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Le cas de mademoiselle Escourde

Auteur de recits


Récit écrit par Julia ABADI.
Auteur femme.



histoire publiée le 20-12-2013
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8438-j624

Titre : Le cas de mademoiselle Escourde

Micronouvelle  Mort  Mystère 
 
 

Le cas de mademoiselle Escourde


LE TESTAMENT (1/3)

Mademoiselle Esgourde vivait seule dans une maison, pas très loin du presbitaire.
Elle n'avait jamais voulu se marier. Elle disait qu'elle ne voulait pas s'embarrasser
d'un homme mais en réalité tout le monde savait que c'était à cause de son caractère
de despote, revêche et de son manque de largesse que les prétendants s'étaient
éclipsés.
Les villageois la connaissaient bien puisqu'elle avait travaillé pendant vingt ans à
la poste du village.
Elle n'avait jamais été malade de sa vie, à part quelques petits rhumes lorsque
l'hiver était rude.
Elle avait pris entièrement possession de la maison familiale lorsque son frère
s'était marié avec une fille de la Capitale et qu'ils y avaient acheté un appartement
dans un quartier résidentiel.
Elle menait une vie de célibataire endurcie et encore plus solitaire depuis sept ans
qu'elle était à la retraite.
Le seul handicap physique qu'on pouvait lui trouver, c'était que son ouïe avait
beaucoup baissée. Déjà, durant les dernières années à la poste, les clients devaient
répéter de nombreuses fois et bien articuler avant qu'elle ne comprenne la raison de
leur venue au guichet.
Personne n'a jamais compris pourquoi elle ne voulait pas mettre de sono phone, cela
aurait pourtant évité pour elle de faire répéter et pour les interlocuteurs de ne pas
s'épuiser à articuler en gesticulant devant elle.
Elle expliquait inlassablement à ceux qui s'en étonnés :
- Je trouve que cela n'est pas efficace, je connais quelqu'un qui a acheté cet
appareil et cela lui donne des maux de tête.
Mademoiselle Esgourde faisait référence à une personne qui avait fait cet achat trente
ans auparavant, lorsque la pile était de la taille d'un paquet de cigarettes reliait à
l'oreille par un fil disgracieux et qu'il fallait régler l'appareillage à tous
instants. De nos jours, le sono phone est miniaturisé, invisible, sans fil et très
performant. Mais elle s'est mis cette histoire dans la tête et celui qui lui fera
changer d'idée n'est pas encore né !
D'autres pensaient que c'était plutôt par radinerie qu'elle ne voulait pas l'acheter.
Deux villageoises papotaient sur le trottoir en face de la maison de la demoiselle.
- Elle se prive de tout ! Elle vit comme une pauvresse pourtant elle a une bonne
retraite chuchota une des deux dames à la vue de mademoiselle Esgourde qui sortait de
chez elle.
L'autre dame continua :
- Le jour où elle mourra, je plains son frère. Il faudra qu'il vienne déménager avec
dix camions remorques tellement elle a du accumuler de vieilleries pendant toute ces
années dans cette grande maison. C'est le genre à ne rien jeter.
Coïncidence ou manque de chance pour la vieille demoiselle, quelques jours après cette
conversation, le prêtre qui filait à la banque, annonça à quelques unes de ces
paroissiennes que la demoiselle des postes venait de s'éteindre dans son sommeil.
Faisant un grand signe de croix, les dames dirent en chœur :
- Dieu ait son âme ! Amen !
Elles s'éparpillèrent pour annoncer la mauvaise nouvelle à leurs connaissances.

Loulou le cafetier, de derrière son comptoir vit les dames entrain de se signer à la
fin de la conversation avec le prêtre.
- Oh ! Simone ! Cet oiseau de mauvaise augure a du annoncer une mort. Je le sens.
Comme sa femme ne répondait pas, il continua :
- Tu veux parier avec moi ?
Simone se mit en colère :
- On ne parie jamais sur un mort, Loulou, çà porte malheur !
Loulou frémit malgré lui. Il vérifia que Simone ne le regardait pas, lui tourna le dos
et fit un petit signe de croix pour conjurer le mauvais sort. Bien qu'il n'y croyait
pas, mais on ne sait jamais !

Pendant ce temps, à la mairie, François, le frère de mademoiselle Esgourde, venait
déclarer la mort de sa sœur.
Il tendait le constat de décès dument rempli et signé par le médecin à mademoiselle
Brindille, la secrétaire qui lui adressa les condoléances d'usages.
- Mais comment cela se fait-il que ce soit vous qui ayez trouvé votre sœur morte.
J'avais toujours pensé qu'elle vivait seule dans votre maison de famille.
- Oui, mademoiselle Brindille, c'est vrai ! elle vit seule depuis que j'habite à la
Capitale mais comme je sais que personne ne vient la voir, j'essaie de lui rendre
visite au moins une fois par mois. Et ce matin, c'était justement mon jour de visite.
Elle n'est pas venue m'ouvrir, je suis entré avec ma propre clef.
Je l'ai appelé dans toute la maison, fouillé pièce par pièce, comme vous le savez,
elle était presque sourde. Finalement, je l'ai trouvé dans sa chambre, étendue dans
son lit en chemise de nuit comme elle a du s'endormir hier soir.
Il eut une petite larme à l'œil. Ils n'avaient jamais été très proches, peut-être à
cause des douze ans de différence. Mais après tout c'était sa sœur. Il s'essuya
rapidement les yeux et continua :
- J'ai aussitôt appelé le vieux docteur Gallo pour qu'il constate le décès. Dieu ait
son âme !
La Brindille répondit : - Amen !

Les démarches terminées, il retourna chez sa sœur. Entre temps, sa femme Juliette à
qui il avait téléphoné, était arrivée.
Soudain, il se rappela qu'à chaque visite qu'il lui faisait, sa sœur qui rabâchait un
peu lui disait invariablement :
- Tu vois, cette enveloppe sur le buffet de la salle à manger, eh bien ! c'est mon
testament. Tu l'ouvriras dès que je serais morte. Tu as compris ?
- Oui, c'est d'accord lui répondait-il rapidement, las d'entendre toujours la même
rengaine.
Elle avait préparé son testament cinq ou six ans auparavant, l'enveloppe, depuis le
temps avait jauni. Il l'ouvrit rapidement et en sortit une feuille remplie d'une
écriture, ma foi, agréable à lire.
Il commença à lire le testament à voix haute.
"François,
Voilà ! Ceci est mon testament.
Je dois être morte puisque tu es entrain de le lire.
Tu sais que je n'ai jamais aimé ta femme Juliette, j'ai toujours pensé que c'était une
orgueilleuse de la Capitale.
Bon ! Ca c'est fait !
La maison te revient automatiquement, dommage, je ne peux rien y faire. Mais l'argent,
les bijoux et tout ce qui m'appartient personnellement, je veux les donner aux pauvres
de la paroisse.
Tu demanderas au vieux curé de faire des prières pour moi pour que le Bon Dieu
m'accueille le mieux possible au Paradis.
Tu trouveras chez mon notaire, maître Lelouche tous les papiers en règle. Je t'avertis
à l'avance, tu n'auras rien de moi. De toute façon, je sais que tu n'as besoin de rien
!
Bon ! Pour l'argent c'est fait !
Maintenant, va voir dans ma penderie, tu me mettras ma robe couleur "fleur de pécher"
et ma belle capeline assortie, c'est comme ça que je veux être enterrée. Ca me
rappellera que je la portais le jour où j'ai rencontré Raymond, le camionneur qui me
faisait la cour mais qui était marié dans une autre ville. Le salaud ! je m'étais
attaché à lui ! Nous parlions mariage.
Bon ! Cà ne fait rien !
François s'arrêta de lire pour s'écrier :
- Elle était sourde comme un pot mais elle était "zinzin' aussi !
Tu te rends compte, Juliette que ma sœur veut se faire enterrer avec une capeline.
Elle a du péter les plombs de vivre seule pendant toutes ces années ! Je n'ai jamais
su qu'elle avait eu un amant, un certain Raymond ! Elle qui m'enquiquinait en me
serinant que les femmes de notre époque ne savaient pas se tenir. Que c'étaient toutes
des femmes de petite vertu et plus particulièrement celles de la Capitale.
Je me rappelle qu'elle me disait :
- Je suis une vraie demoiselle, moi. Il ne doit pas y en avoir beaucoup dans le
village, ni ailleurs !
Juliette supplia son mari de se calmer.
- Chut ! Ta sœur est dans la chambre à côté. Ne crie pas !
- Tu as peur qu'elle m'entendre ou que je la réveille rétorqua François agacé.
Juliette s'étonna de voir son mari si posé d'habitude, s'énervait pour une capeline ou
pour la virginité de sa sœur.
François se calma.
- Bon ! On le lui mettra son foutu chapeau. S'il entre dans la boîte, bien entendu !
Et il reprit la lecture du testament.
Pour l'enterrement à l'église :
Je veux une messe avec un beau discours de la part du vieux curé, comme celui pour
l'enterrement de maman, tu te rappelles? Tout le monde avait beaucoup pleuré, même toi
!
Achète le cercueil ni trop cher, ni trop bon marché. Je n'ai pas envie qu'on dise que
je suis une prétentieuse mais non plus une sans argent.
François bouillait de colère, il ne put s'empêcher de faire une réflexion :
- Ma sœur était folle et je ne le savais pas !
Se tournant vers femme :
- Mais enfin ! Quand tu es mort, tu es mort. Qu'est-ce que tu en as à faire de ce que
pensent les gens ? Elle veut commander jusqu'après sa mort ! Quelle emmerdeuse, ma
sœur !
- Calme-toi François, ta tension va monter. Ce n'est pas bon pour toi ! Ce n'est pas
bon pour toi !
Il se remit à lire.
Et pour finir :
Dans le caveau, je ne veux pas être placée au-dessus du cercueil de la cousine Jeanne,
elle nous a volé des bijoux lors de l'héritage de grand-mère Marie, ni sur celui de
grand-père Manuel, quand j'étais petite, il n'était pas gentil avec moi et il t'a
toujours préféré.
Bien ! Cette fois, c'est terminé. Je ne t'embrasse pas.
La seule chose que je puisse faire pour toi, c'est de te garder une bonne place à côté
de moi au Paradis !
A bientôt !
Ta sœur
Date : .. .. ..
Signature : …………

François crut qu'il allait s'étouffer. Il se laissa tomber sur une chaise, la feuille
tremblait dans sa main.
- Juliette ! Donne-moi mon médicament pour la tension. J'ai des palpitations. Je ne
vais quand même pas faire plaisir à cette vieille folle en allant la rejoindre de
sitôt. Qu'elle parte seule et bon vent ! De toute façon, qui lui a dit qu'elle irait
au Paradis, même le Bon Dieu ne la supportera pas !
Juliette s'inquiétait, elle ne l'avait jamais entendu parler de la sorte de sa sœur.
François finissait d'avaler son médicament lorsque le curé arriva pour faire une
prière spéciale auprès de la défunte. Elle le lui avait expressément demandé quelques
mois auparavant. Evidemment il n'avait pas pu refuser, elle avait été une paroissienne
assidue et elle avait toujours donné son denier du culte.
- Bonjour monsieur Esgourde ! Où est la morte ? demanda-t-il d'un ton bas et affligé.
- Elle est là ! Elle est toute à vous ! Mettez-lui assez d'eau bénite, plutôt deux
fois qu'une, elle en a besoin ! dit François encore tout excité, en montrant de la
main la direction de la chambre au curé.
L'ecclésiastique ne voulut pas relever les termes un peu cavaliers du frère de la
morte. En effet, il en avait entendu d'autres au cours de son sacerdoce. La mort
dérange toujours la famille et des paroles, mal à propos ou qui dépassent la pensée
sont parfois prononcées pendant la période de deuil !

L'ENTERREMENT (2/3)

En accord avec la famille, le service des pompes funèbres a décidé de porter le
cercueil à pied jusqu'à l'église qui se trouve à deux pas de la maison de la défunte.
Quatre grands gaillards descendirent avec précaution le cercueil de la chambre située
au premier étage.
La famille, les voisins et les amis attendaient sur le trottoir que les croque-morts
sortent la bière dans la rue pour se mettre en procession derrière et ainsi marcher en
cortège jusqu'à l'église.
Un des croque-morts placé à l'arrière, glissa malencontreusement sur le rebord du
trottoir et se rattrapa en catastrophe en se raccrochant des deux mains au cercueil,
ce qui provoqua l'hilarité chez certains et des Oh ! d'inquiétude chez les autres.
François, le frère de la défunte, sa femme et deux de leurs trois enfants menèrent le
deuil juste derrière le cercueil. Les amis et connaissances suivirent légèrement à
distance.
Le chemin jusqu'à l'église ne fut pas long. Les croque-morts portaient le cercueil sur
les épaules, ils firent attention pour monter les quelques marches menant au parvis de
l'église mais la dernière fut la plus difficile à franchir. On a beau avoir la carrure
d'un déménageur, la fatigue dans les bras se fit sentir.
Le cercueil de mademoiselle Esgourde fut pris de roulis et de tangage.
Dans le cortège on entendit :
- Tombera ? tombera pas ? et des – Chut ! chut ! Un peu de respect !
Enfin, la vieille demoiselle entra dans l'église.
La bière fut déposée sur deux tréteaux au milieu de l'allée principale, juste devant
l'autel.
Les deux enfants de cœur s'empressèrent d'arranger les quelques bouquets de fleurs
venant de la part de connaissances assises dans l'assemblée et qui les avaient faits
directement livrés à l'église. Ils installèrent aussi le dessus de cercueil, celui-là
c'est François qui l'avait commandé. Ils allumèrent plusieurs cierges pour parfaire
l'ambiance.
Le prêtre attendait que les paroissiens finissent de s'asseoir sur les bancs de
chaque côté de la défunte pour commencer le rituel.
Le vicaire secondait le vieux prêtre pour la cérémonie mortuaire ainsi que les deux
enfants de cœur.
Tous connaissaient leur rôle, la cérémonie pour les morts était une routine.
Il y eut la messe, puis la bénédiction du cercueil et ensuite le discours que le vieux
curé avait l'habitude de faire tout à côté du défunt. Il trouvait que cela faisait
plus intime que de monter dans la chaire. Il lui semblait que la famille appréciait
davantage.
Tout se passa à merveille jusqu'au discours.
Le vieux curé parla de la vie de mademoiselle Esgourde en tant qu'employée de la
poste. Il avait glané quelques détails de sa vie privée pour que l'oraison fasse plus
personnelle.
Au moment où il rappelait l'âge avancé de la vieille demoiselle, il crut entendre un
grattement provenant du cercueil. Il ne se laissa pas distraire. Il pensa même un
instant qu'il avait rêvé.
Il continua donc l'éloge de la défunte. Un autre grattement plus long lui parut-il, le
fit sursauter cette fois-ci. Il chercha le vicaire du regard pour lui faire part de ce
qu'il entendait. Mais celui-ci était occupé à donner les paniers aux enfants de cœur
pour qu'ils passent faire la quête parmi les paroissiens.
Le curé continua son discours. Il se dit que c'était le bois du cercueil qui
travaillait. C'était souvent le cas, le bois étant encore vert ! Pas question de se
laisser impressionner. De toute façon, il ne croyait pas aux fantômes.
Le discours fini, le curé fit une dernière fois le tour du cercueil, il l'aspergea
d'eau bénite. Les enfants de cœur se tenaient sur le côté, ils attendaient pour
récupérer la coupelle et le goupillon et procéder à la suite du rituel.
Un grattement suivi d'un coup brusque en provenance du cercueil résonna dans toute
l'église. Les enfants de cœur, pris de panique, hurlèrent en s'enfuyant vers la
sacristie.
Cette fois, le curé, le vicaire et toute l'assemblée avaient entendu.
Les quatre musclés du service funéraire, ne savaient plus que penser !
Le vicaire questionna du regard le vieux prêtre.
L'assemblée s'anima et se sentit mal à l'aise.
- Tu as entendu ? demanda Juliette à son mari François.
- Oui ! J'ai entendu. C'est sûrement le bois du cercueil qui a craquer répondit-il à
mi-voix.
Derrière eux, les hypothèses fusaient de tous côtés.
- Je pense que le cercueil n'a pas été bien construit, les joints jouent marmonna une
ancienne copine de travail de mademoiselle Esgourde.
- Il ne manquerait plus que le cercueil lâche avant d'arriver au cimetière dit un
papy, voisin de la demoiselle Esgourde. Cela c'est produit déjà une fois, à la fin de
la guerre. Le cercueil s'était crevé et le mort avait fait une dernière galipette
juste devant son tombeau.
- Partons ! disait une jeune fille que sa mère avait obligé de venir à l'enterrement.
J'ai peur ! Je ne me sens pas bien.
Les quatre costauds du service funéraire n'en menaient pas large. Ils ne savaient que
penser et l'étonnement du début se changea en inquiétude qui devint bientôt une
frayeur qui les fit transpirer.
Pour la quatrième fois, le grattement repris de plus belle provoquant une résonnance
sourde dans toute l'église.
Cette fois, la panique s'empara du curé, du vicaire, des gars des pompes funèbres et
de tous les fidèles qui sortirent en hurlant et en se ruant à l'extérieur de l'église.
Une bousculade se produisit, chacun voulant quitter les lieux le plus vite possible.
De la rue, les passants estomaqués virent une nuée de paroissiens descendre les
marches quatre à quatre (enfin, ceux qui le pouvaient) et en braillant,
s'éparpillaient sur la place du village et dans les rues adjacentes. Le curé et le
vicaire aussi effrayés que les autres.
François Esgourde, sa femme et leurs enfants s'étaient regroupés au bas de l'escalier.
- Que s'est-il passé au juste ? demanda Juliette toujours rationnelle.
- C'est encore un tour de ma sœur ! Elle ne peut pas partir comme tout le monde, il
faut qu'elle se fasse remarquer !
- Ne parle pas comme ça de ta sœur devant les enfants, lui répondit Juliette à
l'oreille.
- Les enfants ont la trentaine se rebiffa François.
Il se dirigea vers le curé.
- Mon père, que doit-on faire ?
- Mon fils, répondit le curé tremblant de peur, je n'en ai aucune idée.
Le vicaire qui avait retrouvé son sang-froid se retourna vers les quatre costauds du
service funéraire et eut le courage de leur ordonner ce que tout le monde pensait mais
ne voulait pas dire.
- Dépêchez-vous d'aller ouvrir le cercueil, je crois que la morte n'est pas morte !
De son portable, il téléphona au médecin et au maire pour les informer rapidement de
l'étrange tournure qu'avait pris la cérémonie mortuaire.
François n'en revenait pas. Comment sa sœur pouvait être vivante alors que le docteur
avait bien certifié sa mort ?
Juliette tourna de l'œil en réalisant que sa belle-sœur avait failli être enterrée
vivante, elle ouvrit la bouche pour crier, elle sentit ses jambes mollir et glissa à
terre sans connaissance.
Ses enfants affolaient criaient – Maman ! Maman ! François s'inquiéta, il lui donna de
petites tapes sur les joues en espérant la faire revenir à elle.
Le curé qui ne savait plus ce qu'il fallait faire, priait en joignant les mains en
direction de l'église et bredouilla :
- Mon Dieu ! J'appelle tous les saints ! Sauvez-la ! Sauvez-nous !
De derrière son comptoir, Loulou le cafetier n'avait rien manqué de la bousculade, des
cris et de la réaction du curé. Il sortit précipitamment de sa boutique et courut voir
ce qui n'allait pas à l'église.
Il arriva en même temps que le maire et sa secrétaire. Le docteur Gallo venait de
garer sa voiture, il le voyait courir vers l'église.
Loulou n'eut pas besoin de poser de questions. Aux bribes de conversations qu'il
entendait çà et là, il comprit aussitôt la situation.
Il se dit :
- Le curé n'a pas assez de clients qu'il essaie d'enterrer des gens encore vivants !
Il pensa aussitôt à Simone qui l'aurait réprimandé.
- Est-ce que je peux vous aider, curé ? lui demanda-t-il comme pour se faire pardonner
de la mauvaise pensée.
- Je ne sais pas répondit le curé dépassé par les évènements et visiblement bien
ébranlé. Allez voir ce qui se passe. Je n'ose pas y aller moi-même.
Loulou s'engouffra dans l'église. Les croque-morts avaient déjà déboulonné le dessus
du cercueil et s'apprêtaient à le soulever.
François qui avait laissé sa femme aux bons soins du vicaire, accouru à toutes jambes.
Il voulait être présent à l'ouverture.
Les quatre "gros bras' soulevèrent ensemble le dessus de cercueil et le déposèrent à
terre.
François et Loulou jetèrent un coup d'œil rapide et inquiet à l'intérieur.
Ce qu'ils virent en premier, ce fut une immense capeline en travers qui couvrait le
visage de la morte (enfin de la supposée morte) puis ils virent des mains tremblantes
qui essayaient de s'agripper aux rebords du cercueil. Un long sanglot lugubre sortit
de derrière le chapeau.
Ensemble, ils poussèrent un cri et eurent un haut le corps qui les projeta à un mètre
du cercueil.
Les quatre croque-morts n'osaient pas s'approcher, dès qu'ils entendirent le
gémissement sortir du couffin, d'eux d'entre eux prirent leurs jambes à leur cou en
criant à tue-tête :
- La morte est vivante ! La morte est vivante !
Les deux autres un peu plus courageux proposèrent leur aide au médecin qui accepta
d'un signe de la tête.
Le médecin souleva avec précaution la capeline qui cachait le visage de la morte.
Deux yeux fixes mais bien vivants le regardaient avec insistance.
- Mademoiselle Esgourde, appela-t-il tout en lui touchant le pouls et se faisant donné
son stéthoscope par un des deux gars, comment vous sentez-vous ? Ca va ?
La morte ne bougeait pas. Elle cligna des yeux pour montrer qu'elle entendait.
Après une rapide auscultation, les deux croque-morts aidés par Loulou et François
sortirent "la morte" et la déposèrent à terre.
Seul le médecin parlait à "la morte" (qui n'était pas morte).
Loulou, François et les deux autres se contentaient de la regarder. C'était la
première fois de leur vie qu'ils avaient à faire à une morte vivante.
L'ambulance arriva et emporta 'la morte" qui respirait maintenant sous un masque à
oxygène.

Maintenant les abords de l'église s'était vidée. L'heure des explications arriva.
Loulou invita le curé, le vicaire, le médecin, le maire et la famille à venir boire un
petit verre au bar pour leur remonter le moral.
- C'est la tournée du patron dit-il pendant que Simone les servait.
- Docteur ! interpella François, je voudrais que vous m'expliquiez comment une femme
dont vous avez constaté la mort, peut revenir à la vie ?
Le docteur Gallo était embarrassé, car c'était bien la première fois qu'il voyait ce
cas de toute sa longue vie professionnelle.
- Eh bien ! Elle a du faire un infarctus cérébral, son cœur s'est arrêté de battre et
elle est entrée en catalepsie c'est-à-dire qu'elle avait toute l'apparence de la mort…

François n'écoutait déjà plus les explications techniques et médicales du médecin,
encore sous le coup de l'émotion. Il commanda la deuxième tournée.
L'effet de l'alcool se fit bientôt sentir. Avec le recul, certains arrivaient à
plaisanter sur cet invraisemblable enterrement.

La porte du café s'ouvrit en grand, le fossoyeur entra, rouge et essoufflé d'avoir
pédalé à vive allure. Il tenait sa pelle à la main, il avait appuyé son vélo contre la
vitrine.
- Monsieur le curé, où est la morte ? J'ai ouvert le caveau tôt ce matin et je
l'attends.
- La morte est partie répondit le curé sans donner plus d'explications.
- Comment ça ! La morte est partie ? et où ? répliqua l'employé du cimetière.
- Elle est partie à l'hôpital. En ambulance. Elle a attendu la fin de la bénédiction
et elle est partie bafouilla le curé, la langue un peu chargée.
Le fossoyeur jeta un regard médusé sur monsieur le curé qui buvait cul sec sa "tomate"
avec délectation.
Il pensa que le curé divaguait à cause de la boisson. Il s'adressa au vicaire :
- Moi, je n'ai pas de temps à perdre à siroter, je veux ma morte et tout de suite,
monsieur le vicaire.
- Puisque monsieur le curé vous dit que la morte s'est réveillée, elle est sortie du
cercueil et elle est partie répéta le vicaire un peu défaillant lui aussi.
L'employé du cimetière se fâcha.
- Vous vous moquez de moi ! C'est ça ?
Monsieur le maire prit la parole :
- Ce que veulent dire monsieur le curé et le vicaire, c'est que la morte n'est pas
morte. Elle s'est réveillée dans son cercueil à l'église. Et qu'elle est maintenant à
l'hôpital.
- Qu'est-ce que je fais avec mon trou, moi ?
- Rebouchez-le, mon brave répondit le maire. En attendant venez boire un verre. Il n'y
a plus d'urgence.
Le maire paya la troisième tournée.

Le retour au presbitaire des deux soutanes fut périlleux.
L'accueil de Clémentine, la bonne, fut des plus épineux.
- Sainte Vierge, Marie Joseph s'écria-t-elle à leur vue. (Ils se tenaient collés l'un
contre l'autre comme des frères siamois, de peur de tomber). Qu'est-ce qui vous
arrivent . Vous avez vu vos têtes ?
- Cette fois, c'était pour une raison vraiment exceptionnelle tenta d'expliquer le
curé.
- Certainement, c'est toujours à cause d'un cas extraordinaire répondit Clémentine
fâchée.
Le vicaire voulut prendre parti pour le vieux curé.
- C'est vrai, cette fois, il nous a fallu un bon coup de fouet pour récupérer des
émotions de la matinée.
- Oh vous, vicaire ! Ne soutenez pas monsieur le curé dans son pêcher capital. Je vois
que vous aussi, vous vous êtes laissé entraîner.
- Clémentine dit le curé en essayant de s'asseoir, ce matin, la morte est sortie de
son cercueil. C'est la première fois de tout mon sacerdoce que je vois cela.
- Moi, répondit Clémentine, si j'étais vous, j'arrêterai de boire et les morts
resteraient dans leur boîte.
- Ne rigolez pas avec les morts répondit le vieux curé. Je vous dis que la morte s'est
envolée.
- Et moi, je vous dis que vous devriez éviter d'aller chez Loulou et Simone.
D'ailleurs, quand je les verrai, je leur ferai un sermon à ma façon ! Montez dans vos
chambres. Vous ferez pénitence. Pas de repas à midi dit-elle en les menaçant de son
torchon.
Le curé qui avait repris du poil de la bête se rebiffa. Il lui répondit d'un ton sec :
- Clémentine ! N'inversez pas les rôles, c'est encore moi le curé et c'est moi qui
confesse les gens, pas vous ! Je n'ai besoin ni de faire pénitence, ni de votre
absolution ! Nous mangerons dans une heure. Que le repas soit prêt !
Clémentine n'osa pas répondre, pinça les lèvres, leur tourna le dos et repartit au pas
de charge vers sa cuisine d'où elle ne sortit plus. Mademoiselle Clémentine boudait !

LE MONOLOGUE (3/3)

Deux heures plus tard, à l'hôpital de la ville voisine, au service des urgences. Une
infirmière vint chercher François et sa femme qui venaient d'arriver dans la salle
d'attente.
- Votre sœur dit gentiment l'infirmière, semble impatiente de vous voir monsieur et
vous aussi madame.
- C'est bien de mademoiselle Esgourde dont vous parlez ? rétorqua François stupéfait.
- Bien sûr, c'est une charmante vieille dame répondit l'infirmière en souriant.
- Ce ne doit pas être de la même personne dont nous parlons dit François tout en
suivant l'infirmière jusqu'à la chambre. A la vue de son frère et de sa belle-sœur,
son visage s'épanouit et s'éclaira d'un magnifique sourire. C'était la première fois
que François et Juliette voyaient Marthe sourire.
Ils sentirent immédiatement que quelque chose avait changé dans le comportement de la
vieille demoiselle.
C'est Juliette qui réagit la première, elle s'avança vers sa belle-sœur. Marthe
étendit la main vers elle.
- Approche-toi davantage que je t'embrasse lui dit-elle.
Juliette et François étaient sidérés, surpris et inquiets à la fois.
- Toi aussi, viens mon cher frère, embrasse ta sœur ! implora-t-elle sans cesser de
sourire.
François sous le choc, obéit. Il s'avança comme un automate pour embrasser sa sœur qui
disait avant sa mort que de s'embrasser en famille c'était de l'hypocrisie.
Marthe Esgourde avait l'air serein dans son lit entourée de fils reliés à plusieurs
appareils qui clignotaient en cadence en vert ou en rouge.
Mais cela ne répondait pas aux questions que se posait François quant au changement
survenu dans le caractère détestable et insociable de sa sœur.
C'est elle qui allait en donner la réponse.
- Juliette ! François ! Asseyez-vous près du lit. J'ai une étrange histoire à vous
raconter.
Au mot "étrange" François se raidit. Plus étrange que le comportement de sa sœur, il
en avait des frissons d'avance.
Juliette pensait : - Qu'est-ce qu'elle va nous raconter ? c'est elle qui est étrange.
Marthe Esgourde jeta un coup d'œil tour à tour sur son frère et sa belle-sœur qui
avaient approché les deux chaises de son lit.
- Voilà ! J'aimerais que vous me laissiez parler sans m'interrompre et surtout que
vous ne mettiez pas en doute ce que je vais vous relater car c'est la pure vérité.
François et Juliette hochèrent la tête pour montrer qu'ils étaient d'accord mais ils
s'attendaient au pire.
Elle commença ainsi :
"-Je me suis couchée comme d'habitude, peut-être un peu plus tôt parce que j'avais mal
aux jambes. Je me suis endormie normalement, enfin, je le pense ! J'ai commencé à
rêver. Je voyais maman et papa qui me faisaient de grands signes comme pour m'inviter
à les rejoindre.
François et Juliette se jetèrent un regard de connivence qui voulait dire :
- C'est bien ça, elle délire !
Brusquement, j'ai ressenti comme un craquement dans mon cœur comme s'il explosait
suivit d'une douleur lancinante puis mon corps est devenu chaud. D'une chaleur
soudaine et ardente, des vibrations intenses dans la nuque et un courant électrique
traversèrent mon corps qui semblait soudain transformer en bulles de champagne. Et
c'est à la suite de la sensation d'être tirée par les cheveux, d'être aspirée que je
suis sortie de mon corps.
Au début, je me suis sentie flotter, je me suis vue, au-dessous, étendue sur mon lit,
mon corps physique rigide et pâle. J'ai eu peur, ce qui a provoqué un balancement par
manque d'équilibre. Dès que je me suis habituée à mon nouvel état, je me suis élevée
et là j'ai aperçu le fil d'argent qui me reliait à mon corps physique. J'ai ressenti
un grand bien-être, je n'avais plus de douleurs, j'entendais très bien, je pouvais
bouger mon corps astral là où je le voulais. Je suis montée jusqu'au plafond, j'ai
regardé vers la fenêtre et je me suis immédiatement retrouvée dans la rue. J'ai
compris que j'avais traversé la matière.
François et Juliette se regardèrent une nouvelle fois en remuant légèrement la tête et
en poussant un soupir de compassion. Ils pensaient :
- Elle ne va pas bien du tout ! Elle dit traverser les murs. Cette fois, elle est mûre
pour l'asile !
Pourtant, ce qui étonna François, c'était sa façon de s'exprimer. Il ne reconnaissait
pas le langage qu'utilisait sa sœur normalement. Il trouvait qu'elle employait des
mots jusqu'alors inconnu dans son vocabulaire. Où était-elle allée chercher – fil
d'argent – corps astral – corps physique – la matière ? Et c'était vrai qu'elle
entendait bien maintenant et de ce fait elle ne criait plus comme elle le faisait
auparavant, comme le font les personnes malentendantes. Quand-même, c'est bizarre tout
ça !
Marthe continuait :
- Une fois dans la rue, j'ai voulu aller chez vous à la Capitale. Vous savez que je ne
connais pas votre appartement. Dès que j'ai eu cette pensée, je me suis trouvée
immédiatement dans votre salon. La décoration me plait beaucoup, les rideaux beige
sable et les fauteuils recouverts de tissus à fleurs sont bien assortis avec vos
meubles en bambou.
Il était dix heures du soir, toi, Juliette, tu lisais "Les misérables" dans le lit
pendant que toi, François, tu finissais de regarder un reportage sur les îles Hawaï.
Tu as dit :
- Des sept îles d'Hawaï, je préfère celle de Maoï, c'est dommage que cela soit trop
loin pour y aller en vacances !"
François bondit de sa chaise, l'air ahuri, son cœur palpitait à toute vitesse. Il
marmonna :
- Oh ! Mon Dieu ! Qu'est-ce qu'elle raconte ! Mais ce n'est pas possible ! Comment
sait-elle cela ?
Juliette se contentait de regarder sa belle-sœur, la bouche ouverte comme un poisson
hors de l'eau, ses yeux exorbités ne pouvaient se détacher de celle qu'elle ne
reconnaissait plus. En réalisant ce que Marthe racontait, elle en eut des crampes dans
l'estomac.
- Assied-toi François ! N'aies pas peur Juliette ! Ecoutez-moi ! J'ai donc visité
votre appartement par simple curiosité puis je suis partie.
J'ai pensé que je n'avais jamais voyagé donc j'ai choisi de me rendre dans une ville
au hasard. Venise ! J'ai toujours eu envie de voir cette ville unique en son genre. Je
me suis retrouvée sur la place St Marc, je suis montée sur une gondole qui m'a emmené
sous le fameux pont du Rialto, puis sur les canaux alentours ensuite j'ai parcouru à
pieds les ruelles pittoresques en faisant du lèche-vitrines. Sur le pas de la porte,
d'une d'entre elles, il y avait, en vrac dans un présentoir, de minuscules broches.
C'étaient des masques de carnaval miniatures. Sur l'écriteau était écrit en italien
"Cadeau-Servez-vous !' J'en ai pris une. Tiens, je te la donne dit-elle à Juliette en
ouvrant sa main gauche.
Juliette tendit la main machinalement, elle se demandait si elle rêvait. Dès qu'elle
eut la broche en main, elle la fixa, ne pouvant détacher son regard de ce bijou qui
avait traversé le temps. Elle put seulement se dire :
- Si c'est une blague, ce n'est pas amusant !
François, lui, muet de stupeur, se contentait de regarder cette scène irréelle.
Marthe continua :
- Ensuite, j'ai pensé que peut-être je pourrais voir maman, papa et tous ceux de la
famille qui sont déjà au ciel. A leur seule pensée, maman et papa se sont
instantanément retrouvés devant moi ainsi que grand-père Martial et grand-mère Marie.
Nous nous sommes tous embrassés et nous avons bavardé un bon moment puis à un moment
donné, maman m'a dit que je devais repartir sur terre. Ce n'était pas mon heure. Moi,
je ne voulais pas revenir, je baignais dans le bien-être total, moralement et
physiquement. Je n'avais plus tous ces petits tracas de la vie terrestre, je me
sentais en harmonie avec l'univers entier mais maman a insisté :
- C'est la loi divine. Quand c'est l'heure, c'est l'heure ! Et pour toi, c'est pour
bientôt mais pas aujourd'hui.
Donc, je suis revenue sur terre bien malgré moi !
Juliette effondrée sur sa chaise, semblait avoir reçu le coup de grâce. Elle ne
réagissait plus.
François, lui ne savait plus que penser. Il pesait et soupesait les paroles de sa
sœur. Il ne pouvait pas admettre cette histoire abracadabrante et pourtant elle avait
l'air bien sincère.
En tout cas pour la décoration de l'appartement et pour la réflexion sur Maoï, elle
avait raison. Sur le livre que lisait Juliette aussi mais, Bon sang ! il n'arrivait
pas à y croire !
Marthe continuait :
- Je suis revenue dans mon corps physique au moment où le curé a annoncé mon âge.
Quand j'ai réalisé que j'étais enfermé dans un cercueil, j'ai paniqué mais comme maman
m'avait certifié que ce n'était pas mon heure pour mourir j'ai repris confiance en me
disant que quelqu'un m'entendrait sûrement gratter contre les parois du cercueil.
Voilà ! si vous voulez me poser des questions, j'essaierais d'y répondre.
François n'arrivait pas à réaliser la conversation ou plutôt le monologue surréaliste
de sa sœur.
Depuis ce matin, il s'était passé des évènements si bizarres qu'il avait de la peine à
garder ses idées claires.
Quant à Juliette, la pauvre, une cartésienne dans l'âme, elle ne savait plus que
croire. Elle était complètement dépassée.
François finit par dire :
- Je crois que ce sera tout pour aujourd'hui. Tu as l'air fatigué, tu dois te reposer.
Nous aussi, depuis ce matin, nous avons eu notre compte de frayeur et d'irrationnel.
La journée a été longue. Nous en reparlerons demain, si tu le veux bien.
- Très bien ! Allez vous reposer répondit Marthe conciliante mais vous reviendrez
demain, n'est-ce pas ?
- Oui, c'est promis répondit enfin Juliette à sa belle-sœur.
Marthe leva ses mains de part et d'autre du lit, les invitant à s'approcher d'elle.
Juliette d'un côté et François de l'autre donnèrent la main à Marthe. Elle les garda
dans les siennes et ferma les yeux pour se concentrer.
Ils sentirent toute la tension accumulée dans la journée s'évanouir d'un coup et faire
place à une chaleur qui se diffusa dans leur corps, une chaleur de bien-être.
Marthe les attira vers elle et les embrassa tous les deux en leur souhaitant de bien
dormir ce soir.
Il venait de se passer encore un phénomène qu'ils ne comprenaient pas mais qu'ils
devaient accepter.
- François, je voudrais que tu fasses venir le notaire le plus vite possible et aussi
le curé. Merci. A demain !
- A demain ! dirent François et Juliette sur le pas de la porte.

Le retour en voiture jusqu'à la Capitale fut des plus silencieux.
Ils repassaient dans leur tête, un par un, les évènements insolites, stupéfiants et
cependant magnifiques lorsqu'ils y repensaient.
Le lendemain, le notaire, monsieur Lelouche vint au chevet de mademoiselle Esgourde.
Elle lui demanda de refaire son testament.
Cette fois-ci, elle laissa la totalité de ses biens à son frère avec une clause au bas
de la page.
(Donne une somme de ta convenance à monsieur le curé pour les démunis de la paroisse).

Après une semaine d'hôpital mademoiselle Esgourde s'est éteinte tranquillement, cette
fois pour de bon.
Lorsque le médecin informa François par téléphone, il lui fit part de son étonnement.
L'infirmière du matin a rapporté que vers sept heures, heure à laquelle elle commence
sa visite dans les chambres , elle avait trouvé Marthe morte certainement depuis peu
de temps, le sourire aux lèvres, un parfum suave se dégageait de son corps et il lui
sembla entendre un tintement cristallin de clochettes venues de nulle part.
L'enterrement eut lieu trois jours après, sans surprise, sans interruption.
Le vieux curé se surprit à regarder du côté du cercueil lors de son discours. Mais
non, cette fois-ci rien d'insolite ne se produisit.
Elle fut enterrée dans le caveau familial que le fossoyeur eut vite fait de rouvrir.
François et Juliette pleuraient à chaudes larmes. Ce qu'ils avaient vécus en une
semaine avec Marthe leur fit oublier toutes ces années de mésentente.
- Au revoir, Marthe ! Donne le bonjour pour nous à toute la famille et aux amis !
Garde-nous une place à côté de toi, sœurette ! disait François pendant que le
fossoyeur refermait le caveau.
- Alors ! toi aussi, tu y crois à une vie après la mort ? demanda Juliette en
s'accrochant au bras de son mari.

Quelques jours plus tard, le notaire fit venir François et sa femme à son étude.
- Comme elle vous l'avait annoncé, mademoiselle Marthe Esgourde vous lègue la totalité
de ses biens.
Elle a ajouté une lettre que je dois vous lire puisqu'elle constitue une pièce jointe
au testament.
Bien chers François et Juliette,
Si j'avais su cela plus tôt, j'aurai fait ma vie autrement, mais il est trop tard pour
regarder en arrière.
Je voudrais que vous profitiez de ma merveilleuse expérience.
La mort n'est pas une fin, c'est le début d'une autre vie, c'est un passage vers une
autre dimension. L'âme ne meurt pas, elle se débarrasse de son enveloppe corporelle
pour continuer sa route vers d'autres cieux. C'est la suite logique des lois de
l'univers. Rien ne meurt, tout se recycle, se transforme à l'infini !
Voilà mon message :
Aimez-vous, vivez en harmonie avec la nature, vos parents, vos amis.
L'argent est une invention de l'homme qu'il faut savoir manipuler avec discernement,
sans s'y attacher.
C'est l'amour qui doit faire tourner le monde pas l'argent.
Ne perdez pas votre temps dans la jalousie, l'envie et la malhonnêteté, ou toutes
autres choses négatives.
Si votre vie est faite d'amour et de beaux sentiments, vous avez tout compris !
Voilà ! Je vous embrasse bien fort tous les deux ainsi que les enfants.
Je ne vous dis pas à bientôt. Je vous souhaite une longue vie remplie de bonheur.
Votre sœur.
Marthe

François s'essuya les yeux du revers de la main. Juliette sortit un joli mouchoir en
dentelle de son sac et se moucha bruyamment pour détourner l'attention de ses grosses
larmes qui coulaient sur ses joues.
Le notaire montra sa surprise.
- Je ne savais pas que vous étiez si proche. Votre sœur semblait esseulée. Elle me
parait avoir été particulièrement férue des mystères de la vie et de la mort ! Comme
quoi, dans la vie, il ne faut jamais ni juger, ni jurer de rien !
Sur la plaque du caveau, une simple inscription :
MARTHE ESGOURDE
1940 – 2012
Bien compris la leçon, sœurette.

FIN




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histoire gratuite Le cas de mademoiselle Escourde

 

Bravo pour votre récit qui sans être extrêmement original reste très bien écrit à mon goût : les personnages sont hauts en couleurs et le village est attachant.

 

 

Une belle histoires,pleine de lecons de moral,j ai admire,

 

 

Bonjour, j'ai trouvé cette histoire intéressante. Bien qu'elle soit d'un caractère fantastique employé, à mon avis, un peu légèrement, cette histoire est agréable à lire, elle est vraiment remplie de sens et est malgré tout proche de la réalité. Je vous félicite.

 

 

Merci xx Le bon moment pour lire cette histoire

 

 

trop belle

 





   
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