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Mon dilemme

Auteur de recits


Récit écrit par Sweet Chaos.
Auteur femme.



histoire publiée le 21-03-2013
Catégorie :Polars
Histoire 8379-s516

Titre : Mon dilemme

Nouvelle  Mystère  Rural 
 
 

Mon dilemme


S'il y a une chose que je détestais entendre, c'était la sonnerie de mon cellulaire à trois heures du matin, parce qu'à cette heure-ci, ce ne pouvait être que le travail. Pourquoi avais-je choisi de faire ce foutu métier déjà ? Ah oui, parce que c'était la seule chose que je pouvais faire sans risquer d'étrangler quelqu'un.

- Rosentum, répondis-je en décrochant.

- Rosentum, c'est Cook. J'espère ne pas vous réveiller. Vous dormiez ?

« Imbécile. »

- Non, Cook, je ne dormais pas. Je me lève à tous les matins à six heures, je finis de travailler à cinq heures, je fais des rapports jusqu'à dix, parfois onze heures, je réfléchis sans arrêt et dois toujours m'occuper du boulot que vous et les autres incompétents du poste ne savez pas faire. Alors, voyez-vous, à cette heure, je prends ce temps pour jouer aux dominos.

- Sérieusement ?, s'étonna Cook. Vous êtes encore plus une machine que je ne le croyais ! Mais j'aurais juré que les dominos n'étaient pas votre dada…

« Ce quartier est vraiment rempli d'idiots. »

- Qu'y a-t-il, Cook ?, me résolus-je à demander.

- C'est l'arracheur. Il a encore fait des siennes sur une ancienne propriété des Mcdanagels. Tout est sous contrôle, les photographes sont sur les lieux, les médias n'ont pas encore été avertis et moi et l'équipe nous occupons d'élucider le crime, mais vous devriez quand même venir jeter un coup d'œil. Vos services ne sont jamais de trop.

- Même si Dieu me parlait en rêve et me disait que tout est sous contrôle, je le jugerais trop peu informé pour le croire, lui répondis-je de mauvaise humeur. J'arrive.

Finalement, je rectifiais ma pensée : même avec ce métier, je risquais d'étrangler quelqu'un… Cook.

L'arracheur avait une étrange manie, soit celle d'arracher la langue de ses victimes et de la clouer sur la porte de la grange la plus près. À ce jour, il avait déjà tué deux personnes, toutes deux sur des anciennes terres appartenant aux Mcdanagels. L'appel que j'avais reçu ce soir là se résumait à être le troisième meurtre de la semaine. À Farnham, dans la campagne où nous étions, il était facile pour le meurtrier de dissimuler les corps dans les champs.
Après tout, c'est ce qui composait majoritairement la ville : des champs, des fermes et du blé d'Inde. Je ne m'en plaignais pas. La totalité de cette population étant stupide, qu'il y ait plus de paysage que de citoyens ne me dérangeait nullement.

Lorsque j'arrivais sur les lieux du crime, mes subalternes tentaient de savoir pourquoi les meurtres avaient uniquement lieu sur les terres des Mcdanagels.

- Peut-être l'arracheur tente-t'il de faire accuser les Mcdanagels, suggéra Cook. Qui serait assez stupide pour tuer sur ses propres terres ?

- Peut-être que ce sont les Mcdanagels, proposa le policier Lavoie. Peut-être veulent-ils nous faire croire que quelqu'un d'autre tente de leur faire porter le blâme, mais qu'au fond, ce sont bien eux les meurtriers.

« Oh ! Mais c'est qu'ils font des efforts pour voir la situation au deuxième degré maintenant. Tu dois leur donner ça Alfred. »

« La ferme Derfla! Je ne leur donnerai rien du tout. »

- Bande de crétin !, intervins-je lorsque j'arrivai en face de la ferme en ruine. Seules les infractions à faible intensité considèrent le manque de subtilité comme étant la plus efficace des subtilités. Ici on parle de meurtre, pas de vol de gomme à effacer !

« Remarque que j'ignore s'ils sauraient en mesure de même résoudre ce type de crime. »

Derfla était là, parmi nous. Cela m'étonna puisque d'ordinaire il se manifestait rarement visuellement. Il demeurait en retrait dans ma tête et me soufflait ses idées. À la maison, il sortait plus souvent, mais quand mes collègues étaient là, d'habitude, il restait invisible.

« Le cas d'aujourd'hui est différent, Alfred, m'expliqua-t'il en s'avançant près de la porte de la ferme. Cela exige que je prenne physiquement part à la résolution de ce crime. »

Je remarquai que les autres m'observaient étrangement. Cela m'énerva. Bien sûr que j'agissais parfois bizarrement ; j'avais un ami imaginaire qui m'aidait dans mes enquêtes ! J'avais donc de longues périodes d'absence durant lesquelles je restais silencieux, le regard se promenant sur le vide. N'empêche qu'au plan intellectuel, mon équipe ne m'arrivait pas à la cheville. Comment ces gens osaient-ils me juger ?

- Rosentum, m'appela Mickey, le plus jeune policier du comté, voulez-vous que je répète ma question ?

Il comprit dans le regard que je lui lançais qu'il valait mieux pour lui répéter la question sans se faire prier.

- Avez-vous une explication pour la redondance du choix du lieu du crime ? répéta-t'il.

- Mais oui, pauvre petit inculte ! J'ai toujours une explication ! C'est que la moitié des fermes de cette ville appartenait autrefois aux Mcdanagels.

- Comment le savez-vous ?

- J'ai grandi ici et mon père était un ami très près des Mcdanagels. Ils me gardaient lorsqu'il travaillait trop tard. Je jouais toujours avec les chevaux pendant que Derfla se cachait dans…

« Ah oui ? Tu révèles mon identité maintenant ?, demanda Derfla en examinant la porte où était clouée la langue de la victime. »

- Derfla ? Qui est Derfla, demanda Cook?

- Personne, répondis-je. Un vieil ami à moi. Il se cachait toujours dans la grange parce qu'il avait peur des chevaux.

« J'avais surtout peur que les Mcdanagels découvrent que je laissais toujours sortir les chèvres de leur enclos. »

« Alors tu courrais te cacher dans la grange et, puisque personne ne te voyait, les Mcdanagels croyaient que c'était moi le coupable. Ingénieux. »

« Parfois j'avais si peur, m'avoua Derfla, que je dormais dans la grange et attendais la nuit pour aller te rejoindre. J'ignorais que j'étais invisible pour les gens. »

- Bref, poursuivis-je, si vous faisiez mieux votre travail vous sauriez que le fait que la ferme appartienne aux Mcdanagels n'est pas à prendre en ligne de compte. Maintenant, allez-vous finir par me donner le nom de la victime, ou dois-je faire cela aussi pour vous ?

J'appris que la victime était Mikael Newman, le père de la caissière du seul dépanneur de la ville, et comme par hasard, le seul commerce situé entre les deux précédentes scènes de crimes. Je n'attendis pas plus longtemps et me rendis, pendant que Derfla inspectait toujours la ferme et le troisième cadavre de la semaine, au dépanneur. Brenda, la jeune caissière à qui je devais annoncer le décès de son père ne me regarda même pas lorsque j'entrai. Elle avait toujours été désagréable avec les clients, je ne l'avais jamais vu sourire. Tout me portait à croire qu'elle n'avait aucune émotion.

- Brenda, j'ai une nouvelle à vous annoncer, triste nouvelle à vrai dire, lui lançai-je en marchant dans sa direction.

- Mon père est mort, c'est ça ?

Je fus surpris, je l'avoue. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle le devine aussi vite. Peut-être avait-elle fait le lien entre le meurtre de la semaine dernière, les sirènes de police de cette nuit et l'absence de son père à la maison ce soir.

- Ne vous méprenez pas inspecteur, intervint-elle, je n'ai su que mon père était mort que lorsque je vous ai vu entrer. Je sais donc que mon père est mort depuis environ dix secondes.

- Et cela ne vous ébranle pas ?

Elle haussa les épaules.

- Je ne connais pas vraiment les émotions, expliqua-t'elle, de plus, il me violait sans cesse.

Cette fille avait vraiment besoin qu'on lui fournisse des émotions. Évidemment, je dus passer la soirée à l'écouter me raconter les pires atrocités à propos de son père. Elle me parlait de façon si détachée que je n'eus pas le choix de la suspecter. Après tout, elle avait un excellent motif ; son père la violait.

Elle me dit une chose qui me déconcerta par contre : à aucun moment durant la nuit elle n'avait vu passer une voiture. Pourtant, pour se rendre jusqu'ici, il fallait absolument un moyen de transport. Si Brenda n'était pas le meurtrier, celui-ci devait venir de l'autre direction, et la seule chose qu'il y avait sur la route, c'était le centre de désintoxication C.A.R.A.T. J'appelais donc Gérard pendant que je me rendais au centre.

- Gérard Giroux, répondit-il la voix encore endormie.

- Gérard, c'est Alfred, je suis au centre dans dix minutes, alors réveille-toi.

Je raccrochai.

Gérard m'attendait dans le bureau, en robe de chambre, avec un café fumant.

- C'est important au moins ?, bougonna-t'il.

- Gérard, non seulement me connais-tu mais connaissais-tu aussi mon père, dis-je en m'asseyant sans sourire. Tu sais parfaitement que je ne t'aurais pas appelé à cette heure si j'avais pu attendre à demain.

Gérard était la seule personne que je tolérais. Je ne m'emportais jamais avec lui, puisqu'il était le frère de mon père.

- Gérard, j'ai quelques questions à te poser.

Je lui demandais s'il avait vu une voiture passée durant la journée ou si un des résidents s'était échappé. Il fit le tour des chambres, demanda à tous les résidents s'ils avaient vu ou entendu une voiture circulée cette nuit et tous répondirent que non. On alla voir le gardien de nuit, et celui-ci répondit la même chose. Je ne pris pas la peine de dire au revoir et je quittais le centre, en ayant un dernier regard pour la photo de mon père dans son ancien bureau… Il me manquait.

Sur mon chemin du retour vers la ferme, je ne cessais de penser à la petite caissière et aux résidents du centre. Ce ne pouvait pas être quelqu'un d'autre qu'eux. Soit un des résidents mentaient, soit la petite caissière mentait. Il fallait absolument que quelqu'un ait passé devant un de ces deux établissements durant la nuit. Il n'y avait aucune autre manière de se rendre à… J'accélérai. Je devais me rendre le plus vite possible à la ferme des Mcdanagels. Lorsque j'arrivai, Cook fut le premier à m'accrocher.

- Rosentum, vous avez trouvé quelque chose ? me demanda-t'il.

- Oui, le meurtrier.

- Quoi ? s'étonna tout le monde.

- Qui est-ce ?, réclama de savoir Lavoie.

- Comment ça qui ?, m'indignai-je. Vous êtes encore plus timbrés que jamais ce soir ! J'ignore qui sait, je sais où il est, c'est tout !

« Moi je sais qui c'est Derfla, et tu n'aimeras pas ma réponse… »

- Où est-il ? demanda Cook.

- Dans la ferme, laissai-je tomber en regardant Derfla.

« Comment as-tu découvert l'identité du tueur, Derfla ? »

« Certains signes ne trompent pas… Fais partir tout le monde, on doit l'affronter seuls. »

- Quittez tous les lieux sur le champ, clamai-je.

- Quitter les lieux ? ne comprit pas Lambert, un policier barbu et bedonnant. Pourquoi ? Le cadavre n'a même pas encore été ramassé ! Et le tueur est dans la grange si on vous écoute !

- Ne discutez pas, faites ce que je vous dis. Partez ! Maintenant ! Bande d'escargots !

Ils partirent sans rien me dire de plus et en marmonnant entre eux.

« Alfred, tu te souviens de quand nous allions sur les fermes des Mcdanagels pour jouer le soir ? »

- Oui je m'en souviens, répondis-je à voix haute, maintenant que j'étais seul avec Derfla.

« J'allais toujours me cacher dans la grange parce que je laissais sortir les chèvres ? »

- Oui, de ça aussi je me souviens.

« Et bien c'est exactement la même chose avec le meurtrier ; il se cache dans la grange parce qu'il SAIT qu'il a fait quelque chose de mal. »

- D'accord, tuer est une mauvaise chose, nous le savons tous. Et puis après ?

« Tu ne comprends pas ? Le tueur fait cela contre son gré, Alfred. Il t'envoie des signes pour que tu l'attrapes. »

Je ne comprenais pas Derfla. Le tueur tentait de me faire un signe ? Mais de quelle façon ?

« Voyons Alfred tu crois que le choix de la ferme des Mcdanagels est un hasard ? Tu crois qu'on laisse traîner un cadavre trois fois de suite à découvert sans même prendre le temps de l'enterrer ? Tu crois qu'on demeure sur les lieux du crime chaque fois que les inspections ont lieu lorsqu'on vient de tuer quelqu'un ? Mais non, on se sauve, voilà ce qu'on fait ! Le tueur veut que tu le trouves. »

Je devais admettre que cela avait du sens. Et je savais que trop bien à qui Derfla faisait allusion. Sans ajouter un mot, j'entrai dans la grange abandonnée.

- Papa, tu peux sortir, lançai-je.

Cela prit quelques secondes, mais mon père, Paul, finit par sortir de sa cachette, dans le coin droit du toit de la grange.

- Alfred ?

- Oui papa c'est moi.

Il courut presque vers moi pour me serrer dans ses bras. Je n'eus pas peur, je savais que c'était mon père, et non pas son ami imaginaire.

- Oh Alfred, tu as tout deviné, n'est-ce pas ?

- Non, Derfla l'a fait.

- Alfred tu sais bien que Derfla est toi. Tout ce qu'il fait, tu le fais aussi.

- Oui je sais… Mais inconsciemment.

Je savais que c'était en fait moi qui laissais sortir les chèvres de l'enclos. La nuance était que c'était moi de corps et non d'esprit qui agissait de la sorte auparavant. Un peu comme mon père.

- Luap s'est rebellé alors papa ?, questionnai-je.

- Oui, il tue maintenant, c'est bien triste. Au moins tue-t'il des gens qui le méritent. Les trois personnes qu'il a tuées n'étaient pas des enfants de cœur.

- Cela demeure tout de même un meurtre.

- Je sais, mon petit, je le sais.

- Mais pourquoi n'es-tu pas venu me voir papa ? Pourquoi avoir disparu ces trois dernières années ? Tu sentais que Luap se métamorphosait graduellement en tueur ?

- Il menaçait de te tuer, Alfred.

Oh, c'était donc une bonne chose qu'il ait pris la fuite.

- Alors, papa, pourquoi m'as-tu amené à te confronter de cette manière ?

Il m'expliqua qu'il n'avait pas voulu me faire honte. À quoi allait ressembler ma réputation si les gens apprenaient que mon père était un meurtrier. Il voulait que je choisisse moi-même le sort qu'il lui était réservé. J'avais le choix entre le tuer et l'amener en prison, sauf que je savais que mon père préférait mourir, sans quoi il allait passer le reste de ses jours dans une cellule avec les remords d'avoir commis des meurtres contre son gré.

Avant de dire au revoir à mon père, je lui demandai la raison des langues coupées.

- Luap voulait me faire comprendre que je ne devais rien dire, expliqua mon père.

- C'est le sort qu'il te réservait, compris-je.

- Oui, confirma-t'il. Et crois-moi, même si me couper la langue signifiait couper la sienne, il ne se serait pas gêner pour le faire.

Je le serrai une dernière fois dans mes bras avant de lui tirer une balle dans la tête. Je lui dis également que je l'aimais, puisque c'était vrai. Les membres de ma famille étaient les seules personnes sur cette Terre pour qui je témoignais du respect et de l'amour.

En sortant de la grange, je vis Derfla. Celui-ci me regardait craintivement.

« Que comptes-tu faire, Alfred ? Te tuer ? »

- J'y ai pensé, avouai-je. Tu pourrais toi aussi tourner comme Luap, l'ami imaginaire de mon père, et te mettre à tuer tout le monde. La seule façon que j'ai de t'arrêter, c'est de me faire exploser la cervelle.

« Cela me fait peur… »

- Rien ne me prouve que ce qui s'est passé pour mon père se produise pour moi… Alors attendons de voir où mènent les choses. Nous avons déjà assez de plusieurs meurtres pour la semaine, nous n'avons pas besoin d'un suicide en plus.

Conscient que mon choix du moment risquait de coûter la vie à plusieurs personnes, je m'éloignai de la grange, seul avec moi-même, Derfla et mon dilemme.



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