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Ne parlez jamais à des inconnus.

Auteur de recits


Récit écrit par Eric.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : eric.lareidaorangefr



histoire publiée le 21-09-2012
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8352-e274

Titre : Ne parlez jamais à des inconnus.

Conte philosophique  Ecriture  Etres imaginaires 
 
 

Ne parlez jamais à des inconnus.


Je flânais dans la librairie de la gare quand je vis de l'autre côté du rayonnage, quelqu'un que je pris pour le fantôme de Romain Gary. Et le revenant me parlait:
« -Vous ne trouvez pas que l'on publie trop de livres ? Comment s'y retrouver, le meilleur côtoie ici le pire, qu'est ce qu'il peut y avoir comme impostures intellectuelles !
-Ce sont les écrivains qui ont déjà une notoriété (je n'osais pas dire posthume) qui parlent ainsi... »
Il eut un rire forcé et poursuivit son idée.
« -La notoriété est de plus en plus éphémère là où il faut toujours faire place à la nouveauté.
-Sur ce point je vous approuve, cette logique économique ne laisse pas vraiment sa chance aux jeunes talents, elle tue l'inspiration avant qu'elle ait put livrer le meilleurs d'elle même. Excusez moi, l'heure tourne et, j'ai un train à prendre.
-Je vous en prie Monsieur, au revoir et au plaisir de poursuivre un jour cette conversation. »

Quand le train quitte les faubourgs de la ville, le paysage devient monotone, l'inspiration me venait ainsi jadis, par la fenêtre tel un tableau vivant naissaient des personnages, des situations, des événements extraordinaires. Mais aujourd'hui rien, je parcours le cahier dont je ne me sépare jamais, ces derniers jours je n'y ai pratiquement rien inscrit. Il me viens toutefois une vague idée, je pense au film inachevé de Frederico Fellini « Le voyage de Mastorna » et plus précisément à la scène où le héros aperçoit un ami qui lui fait signe par la fenêtre d'un train, il se souvient alors que cet ami est mort depuis longtemps et comprends ainsi que lui même ne fait plus partie du monde des vivants. Le train à brusquement accéléré, le paysage passe de la monotonie à l'uniformité, que les destructeurs de la beauté du monde fassent encore un effort et il sera tout à fait monochrome.
Désirant un café, je parcouru les allées pour me rendre à la voiture bar qui était fermée, en regagnant mon siège je constatais avec un soupçon d'inquiétude que j'étais le seul passager du train.
Soudain il ralentit, quelque temps plus tard s'arrête à une gare apparemment désaffectée. Une fois repartit, alors que je n'avais remarqué personne sur le quai, une passagère apparut. Je ne saurai mieux la décrire qu'en évoquant Sarah Jessica Parker en train de jouer dans un anachronique film d'espionnage américain datant de la guerre froide. Elle s'assit face à moi, je me plongeais studieusement dans mes écritures.

En sifflant dans l'obscurité le voyageur apaise son angoisse mais la lumière ...la lumière ne revient pas, non, comment tourner l'idée que...J'ai du penser à voix haute car Sarah me souffle soudain: « ...mais demeure impuissant à éclairer son chemin. Ce qui n'a aucune importance car ce voyageur ne va pas dans une direction précise. » En l'écoutant j'observais que la direction du train devenait également imprécise, ayant quitté la voie principale il cheminait lentement à travers une épaisse forêt puis s'arrêta. Ce n'était pas une gare mais une sorte d'entrepôt où stationnaient les trains de marchandises transportant du bois. Sarah qui en fait s'appelait Mélanie et ne ressemblait pas tant que ça à Jessica Parker m'informa que le train n'allait pas plus loin car le pont des sablières n'était toujours pas réparé. Les routes forestières venaient tout juste d'être réouvertes à la circulation après qu'une grande partie de la forêt fut dévastée par une tempête apocalyptique.

Nous roulions depuis un bon moment à travers bois sur des chemins tantôt boueux, tantôt caillouteux, à bord d'une jeep antédiluvienne mais dont les quatre roues motrices faisaient face efficacement à l'âpreté du terrain. Elle s'arrêta en expliquant qu'il s'agissait de satisfaire un besoin naturel, machinalement j'ouvris la boite à gants qui contenait, outre un gros calibre, une carte de l'institut géographique répertoriant le moindre sentier de la forêt. Une croix rouge était tracée au lieux dit du sentier de l'homme mort, encore un qui jadis fut victime des bandits de grands chemins. A cet endroit une grotte était indiquée, l' étonnant fut que le lieux s'avérait proche du pont des sablières prés duquel le train s'était arrêté. Pourquoi avait on fait un si long détour par la forêt ?

« -Vous voulez la conduire ?
-Je n'ai plus le permis, c'est pour ça que je prends le train.
-Ici ça ne craint rien. »

Toutes mes craintes se dissipèrent, elle n'aurait pas proposé de conduire ni laissé le revolver dans le véhicule, si tout ceci menait à un guet-apens. Je gardais l'esprit tranquille jusqu'au sentier de l'homme mort que l'on ne pouvait emprunter qu'à pied, on descendit du véhicule, elle enfila le révolver à son ceinturon et me fit passer devant elle en m'intimant l'ordre d'avancer plus vite car la nuit tombait.

Arrivé à la grotte une bande de joyeux convives, un peu éméchés étaient assis autour d'un feu de camps, il n'y avait à ça rien d'inquiétant si ce n'étaient leurs fusils posés à côté d'eux. Pour en avoir le coeur net je les saluais en disant: « -Et les gars! La guerre est finie depuis cinquante ans. »
Ils éclatèrent tous de rire et l'un me répondit: « -On le sait bien, mais tu es quand même notre prisonnier, ne t'inquiète pas on ne te fera pas de mal, assieds toi, bois un coup et mange un morceau. » Tout en mangeant, j'interrogeais sur le sens de cette histoire, ce à quoi il m'était obstinément répondu qu'ils n'en savaient pas plus que moi. Et quand je demandais: « -Que va t il se passer ensuite ? » La réponse fut des plus inquiétantes: « -Pour cela nous attendons le messager. »
J'imaginais bien une scène où des bourreaux boivent et plaisantent avec le futur supplicier en attendant le verdict. Il était curieux qu'étant prisonnier je demeurais libre de mes allées et venues et que tous tombèrent dans les bras de Morphée sans avoir pris la peine de décider qui serait de quart. Une fois le feu éteint je pris le parti de disparaître dans la nuit sans lune, sans pouvoir décider d'une direction précise mais en évitant de siffler pour apaiser mon angoisse car, non seulement ça n'allumerait pas la lumière mais pouvait attirer l'attention des loups. Ah! Pourquoi n'ai je jamais appris les trucs de voyous, comment démarrer une jeep quand on pas la clef, je ne leur ai même pas volé une arme car je ne sais pas tirer. Heureusement, j'avais bien en tête la topologie des lieux vue sur la carte, de plus le roulis de la rivière se fit entendre, il n'y avait plus qu'à aller dans cette direction suivre le cours d'eau jusqu'au pont et ensuite...je verrai bien. Avec la fatigue, vinrent les hallucinations communes aux promeneurs solitaires et nocturnes des forêts. La bête qui vous suit, je l'entendais tantôt lointaine et soudain juste sur mes talons. Les yeux qui vous regardent à travers les branches je les croisais parfois du regard. Enfin l'aube arriva, et en contrebas du talus, je vis la voie ferrée et, quelques temps plus tard se fit entendre le bruit rassurant des grues chargeant des billots de bois sur les plates formes des wagons de marchandises. Le convoi de voyageurs était là immobile, le même qui nous avait amené, peut être qu'il n'avait même pas bougé depuis la veille. Je pris place à bord et attendis, longtemps. Quand enfin il démarra personne ne semblait à mes trousses, si ce n'est un peu plus tard, chaque fois que la route longeait la voie ferrée, il me semblait apercevoir la jeep roulant à tombeau ouvert, mais je n'en suis pas sûr.

Le train avait rejoint la voie principale, à la première gare où il s'arrêta montèrent de joyeux randonneurs qui prirent place à mes côtés. Je ne me rendis pas compte tout de suite qu'ils ressemblaient aux personnages de la grotte mais avec quelques années de plus, il y avait une femme et oui c'était bien Mélanie, je la reconnaissais malgré ses cheveux grisonnants.
« -Excusez moi mais vous n'êtes pas ?
-Tiens t'es là toi! Pourquoi tu as quitté la fiction ?
-La fiction... j'ai fait ce que fait un prisonnier à la première occasion, je me suis évadé.
-L'auteur s'était fait une joie de t'avoir rencontré ce matin là, à la librairie, « c'est le personnage, c'est tout à fait mon personnage! » jubilait il.
-Désolé pour lui.
-Et pour nous ? Le rôle ne convenait pas à monsieur, ça ne te plaisait pas d'être notre prisonnier ?
-Je comprends votre déception, retournons à cette grotte et poursuivons l'histoire.
-C'est trop tard, regarde à quelle vitesse le train file, il ne déviera plus jamais de sa trajectoire linéaire et ennuyeuse, terriblement ennuyeuse, jusqu'à la fin.




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