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La prémonition d'un esprit dérangé

Auteur de recits


Récit écrit par Eric.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : eric.lareidaorangefr



histoire publiée le 27-08-2012
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8343-e273

Titre : La prémonition d'un esprit dérangé

Micronouvelle  Cauchemard  Prémonition 
 
 

La prémonition d'un esprit dérangé


Le professeur Augusto avait participé à un débat télévisé quelques jours avant notre rencontre en ce jour tragique. Selon lui les rêves prémonitoires n'existaient pas, le sentiment du déjà vu était, selon une explication bien rodée, une projection du présent sur les zones opaques de la mémoire. Je fus ravi d'entendre son contradicteur lui répondre que l'impression du déjà vu ne se referait pas à un rêve prémonitoire et qu'il donnait ici la solution d'un énoncé différent de celui qui était posé.
Depuis quelques temps je suis assailli par des crises d'agoraphobie, la place de Catalogne si peuplée et bruyante m'est devenue un lieu impossible, malgré des efforts pour surmonter ce trouble mes talons ne m'obéissent plus et m'emmènent ailleurs vers des rues plus calmes et désertes. Aller consulter un collègue d'Augusto, qui remplace les énoncés difficiles par des plus simples pour faire croire qu'il démystifie tout, à quoi bon ?
J'étais bien certain de ne pas rêver en suivant cette femme dont l'élégance des chaussures me fascinait, leur martellement sur le macadam cessa lorsqu'elle se rendit compte de la filature. Je levais les yeux vis qu'elle m'avait amené dans un quartier de la ville que je ne connaissais pas, elle me dévisageait silencieusement derrière ses lunettes noires, sur son épaule se tenait un furet à l'expression moqueuse et attentive. Derrière moi retentit une effroyable explosion, je me retournais et l'instant d'après, elle et son furet fabuleux avaient disparu. Des ambulances et des voitures de pompiers convergeaient toutes sirènes hurlantes en direction du lieu de l'explosion, d'où s'élevait maintenant une fumée intense. Comme je ne savais pas où j'étais je me dirigeais vers cette colonne de fumée et je fus bientôt sur la place de Catalogne au milieu de laquelle gisait un autobus éventré parmi un tas de débris matériels et humains, fumant et hurlant. Une horreur que je ne tenterai même pas de décrire, l'odeur de chair calcinée aurait suffit à elle seule à rendre compte à un aveugle du caractère insoutenable du spectacle visible. Un liquide noirâtre s'échappa soudain des cendres, un vieil homme à mes côté désigna la scène en s'exclamant: « Les égouts de la mort débordent et envahissent la ville ! » Je pensais que, face à la violence de la scène, le pauvre homme n'avait plus tous ses esprits, les gardes civils eurent quand à eux une formule bien insolite pour écarter les badauds: « Ne restez pas là! Il va y avoir une réplique de l'attentat ! » Comme s'il s'agissait d'un tremblement de terre.
J'ai du m'évanouir car j'étais assis sur le bord du trottoir tandis que deux secouristes étaient penchés vers moi. « Il revient à lui. » Disait l'un, tandis que l'autre parlait de faire venir l'ambulance.
«-Ce n'est pas la peine, je vais mieux, occupez vous des autres blessés.
-Les autres blessés ?
-Après un tel attentat, vous ne devez pas être trop nombreux pour vous occupez des victimes.
-Attentat ? Il est quand même bien sonné il vaudrait mieux allez à l'hôpital. »
Son collègue me demanda plus précisément:
«-Vous avez cru entendre une explosion ?
-Oui, j'ai entendu l'explosion et devant l'horreur de la situation je me suis évanoui.
-Ce n'est peut être qu'un délire banal du à une insolation...
-Hum, à l'hôpital ils sauront diagnostiquer... »
Je réalisais alors que nous étions au milieux de la place de Catalogne, joyeuse et bruyante comme à son habitude, il ne s'était rien passé, pourtant ce lieux m'inspirais à nouveau une insurmontable phobie, je demandais aux secouristes de m'aider à marcher et de m'emmener loin de là, ils firent venir aussitôt l'ambulance.
Des heures d'attente insipides assis sur un brancard, face au bureau d'accueil du service des urgences, quand soudain je vis apparaître sa sommité le professeur Augusto, il prit un papier que lui tendait une secrétaire, le lu, haussa les épaules en disant:
« Depuis quand sont ils compétent à faire des diagnostics ?! » S'approchant de moi il leva l'index, le déplaça d'un mouvement circulaire à droite puis à gauche en me demandant de suivre son doigt du regard. D'autres examens du même genre suivirent, après quoi il tourna les talons en affirmant péremptoirement: « Vous n'avez aucun symptôme d'une attaque cérébrale. » Un autre médecin s'adressa à lui à voix basse sans que je puisse saisir le moindre mot, mais je su très vite qu'il s'agissait de moi, car Augusto s'éloigna en disant: « Occupez vous de lui. » Ensuite c'est vers moi que le médecin se dirigea, sur l'étiquette accrochée à sa blouse je lu: « Docteur Gracia Cohen. Psychiatre » Je n'aimais pas du tout ça, j'étais bien résolu à refuser les traitements psychotropes et à quitter cet hôpital au plus vite, assez vite pour ne pas en sortir plus malade que je n'y étais entré.
« Alors! Que vous est il arrivé ? » Elle interrogeait sur un ton léger, comme s'il s'agissait de raconter l'épisode d'un feuilleton télévisé, et soulignait le plus invraisemblable par des « oui », « d'accord », « je vois ». Après avoir entendu mon récit dans son intégralité les questions suivantes me furent adressées:
«-Vous ne vous souvenez pas de ce qui précède l'histoire de la femme que vous avez suivi ?
-Non.
-Vous suivez souvent les femmes comme ça, en étant fasciné par leurs chaussures ?
-Jamais, et je n'ai aucune fantaisie fétichiste si c'est ça la question.
-Très bien, et quand ont elles commencé ces crises d'agoraphobie ? »
Les questionnements divers continuèrent encore longtemps, mais concernaient des problèmes de santé en général, hypertension, problèmes cardio-vasculaires, hérédité. Une consultation qui ressemblait à celle d'un généraliste. Puis elle recentra la discussion sur le rêve qui pour moi n'en était pas un, du moins pas un rêve comme les autres. Alors elle s'arrêta sur un détail, le furet. Elle se leva et se dirigea vers sa bibliothèque en revint avec un traité de zoologie, l'ouvrit à une page présentant un grand nombre de photographies de furets illustrant les variétés de l'espèce.
«-A quoi ressemblait il ce furet ?
-Un peu à tous ceux là, mais à aucun d'entre eux en particulier, c'est pourquoi je l'ai appelé le furet fabuleux.
-Donc vous avez rêvé. Non ?
-Je vous le répète, ce n'était pas un rêve ordinaire.
-Bien sûr, si vous n'y voyez pas d'objection , vous resterez en observation ce soir, car pour le scanner cérébral il n'y a pas de disponibilité avant demain matin. Lorsque nous aurons les résultats, s'il n'y a rien d'alarmant vous rentrerez chez vous. Je vous fais préparer une chambre ? Je ne vous oblige pas, mais demain matin il faudra venir très tôt pour le scanner. »
Je me rendis à ce dernier argument qui n'avait pourtant rien de si logique.
Une chambre me fut attribuée au rez de chaussé dont la fenêtre donnait sur le parc de l'hôpital, de l'autre côté une cloison au verre opaque donnait sur le couloir, j'y distinguais les allez et venue de vagues silhouettes, mais si quelqu'un s'approchait très près, je le voyais presque aussi nettement qu'à travers une vitre translucide. A cette heure tout était calme dans l'hôpital, je regardais vers l'extérieur, à l'heure entre chien et loup...et furet! Car celui ci surgit d'un buisson et courut sur la pelouse puis disparut comme par enchantement. Je soliloquais: « En observation... dans le service de neuropsychiatrie, et je vois des choses qui n'existent pas! Tout va bien. »
Une infirmière au visage angélique entra, tenant un verre d'eau et un comprimé. « C'est une prescription pour vous. » Dit elle, en prenant l'air de quelqu'un qui vous apporte quelque chose très longtemps désiré. Je renonça à lui expliquer pourquoi je refusais de prendre ce médicament et, sournoisement comme les chats le fit glisser sous ma langue bus un peu d'eau et fit semblant de l'avaler puis le recrachais discrètement. Un peu plus tard sa collègue de nuit ne fut pas dupe, celle ci avait l'air moins angélique, elle était toujours souriante avec un regard charmeur, de prime abord elle me tutoya.
« -Tu ne l'as pas pris le médoc?
-Si,si.
-Dissimulateur et menteur. Tu ne tiendrais même pas debout si tu l'avais pris.
-On ne peut rien vous...te cacher.
-Comme les cigarettes interdites que tu dissimules là où seule une fouille approfondie permettrait de les trouver. C'est inutile, ce n'est pas une prison ici.
-C'est sûr, et des psychotropes beaucoup plus dangereux, il y en a plein la pharmacie.
-C'est moi qui suis de garde cette nuit, si tu as besoin que je t'amène un truc tu me demandes. »
Elle s'en alla sans se départir de sous sourire et en me regardait d'un air entendu. Le pire c'est que l'anxiété affaiblissait ma volonté, me rendant vulnérable à la tentation. Néanmoins je parvins à m'endormir, avant d'être réveillé par un branle bas de combat. Une agitation fébrile était perceptible partout dans l'hôpital, tandis que le hurlement des sirènes d'ambulances se faisait plus fréquent à la porte des urgences, j'entendis aussi des cris exprimant une souffrance insoutenable. Puis un ballet d'hélicoptères atterrissant sur la plate forme se fit incessant. Dans le service de neuropsychiatrie on amenait des patients en état de choc, j'étais sorti de ma chambre pour aller aux nouvelles, l'infirmière de garde que j'interrogeais m'informa:
« -Il y a eu un attentat.
-Où ça ?
-Place de Catalogne. »
Je croisais le regard du Docteur Cohen qui exprimait la surprise devant l'erreur de diagnostic et l'inquiétude face à l'oiseau de mauvaise augure.
Au bout d'une heure le calme était revenu, je ne parvenais pas à dormir, me tournais à droite à gauche, ouvrais et refermais les yeux, soudain j'étouffais un cri, la femme au furet était derrière la vitre opaque, immobile et regardait dans ma direction. Je sonnait l'infirmière qui fut longue à venir.
Quand elle ouvrit la porte elle avait retrouvé son sourire.
« -Je suis débordée par les évènements. Qu'est ce que tu veux ?
-Il y a quelqu'un dans le couloir ?
-Non il n'y a personne, tu as vu quelqu'un ?
-Oui, quelqu'un que je ne veux plus voir.
-Je vais le signaler à l'agent de sécurité, tu voulais autre chose ?
-Qu'est ce qu'on a voulu me faire avaler tout à l'heure ?
-De la benzo à 30 mg.
-C'est une dose pour les drogués ça.
-C'est probablement ce qu'ils ont soupçonné. Bon, je crois que tu vas vites débarrasser le plancher parce qu'ils ont besoin de lit.
-Dommage j'aurais aimé que tu me chante une berceuse. »
Elle sourit encore puis appelée aux urgences s'éclipsa.
Quelques minutes plus tard l'agent de sécurité passa dans le couloir, tel un sorcier écartant les mauvais esprits, je ressenti alors que la rationalité quotidienne reprenait sa place, que les puissances du mal se volatilisaient et qu'aucune vision ne me tourmenterait plus, dans l'aube naissante et au chant des premiers oiseaux, je m'endormis.
Le lendemain, c'est le professeur Augusto en personne qui me remit le résultat du scanner:
« -Tout va bien, si vos troubles persistent venez voir le docteur Cohen en consultation.
-Bien sûr je n'y manquerai pas. »
Il restait planté là comme un employé d'hôtel attendant un pourboire. Puis il se décida enfin à parler.
« -Ceci ne me plait pas, mais je dois reconnaître que votre histoire laisse supposer un noyau de vérité dans ce que j'ai toujours nié.
-Ha! Oui, en effet, mais vous savez moi je n'y croyais pas plus que ça, avant. »
Il ajouta pour conclure: « Aussi terrifiante qu'était votre vision, elle demeurait moins terrifiante que la réalité de cette tragédie. »
Je l'approuvais sur ce point. D'ailleurs pendant mes nuits d'insomnie il m'arrive de contempler la rue déserte par la fenêtre et d'espérer apercevoir le furet fabuleux et son élégante compagne, comme si toute notion du mal fut abolie.




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