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L'échappée nocturne

Auteur de recits


Récit écrit par Grégory Covin.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : gregory.covinfreefr



histoire publiée le 26-11-2013
Catégorie :Contes et histoires pour enfants
Histoire 8463-g348

Titre : L'échappée nocturne

Conte pour enfant  Chien  Extraterrestre 
 
 

L'échappée nocturne


Il n’avait jamais dit à personne ce qu’il avait vu ce soir là, devant le
moulin. Peut-être parce qu’il doutait lui-même de ce dont il avait été témoin.
Pourtant, tout avait commencé simplement. Friskys s’était enfui, une fois de plus. A
croire qu’il ne savait faire que ça. La boule de poils qu’était ce chien appartenait à
sa belle-mère, mais Sébastien était toujours celui qui était désigné pour aller le
rechercher. Depuis qu’ils avaient quitté la ville pour habiter à la campagne, l’animal
n’en faisait qu’à sa tête, et fuyait de la maison au moins deux fois par semaine. Mais
l’enfant y était désormais préparé. Et guettait les gestes de l’animal. C’était comme
une danse qu’ils entamaient à deux ; Friskys quittait son panier et, l’air de rien,
trottinait tout en jetant un œil à ses maîtres. S’éloignant doucement mais sûrement de
sa petite famille. Sébastien, lui, reposait sa bande dessinée ou sa manette de jeux,
et le suivait à la trace. Faisant semblant de monter dans sa chambre ou de se chercher
un en-cas à déguster avant le dîner. Mais il y avait toujours un moment où le chien –
un chien minuscule, aux poils bruns dont la tête pouvait tout aussi bien être
l’arrière-train – disparaissait. Quoi que Sébastien fasse, la bestiole profitait
toujours d’un moment d’inattention pour leur fausser compagnie. Et s’évanouir dans la
nuit.
Et la partie de cache-cache commença. Sébastien se mit à courir, la laisse de
Friskys d’une main et de l’autre une lampe torche qu’il dressait devant lui pour
fendre les ténèbres. Avec l’envie de l’étrangler. Comment pouvait-on aimer une femme
qui avait choisi comme animal de compagnie une créature aussi mal foutue et moche ?
Sébastien ne parvenait vraiment pas comprendre les adultes.
Son ventre criait famine, et il s’arrêta de courir. Il commençait de plus à
ressentir une pointe de côté. Il regarda autour de lui, à moitié perdu, puis discerna
le vieux moulin sur sa gauche. Le vent faisait craquer ses ailes, donnant la curieuse
sensation qu’un navire glissait à quelques dizaines de mètres de lui, toutes voiles
dehors. L’enfant décida de continuer ses recherches dans cette direction. Sans bruit,
tout en reprenant son souffle, Sébastien s’approcha du grand édifice, en partie avalé
par la nuit.
- Friskys, lança-t-il. Viens là, mon chien ! Saloperie de clébard...
Mais pas trace de la petite bête. Sébastien s’arrêta, inspecta les lieux à l’aide de
sa lampe, ne découvrant qu’un tapis d’herbe à perte de vue. Et héla la minuscule
créature. Mais, à chacune de ses tentatives, le vent emportait sa voix loin derrière
lui, rendant vains tous ses efforts. Pas le moindre aboiement ne lui parvenait,
exceptés les craquements du moulin et une sorte de souffle qui ressemblait à des
chuchotements. Le vent dans les arbres, sans aucun doute. Mais cela n’avait rien de
rassurant.
Sébastien continua son avancée, tout en pensant qu’il était sans doute
préférable de rentrer. Même avec la lampe, il ne voyait pas à plus de deux mètres
devant lui, et Friskys pouvait tout aussi bien lui tourner autour comme l’imbécile
qu’il était que l’enfant ne s’en serait pas rendu compte. Toutefois, les chuchotements
se faisant plus persistants, le garçon décida de continuer, pour savoir ce dont il
s’agissait. Ce n’était sans doute pas une bonne idée, mais c’était la seule qu’il
avait.
Ces bruits émanaient du vieux moulin. C’était des voix, indubitablement.
Sébastien avait la sensation que des gens s’étaient réunis là, afin que nul ne les
entende, tant le vent associé aux voiles rendaient incompréhensible le contenu de leur
conversation. Mais il semblait y avoir là des dizaines de personnes, tant les voix se
faisaient parfois nombreuses, se suppléant les unes aux autres, et très différentes.
Haut perchées pour certaines, dédaigneuses pour d’autres, tandis que celles,
gutturales, se perdaient dans la nuit. Sébastien s’approcha, tout en se cachant dans
la végétation. Il y avait un vieux muret recouvert de mousse qu’il longea, après avoir
éteint sa lampe. Il était à la fois excité et terrifié. Il ne savait pas ce qu’il
allait découvrir, et craignait dans son for intérieur qu’il ne s’agisse d’une bande
jeunes en train de picoler. Avec la plus grande attention, pour ne pas être vu,
Sébastien parcourut les quelques mètres qui le séparaient du bâtiment. Tout en
retenant sa respiration, il s’approcha de la porte d’entrée, qui ressemblait à la
gueule ouverte d’un monstre attendant le bon moment pour avaler sa proie. Dos au mur,
sentant la fraîcheur de la pierre contre son cou, le garçon se pencha vers
l’ouverture, et inspecta l’intérieur du moulin.
- Il va falloir faire quelque chose, parce que ça ne peut plus durer comme ça,
fit une voix.
- Et que veux-tu faire, dis-nous ? Tu as vu leurs armes ? Tout ceci n’était
pas prévu. Moi je dis qu’il faut attendre les autres. Ils vont bien finir par nous
retrouver, tout de même !
Sébastien sentait son cœur battre la chamade. Qu’étaient donc ces gens ? Que
manigançaient-ils ? Mais il ne voyait rien, tout était trop sombre à l’intérieur. Le
garçon se pencha davantage.
- Moi, je ne supporte plus tout ça ! Si vous saviez ce qu’ils me font subir !
Tout arriva alors très vite. L’épaule de Sébastien glissa contre la pierre, et
l’enfant partit en avant, tentant maladroitement de se rattraper à ce qui pouvait se
trouver autour de lui. Ne voyant rien, il frappa les ténèbres avant de tomber de tout
son long. Et de les voir.
Des chiens. De la même race que Friskys. Réunis en un cercle d’une dizaine
d’âmes, leur gueule minuscule tournée dans sa direction. Leurs yeux, véritables éclats
de lunes, ne cillaient pas alors que Sébastien reprenait ses esprits, sans toutefois
oser se relever. Pourquoi, comment, l’enfant n’aurait su l’expliquer, mais il reconnut
le petit animal.
- Il faut... il faut rentrer, maintenant, murmura Sébastien. Il est l’heure de
manger.
- Ouais, ouais, répondit une voix grave, qui devait être celle de la bestiole.
Je viens, je viens...
Le garçon se releva, maladroitement, bien décidé à ne pas quitter son étrange
auditoire du regard. Puis il se rendit compte que la boule de poils se trouvait à ses
pieds, attendant son bon vouloir pour se mettre en marche. Et rentrer.
Ce qu’ils firent.
Ils ne parlèrent pas pendant la poignée de minutes qu’il leur fallut pour
revenir sur leurs pas. Et pourquoi l’auraient-ils fait, d’ailleurs ? Les chiens ne
parlent pas, et de toute façon, ne comprennent rien au langage humain, pas vrai ?
Non, Sébastien n’avait raconté à personne ce qu’il avait vu ce soir-là, devant
le vieux moulin. Cela faisait presque deux semaines qu’il avait entendu Friskys
parler, deux semaines durant lesquelles il était parti à sa poursuite, sans courir, en
prenant la direction du vieil édifice. Parce que l’animal se retrouvait toujours là,
en compagnie des chiens de sa race. Pour discuter, pour se plaindre de ce que leurs
maîtres leur faisaient subir. Quand il arrivait aux pieds du moulin, il faisait un peu
de bruit pour signaler sa présence, et la bestiole en ressortait dans les minutes qui
suivaient. Et ils se raccompagnaient l’un l’autre.
Mais, bien évidemment, les choses ne pouvaient en rester là.
- C’est ta faute, ce qui arrive, annonça l’animal un soir qu’ils étaient sur
le chemin du retour. A ton père et à toi. Si nous étions restés en ville, je n’aurais
jamais su ce qui m’était arrivé, et je vivrais heureux.
- Ce qui t’es arrivé ? fit l’enfant, après un instant de silence.
- Ben oui. Je suis un envahisseur. Avec mes collègues, nous établissions un
vol de reconnaissance quand nous nous sommes écrasés. Et nous ne pouvons plus quitter
cette planète. Je ne sais pas ce que font les secours. Mais si les humains nous
découvrent, avec leurs armes effroyables, nous mettrons notre monde en péril...
- Oui, le nucléaire, répondit l’enfant.
- Quoi ? C’est comme ça que tu appelles les coups de laisse et de journal ?
C’est votre façon innocente et bien à vous d’appeler ces outils de torture ? On aura
tout vu...
Sébastien ne mit pas longtemps à comprendre que Friskys n’était pas un extraterrestre,
qu’il n’avait jamais piloté de navettes – mais il regardait beaucoup la télé et savait
les reconnaître – mais que la bestiole était très influençable. Le chef de leur
réunion nocturne, une boule de poils qui, à ce qu’avait compris l’enfant, avait des
maîtres exécrables, avait endoctriné sa petite troupe. Parce que lui avait de mauvais
maîtres, il avait décidé de monter ses “ collègues venus de l’espace ” contre les
leurs. Friskys entama donc sa période “ je me lâche où ça me chante ”, et Sébastien
découvrit, entre autre chose, des excréments dans l’une de ses chaussures. Puis
l’animal commença à devenir méchant, mordant quiconque se trouvait à sa portée. De par
sa taille minuscule, il était principalement dangereux pour les chaussettes disposées
dans le bac à linges plutôt que pour les êtres humains, mais l’intention était là. Et
cela ne pouvait plus durer.
Alors que Friskys dormait dans son panier, un soir durant lequel il n’avait
cessé de pleuvoir, remettant ainsi à plus tard une autre de ses échappées nocturnes,
Sébastien s’agenouilla devant l’animal, à bout de souffle.
- Ils sont là, ils viennent te chercher ! cria le garçon.
- Hein, quoi ? fit l’animal en sursautant. Qui donc ?
- Tes collègues de l’espace, bien sûr, rétorqua l’enfant, comme si cela
coulait de source.
L’humain et le chien se regardèrent. D’une part parce que c’était la première fois
qu’ils engageaient la conversation dans la maison, mais surtout parce que,
contrairement à son habitude, Sébastien jouait le jeu du minuscule cabot.
- Ils sont là ? répéta l’animal. Vraiment ? Mes collègues de l’espace ?
- Oui, ils savent que je connais ton secret et m’ont contacté via mon
ordinateur. Ils m’ont dit que tu devais partir, sur le champ !
- Mais pour aller où ? demanda Friskys, qui commençait à paniquer.
- Sur ta planète, sans aucun doute...
Sébastien se releva et alla ouvrir la porte d’entrée.
- Je ne te retiens pas, annonça l’enfant. J’expliquerai aux parents que tu
t’es enfui, et que je ne t’ai jamais retrouvé. Ils seront tristes, mais...
Sébastien haussa des épaules, sous-entendant qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Ce
qu’attendait depuis si longtemps Friskys était en train de se réaliser, et il ne
pouvait aller contre son envie de liberté. Le petit animal regarda autour de lui,
posant les yeux sur la porte d’entrée, puis sa gamelle, son panier, et l’intérieur de
la salle à manger. Il y faisait bon, il y faisait chaud. Puis il observa l’enfant.
- Tu crois que c’est une bonne idée ? le questionna le chien. De partir comme
ça, en sachant que je ne vais jamais revenir. Je veux dire, après tout ce temps que
j’ai passé avec vous, et tout ça... Cela ne serait pas très gentil, non ?
- Oui, mais, ton vaisseau t’attend. Et il ne peut sans doute pas rester posé
très longtemps. A cause des armes des humains.
- Oui, oui, les armes des humains. En même temps, il n’y en a pas beaucoup,
par ici.
- D’un autre côté, murmura Sébastien, je suis sûr que tes collègues espèrent
que quelques-uns d’entre-vous restent sur cette planète, afin de continuer à espionner
les humains. Mission terrible mais nécessaire.
- Je suis capable de faire ça ! cria presque Friskys.
- Je pense en effet que tu en es capable, si tu fais quelques efforts, fit
l’enfant.
A partir de ce jour, Sébastien n’entendit plus jamais parler la petite bête. Cette
dernière ne s’enfuit d’ailleurs jamais plus de la maison, et allait d’elle-même
chercher sa laisse quand l’heure de la promenade était venue. Elle devint gentille et
aimante, et surtout fidèle à la race humaine.


Grégory Covin




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