ! criait Halganah, essayant d’échapper à la poigne
d’acier du chien de garde. »
La jeune fille pestait et se tortillait dans tous les sens. La surveillante lui
tordait ses bras derrière son dos. D’un seul coup, elle rejeta se tête en arrière, et
la cogna contre le front de la grosse femme. Halganah sentit la poigne se desserrer
un instant. Elle profita de ce moment de faiblesse pour libérer ses bras endoloris. La
femme titubait en arrière, sonnée. Halganah saisit la lampe de chevet, et l’abattit
sur le crâne de la surveillante, qui s’écroula comme une poupée de chiffon.
Elle se retourna. Edwin la regarda de ses grands yeux horrifiés. Il ne
connaissait pas cette face cachée de sa camarade. Il eut un mouvement de recul apeuré,
comme s’il tentait d’échapper au diable en personne.
« Halganah… mais pourquoi…
- Tout ça, c’est ta faute !
- Mais de quoi ?
- Ma grand-mère est morte ! Si tu ne m’avais dérangé tout à l’heure, j’aurais pu
la sauver ! »
Pleine de remord et de culpabilité, elle donna un coup de pied rageur dans le
pied du bureau.
Soudain, quelqu’un frappa à la porte.
« C’est quoi tout ce boucan ? Qu’est ce qui ce passe ? »
Halganah sauta fermer le verrou, puis ordonna à Edwin :
« Dit quelque chose. Et vite.
- Euh… bafouilla-t-il, non, il n’y a rien, c’est juste ma lampe de chevet qui est
tombé. Elle a… volé en éclats.
- J’ai entendu quelqu’un crié.
- Elle… elle m’est tombée sur le pied. Mais je n’ai rien.
- Tu pourrais faire plus attention ! répondit la voix de l’autre côté de la
porte. Et il faut que tu commences tes devoirs.
- Oui… »
Sa voix tremblait légèrement. Hésitant, il s’adressa à voix basse à Halganah :
« Reprends-toi, s’il te plait ! Et c’est quoi cette histoire, en quoi y suis-je
mêlé ?
- Ma grand-mère était en danger. J’allai la sauver, mais il fallait que tu
viennes m’embêter avec tes histoires de collégien ! Si elle est morte, c’est à cause
de toi ! »
Edwin tressaillit à sa voix accusatrice. Il commençait à comprendre où Halganah
souhaitait en venir. Elle tenta à nouveau de le gifler, mais cette fois Edwin s’y
attendait. Il saisit avec fermeté le poignet de sa camarade.
« Lâche moi, sinon je crie, dit Halganah d’un ton monotone.
- Cela ne mènerait à rien, à part à de gros ennuis.
- Tu parles de ça ? (Elle désignait le corps inanimé de l’animatrice.)
- Oui. Raconte-moi ce qui s’est passé, la violence ne servira à rien, je te le
jure. Je pourrais peut-être t’aider, mais pour ça, arrête de me regarder comme si
j’étais un assassin. »
Halganah allait rétorquer, mais elle n’eut pas la force. Elle éclata en sanglot,
tous les terribles moments de l’après-midi lui repassèrent par la tête. Edwin la serra
dans ses bras, la berça doucement. Ils restèrent comme cela un long moment, Halganah
laissant couler ses larmes qu’elle retenait depuis trop longtemps. La mélancolie
balaya sa colère et sa culpabilité. Edwin avait entièrement raison : la violence était
inutile, c’est juste un moyen pour l’homme d’évacuer sa tristesse sous une autre
forme, une forme sous laquelle on ne le prendrait pas pour un lâche.
Derrière eux, la surveillante commençait à reprendre connaissance.
« Vite, allons-nous en, murmura Edwin à l’oreille d’Halganah
- Par où sortons-nous ? questionna la jeune fille d’une petite voix étouffée.
- Par la fenêtre, pardi !
- On est au premier étage.
- Et alors ? »
Halganah suivit le garçon sur le balcon. Il était en train de nouer une corde aux
barres de métal.
« Tu as déjà fait ça ?
- Non, mais j’ai toujours voulu essayer. C’est solide, vas-y. »
Halganah se laissa glisser le long de la corde, et laissa échapper un soupir de
soulagement quand elle sentit le sol sous ses pieds. Edwin arriva à sa suite.
« Il faut m’expliquer.
- Mais d’abord partons d’ici. Si on nous attrape, on finira la journée au
commissariat. »
Halganah suivit Edwin jusque dans un petit parc, visible uniquement par les
habitants d’un immeuble. Personne ne pourra les trouver là. L’adolescente prit une
grande bouffée d’air frais, puis commença à narrer ses péripéties.
« Il faut d’abord que tu saches que ma vie n’est pas un conte de fée, comme
beaucoup ont tendance à croire. Mes parents sont décédés depuis longtemps.
- Comment ?
- Ne m’interromps pas, s’il te plaît. Je vis chez ma grand-mère, mes parents ont
été assassinés. Rosia aussi, tout à l’heure… »
Elle lui raconta tout. Cela lui faisait un bien fou de se confier à quelqu’un, de
déballer son secret. Toute sa vie – ce qu’elle en savait – était aujourd’hui livrée à
Edwin. Elle lui faisait confiance.
« Pour l’instant, ils me croient morte. Mais ils découvriront la vérité, et mon
heure viendra aussi. »
Ainsi s’acheva sa longue histoire. Edwin resta bouche-bée un long moment, à
méditer ses paroles. Décidément, Halganah lui plaisait de plus en plus.
« Et que comptes-tu faire, maintenant ?
- Aucune idée.
- Va prévenir la police !
- Je le ferais en dernier recours… mais pour te dire la vérité, la seule chose
que je désire, c’est me venger. Œil pour œil, dent pour dent. Il l’a tué, je le
tuerais.
- Halganah, c’est une très mauvaise façon de voir les choses ! Enfin, à ton âge…
c’est ridicule ! La prison lui suffira. Et puis, tu ne sais même pas qui c’est, « il
».
- Je l’ai vu, à l’entrepôt.
- Oui, mais ce qu’il faut, c’est un nom.
- Mais où le trouver ?
- Allons un peu fouiner dans les affaires de ta grand-mère. Dans les films
policiers, ils font toujours ça pour trouver des indices. On pourrait trouver beaucoup
de chose sur le passé de ta famille.
- Et surtout, un nom. Juste un nom, et ce serait parfait.






« Allez, Halganah, entrons.
- Non, je ne tiens pas à passer… par le hall, répondit la jeune fille avec une
grimace. Passons par la porte de derrière, s’il te plaît.
- Si tu préfères. »
Les deux enfants contemplèrent un instant la bâtisse. Edwin était surexcité à
l’idée de jouer les enquêteurs, et frémissait d’impatience. Quant à Halganah, avec de
gros cernes sous ses yeux verts, elle avait l’air de sortir tout juste d’un cauchemar.
Ils contournèrent la maison, et y pénétrèrent par une porte en verre dans la
cuisine.
« Où est sa chambre ?
- A l’étage, c’est « la Chambre Bleue ».
- La Chambre Bleue ?
- Elle se décline dans les tons de bleus, crut utile de préciser Halganah
- Je m’en doutais, tu sais. Une chambre bleue ne pourrait pas être verte. Ni
rouge. Ni…
- Tais-toi. »
Edwin soupira ostensiblement, et monta les escaliers en bois. Arrivé en haut, il
jeta un coup d’œil circulaire. Il se trouvait dans un couloir sombre, à peine éclairé
par un lustre dont la plupart des ampoules étaient grillées. De chaque côté, en
symétrique, des portes attendaient sagement que quelqu’un daigne les ouvrir. Edwin
lança un regard interrogateur à Halganah.
- C’est celle à droite au fond. Mais… vas-y, je te rejoins, j’ai juste besoin de
temps…
- Ne t’inquiètes pas, je te comprends ! Si ma grand-mère venait de mourir
assassinée, je crois bien que je serais… »
Il s’arrêta de parler dès qu’il vit la douleur briller dans les yeux de son amie.
Il venait sans aucun doute de commettre une maladresse.
« Oh, excuse-moi, je ne voulais pas… je…
- Je te rejoins, répéta-t-elle.
- A tout de suite. »
Halganah demeura seule dans le couloir, ruminant de sombres pensées. Ses yeux
s’embrumèrent un bref instant, mais elle se dit que sa grand-mère n’aurait pas voulu
qu’elle s’apitoie sur son sort. Elle devait la venger, c’était tout. Décidée, elle
pénétra dans la chambre de la défunte.
Cette pièce était sans aucun doute la plus impressionnante de la maison. Une
grande fenêtre donnant sur le jardin de derrière baignait le lieu d’une lumière
douçâtre et apaisante. Comme son nom l’indiquait, la pièce se déclinait dans tous les
tons de bleus possible et imaginable. Un agréable sentiment de sérénité régnait ici,
on se serait cru dans le recueillement d’une chapelle. Les meubles étaient tous peints
en blanc, à l’instar de nuages dans un ciel d’été.
« Rien pour le moment, lança une voix dans un coin. »
Edwin fouillait sans gêne un tiroir rempli de papier griffonné et de feuilles
quelconques.
« Une facture, des papiers municipaux, des publicités… mais rien, rien qui
pussent nous aider.
- Non, il n’y aura rien dans ce tiroir, cherche ailleurs. »
Sa voix tremblotait sous une angoisse grandissante. Imitant Edwin, elle commença à
ouvrir une armoire. Au bout d’une dizaine de minutes, Edwin s’exclama :
« Halganah ! Vite, regarde ! Sur sa table de chevet, des lettres ! »
Le cœur serré, elle s’approcha d’Edwin, qui tenait quatre enveloppes à la main,
et commençait impatiemment à en ouvrir une. Elles étaient toutes adressées à Mme Rosia
Coplin. Halganah jeta un coup d’œil anxieux par-dessus l’épaule d’Edwin. Seul trois
mots reposaient sur le papier, inscrits d’une écriture ronde :

La Corbeau arrive.

Halganah arracha les lettres des mains d’Edwin, et vérifia leur date d’envoi.
Celle qu’elle venait de lire était la plus récente. Elle déchira l’enveloppe de la
plus ancienne, qui datait d’il y a deux mois :

Ma chère Rosia,

Votre heure est venue. Vous vous en doutiez sûrement, après le décès de Renato et
d’Adélaïde, et de quelques autres de vos proches. Par la même occasion, nous nous
occuperons de votre précieuse petite fille, Halganah. Mais savez-vous au moins
pourquoi ? Pourquoi devez-vous disparaître ? Je prends le plus grand plaisir à vous
relater les faits, ma chère Rosia. Renato n’était qu’un monstre, et vous en payerez le
prix.
C’était un soir, dans un casino près de San Diego, dans la Dehesa Valley. Un lieu
sans prétention, mais qui attirait quand même la haute société. J’ai rencontré votre
fils alors que je jouais au poker avec d’autres personnes très respectables. D’abord
amical, notre jeu est devenu beaucoup plus sérieux, la somme est rapidement montée,
jusqu’à devenir même exorbitante. Je l’admets, j’ai perdu contre lui. Je commençais
déjà à le haïr, pour m’avoir ridiculisé devant tant de personnes influençables.
J’ai alors commis une folie.
Je suis revenu le voir, avec ma femme enceinte de notre premier enfant au bras,
lui proposant de boire un verre en l’honneur de sa victoire. J’avais déjà perdu
beaucoup d’argent, mais je voulais me rattraper auprès de ma femme, qui m’en voulait
tant.
« Monsieur Coplin ! Après votre magnifique victoire, que diriez-vous de tirer
trois cartes chacun ? Voyons si la chance vous épaule encore, ce soir ! »
Avec son grand sourire et sûr de lui, il me suivit dans une salle voisine. Si je
gagnais, il me rendait la somme que j’avais perdue. Si je perdais, je lui donnais le
double. Mais je ne prenais pas de risque, car je dois l’avouer, j’avais vérifié les
cartes avant de le solliciter à notre jeu. Nous pénétrâmes dans une salle vide, où
seule une table se dressait. Posé dessus, le distributeur de cartes.
« A vous l’honneur, Monsieur Coplin. »
Sans que je ne puisse protester – sous peine de me trahir - il retira les six
premières cartes du distributeur, les mit de côté.
« Nous ne sommes jamais assez prudent, n’est-ce pas ? me dit-il. »
Ma tentative de tricherie avait échoué, j’étais en colère, je bouillonnais. Il
tira sa carte.
Un neuf de trèfle. Je tirai la mienne.
Une reine de pique.
La première manche fut donc en ma faveur, mais pas la deuxième, à mon grand
désarroi. Il me battit avec un dix contre mon quatre. Nous entamâmes la troisième et
dernière manche.
Il piocha. Un huit de cœur. A mon tour. Un cinq de trèfle. J’ai perdu tous mes
moyens. J’étais ruiné, ma femme aussi, alors qu’elle attendait notre premier enfant
depuis déjà six mois. J’avais détruit notre vie.
Le soir, dans ma chambre d’hôtel, je me suis alors décidé. J’allais rattraper mes
erreurs. Avec ma douce épouse Theresa, je suis allé voir Monsieur Coplin dans sa
chambre. Je nourrissais une telle haine envers lui ! J’avais pris un revolver, Theresa
ne le savait pas, puisque je me doutais qu’elle m’en aurait empêché.
Me voilà maintenant face à celui qui en quelques minutes m’avait anéanti. Je l’ai
alors menacé de mon arme pour qu’il me rembourse. Ma femme s’est mise à pleurer, à me
supplier d’arrêter ma folie.
« Theresa, ma colombe, je fais cela pour ton bien et pour celui de notre enfant.
- Non ! Non ! Je t’en supplie, Marc ! Marc ! »
Devant l’arme, votre fils restait impassible. Obstiné à refuser mon chantage.
Puis, tout est allé tellement vite ! J’ai perdu le fil, on s’est rué sur moi. Un coup
de feu est parti, j’ai été assommé. Quand j’ai repris connaissance, j’étais toujours
dans la chambre d’hôtel, allongé auprès du corps de mon épouse. Une balle en pleine
tête. La vie de ma femme et de mon enfant volé par votre fils, que j’avais
certainement sous-estimé. Et en plus de cela, il avait lâchement pris la fuite.
Ma belle vie a été effacée en l’espace de même pas une heure, j’avais tout perdu.
J’ai retrouvé Renato, je l’ai tué lui, sa femme, sa famille. Je me suis juré de
faire disparaitre tous les Coplin de la surface de la Terre, mais avant, je leur ai
tous expliqué à quel point Renato était lâche et égoïste.
C’est votre tour.
Marc Nédeire.

Halganah ne voulait pas lire davantage de lettres, puisque, désormais, elle
savait contre qui se venger. Il ne lui restait plus qu’à retrouver un certain Marc
Nédeire…




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