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Le retour de la bête

Auteur de recits


Récit écrit par Eric.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : eric.lareidaorangefr



histoire publiée le 15-03-2013
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8389-e276

Titre : Le retour de la bête

Conte philosophique  Mystère  Animaux 
 
 

Le retour de la bête


Quand les sirènes se turent, les cris de la horde résonnèrent au fond des bois. La nouvelle recrue arma son révolver, Marie souligna l'inutilité du geste.
-«Les loups n'attaquent pas, dit elle.
-Ils ont senti la charogne.
-Alors, restez prés du corps. Vous autres me le retrouvez ce fusil?
-Pas facile dans l'obscurité.
-Même en plein jour vous distinguez pas la buse de l'épervier.
-Moi je sais bien où est ce fusil, si on allait visiter la cabane du braconnier.
-L'heure légale est passée.
-Foutaise, demain il n'attendra pas l'heure légale pour prendre le maquis.»

A une lieue de ces nocturnes investigations, de joyeux convives s'étaient réunis dans une auberge, pour fêter le mardi gras. Ils virent arriver la voiture de leur ami Roudy. Quelques instants plus tard le tumulte de la fête fit place au silence. Un étrange animal tenait en appui sur le rebord de la fenêtre et les observait. Un rire éclata : « Mais c'est Roudy! quelle peur tu nous a fais, il est plus vrais que nature ce déguisement. » La bête demeura silencieuse, puis s'en alla. Ils contemplèrent un moment l'obscurité sur le seuil de l'auberge, appelant leur ami avec hésitation et décidèrent de partir ensemble à sa recherche.

Une heure plus tard, au pied d'une colline boisée, on vit une silhouette qui pouvait bien être celle de Roudy, si ce n'est que l'individu assis sur une vieille souche, présentait une forme vague, emmitouflé dans son épais manteau, la tête recouverte d'une capuche. Un courageux s'approcha, leva sa torche vers le corps et s'évanouit. Sous la capuche, il n'y avait pas de tête. Reprenant leurs esprits l'un d'eux leva le manteau, c'était bien Roudy, il portait son déguisement favoris. Ironie tragique, à ces soirées costumées, il s'habillait comme Louis XVI.

Le lendemain, à la lisière de la forêt du Benais, les enfants des romanichels revenaient vers la caravane familiale. Ils n'avaient pas l'air trop impressionnés en racontant à leurs parents qu'il y avait dans les bois une tête humaine qui trainait sur les feuilles mortes.
«-Qu'est ce que vous me chantez ? S'étonna la mère.
-Je vais y allez voir. Dit la grande soeur.
-Non, ne te mêle pas de ça, attends le retour du père.
-Si il y a eu un crime dans le coin le schmitt va rappliquer.
-Bon, alors allez y, mais attention à pas vous faire voir des gadjios.»

En route, sur le chemin, ils rencontrèrent un curé, vêtu d'un habit anachronique et parlant un français tout aussi désuet. Il les mit en garde contre une bête qu'estoit presque un loup, sinon qu'avoit la gueule plus grande, qui flattoit comme un chien, puis sautoit à la gorge. Et que n'etoit pas sûr que c'estoit un loup-cervier. Passant son chemin il disparut dans la nature, la soeur fit son signe de croix en disant: « Fantôme du matin porte malheur. » Elle n'avait pas sitôt dit ça que la malbête surgit d'un fourré, elle tenait dans sa gueule ce qui semblait être des lambeaux de chair.
-Elle a trouvé la tête et elle l'a mangé! S'exclamèrent les enfants.
-Restez calme, dit la soeur. On s'éloigne sans courir, sinon elle va nous poursuivre. Ne vous retournez pas, il faut aller à reculons, elle attaque toujours par derrière.
Après avoir relaté l'histoire à leurs parents, ces derniers décidèrent de lever le camp. Des histoires comme ça ils en avaient entendus dans les montagnes du Caucase, dans les Carpates mais les gens d'ici les croyaient reléguées depuis la nuit des temps.
La tradition orale leur rappelait que cette bête, personne n'a jamais trouvé sa tanière, elle peut y demeurer des siècles, mais tôt ou tard, elle revient toujours semer la terreur dans les villages.


Le schmitt se souciait peu des romanichels et des légendes des Carpates, pour l'heure il s'efforçait de percer l'énigme incarnée par le braconnier.

«-Qu'est ce que tu fais tout l'hiver dans ta cabane?
-J'écris.
-T'écris quoi, des romans?
-Non, je n'écris pas pour les vivants.
-Ah! t'écris pour les morts. Justement cette nuit au Benais, il y a eu deux crimes. Un chasseur, la gorge tranchée, c'est peut être un loup enragé, sauf qu'on a jamais vu un loup emporter un fusil. Quand au deuxième, cette fois ci il n'a pas eu le temps d'arriver à Varennes, on l'a décapité sur place, cruelle la bête...Qu'es ce que tu en dis, toi qui a fait des études ?
-L'histoire ancienne était aussi pleines d'énigmes.
-Tu sais moi je la connais bien cette histoire, et mes collègues de l'époque, ils trouvaient aussi qu'elle avait bon dos la bête. Ce que je pense aussi c'est que tu n'es pas à ta place ici. Les gens se méfient de toi comme jadis, de celui qui vivait dans cette même cabane. Le masque, c'est comme ça qu'on l'appelait, tu sais ce que ça veux dire?
-Aujourd'hui il n'y a plus de sorcier, mais il y a toujours des lieux maudits.

Pour la première fois depuis des semaines, Marie prenait un repos dominical. Avant de partir au marché, ses voisins vinrent lui donner le bonjour.
«-Il paraît qu'il y a eu deux crimes cette nuit et que vous avez arrêté l'homme des bois.
-Oui, mais je ne peux pas vous en dire plus.
-Bien sûr, secret défense.
-Devoir de réserve.
-Oui, enfin c'est sûrement lui, mais quand même on est pas tranquille, d'autant plus qu'il y a aussi ces loups, est ce qu'ils avaient besoin de relâcher des loups, on a assez d'ennuis comme ça avec la fièvre aphteuse. Je vous disais, on est pas tranquille quand notre Cindy va promener le chien. Surtout qu'elle ne veux pas le tenir en laisse, alors il va où il veut et Cindy elle va où l'amène le chien. Donc j'avais pensé si vous voulez, enfin si ça vous dérange pas...
-Vous voulez que je l'accompagne.
-Oh! Merci c'est gentil, puis quand nous serons revenus du marché, venez souper à la maison.»

Quelque temps plus tard Marie et Cindy promenaient le chien loin des lieux maudits, de l'autre côté de la colline boisée, vers les bois de Montbazin. Cindy avait cette habitude de citadin, de se promener dans la nature avec un casque musical sur les oreilles. Marie lui donna son point de vue selon lequel, une promenade dans la nature était faite pour s'imprégner du calme, du chant des oiseaux, du vent dans les feuillages et autres poncifs qui firent sourire la gamine. Elle retira son casque en disant: «ça dépend quelle musique tu écoutes.» Marie prit le casque et en effet, cette musique était en parfaite harmonie avec le décor, en soulignait le mystère et en révélait l'invisible. Elle sourit en pensant à ce que ses parents racontaient lorsqu'elle était gamine, que la forêt était pleine d'esprits, pour les voir il ne fallait pas faire de bruit, se recueillir comme à l'église. Mais, ce qu'elle vit soudain n'avait rien d'un esprit. Un animal de race inconnue, de l'espèce des canidés mais relevant de l'exotisme biologique, un mythe réel, une créature de cauchemar, depuis un moment le chien suivait une trace puis disparu, Cindy l'appela et il revint à bride abattue en aboyant furieusement, Marie était à ce moment là perdue dans sa rêverie musicale. Cindy penchée vers le chien s'efforçait de le calmer quand elle sentit sa nuque prise en étau par une énorme mâchoire, il fallut du temps à Marie pour retrouver l'usage de la parole et relater le carnage dont elle fut témoin.



Alors que sonnait le glas, les soldats prirent position autour de la colline boisée. La battue s'annonçait longue et difficile. Les effectifs s'avéraient insuffisants pou l'étendue du territoire, malgré le renfort de civils volontaires. Les nuits étaient froides et enneigées. La meute semblait s'être éloignée dans le vaste massif forestier, on ne l'entendait plus. La lune brillait entière ce soir là, les paysans avaient apporté aux patrouilles des vivres et du ratafia. Après avoir un peu abusé du breuvage, les spéculations sur la nature du danger que l'on traquait animaient les conversations.
« -Moi je suis allé en Afrique, je les connais les fauves, une bête mauvaise comme ça c'est une hyène, c'est sûr.
-Ceux qui l'on vu n'ont pas reconnu une hyène, et puis comment t'explique qu'une hyène soit arrivée jusqu'ici ?
-Il y a bien des tortues de Floride en forêt de Fontainebleau, pour moi c'est une Hyène.
-Il a raison, faut s'étonner de rien aujourd'hui, il y a toutes sortes d'animaux exotiques qui sont lâchés dans la nature, et puis t'imagine qu'une hyène et un loup font un enfant ensemble, tu vois un peu le monstre que ça donnerait.
-Une hyène et un loup c'est pas possible.
-Qu'est ce que t'en sait t'es vétérinaire ? Moi je dis que c'est possible. »
Le débat éthologique fut interrompu par un constat d'ébriété:
« -Il attaque ce ratafia, je vois deux lunes!
-Moi aussi, pourtant j'ai pas l'impression d'être saoul.
-Tous le monde vois deux lunes ? »
La réponse fut unanime, sauf pour Ismaël qui se tenait à l'écart de la beuverie. Les autres lui demandèrent combien de lunes il voyait. Quand Ismaël leva les yeux vers le ciel, ils crurent un instant qu'il les faisait marcher, tant son air stupéfait semblait relever de la comédie. L'inquiétude étouffa les ricanements quand ils l'entendirent réciter le Salat-ul-Khawf.

Des aboiements insistants se firent entendre dans un hameau très proche. La patrouille se mit en route en entendant des tirs de fusil mêlés à de terribles rugissements. En traversant le pont qui menait au lieu des hostilités, ils croisèrent des hommes armés qui prenaient la fuite. Ils affirmèrent que la bête était invulnérable, ils avaient déchargé leurs fusils, mais les balles ricochaient sur sa peau. En la voyant ils furent frappés par sa parfaite ressemblance avec les gravures illustrant les livres anciens consacrés à sa légende. Son anéantissement fut possible, grâce à la précision du tir d'Ismaël qui la frappa à l'oeil. L'événement qui s'en suivit fut si étrange, qu'il n'en existe aucune mention officielle. De son orbite creux s'écoula un liquide verdâtre qui en se mêlant à la neige provoqua des vapeurs nauséabondes tandis que la carcasse de l'animal se désintégrait comme sous l'effet d'un acide, les chiens hurlaient à la mort et les deux lunes disparurent derrière un nuage opaque.



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