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Entre les Gouttes

Auteur de recits


Récit écrit par Grégory Covin.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : gregory.covinfreefr



histoire publiée le 18-02-2015
Catégorie :Fantastique, SF, Fantasy, Uchronie
Histoire 8515-g351

Titre : Entre les Gouttes

SF anticipation  Mystère  Ecriture 
 
 

Entre les Gouttes


Entre les Gouttes



1


— Je suis dans un cul de sac, je crois que c'est exactement le terme. Mon éditeur me dit que ce qui se vend le mieux en ce moment, ce sont les polars. Il m'annonce donc que ce qu'il attend de moi, c'est que je lui en écrive un. Qu'il y a de l'argent à se faire. Vous savez, quand j'ai commencé à écrire, c'était pour le plaisir, le défi de surprendre mon lecteur. Puis, quand j'ai réussi à me faire connaître, quand j'ai décidé d'envoyer mes textes à des professionnels et qu'ils me les ont achetés, c'est devenu une simple question d'argent. Ecrire, produire, toujours plus. Et s'il y a toujours eu de la souffrance, dans l'écriture, elle n'est aujourd'hui plus que cela. Aujourd'hui, si je veux gagner de quoi vivre, il faut que j'écrive un récit policier. Point à la ligne. Le plaisir a été remplacé par un impératif.
Richard se tourna vers le psychanalyste. C'était étrange comme une relation s'était tissée entre eux, ce besoin de dire à voix haute ce qu'il pensait, voire d'annoncer simplement ce qu'il glissait autrefois entre les lignes de ses écrits, tous ces non dits qu'il découvrait autrefois, des mois plus tard, en se relisant. Ce qui avait dû amoindrir, à un moment ou à un autre, le besoin d'écrire qu'il ressentait, puisqu'il avait désormais une oreille qui l'écoutait. Tout avait commencé par une déprime, avant de se transformer en une thérapie que Richard avait redoutée, avant de devenir une nécessité. Parce que son psy essayait véritablement de le comprendre et de lui venir en aide. Mais, cette fois, il doutait qu'il lui soit d'une quelconque utilité.
— Vous avez déjà essayé de résoudre le mystère de la salle d'eau ? demanda l'homme, confortablement installé sur son siège en cuir.
— La salle d'eau ? répéta Richard.
— Oui. C'est un récit où il y a deux personnages, au minimum. L'un se rend dans la salle d'eau, et n'en ressort jamais. C'est une histoire que l'on demande à certains patients d'écrire, ou de raconter à voix haute, en commençant par le début, en exposant les faits, et en inventant une fin.
— Je ne connais pas ce genre d'exercices. Et quelles solutions apporte-t-il ?
— Peut-être celles qu'il vous faut, dans ces circonstances, annonça l'homme avec un sourire.


2


Le vieil homme ne cessait de regarder le lieutenant de police, puis sa salle de bains. Attendant que l'un ou l'autre ne délivre ses secrets.
— Vous pouvez me répéter exactement ce qui est arrivé ? demanda le lieutenant Grimwalt.
— C'est très simple. Il faisait chaud, et vers 17 heures, ma femme a eu l'envie de prendre une douche. Moi, j'étais dans la salle, en train de lire le journal. Normalement, Jane reste dans la douche entre cinq et dix minutes. Mais, quand au bout d'une demi heure, elle n'en ressortait toujours pas, malgré il est vrai la forte chaleur, je suis allé voir. J'ai tapé à la porte, et n'ai pas eu de réponse. J'ai ouvert. La pomme de douche était toujours en marche, mais ma femme ne s'y trouvait plus. Elle n'était pas dans la pièce.
— Et elle n'aurait pas pu en sortir, sans que vous n'y preniez garde ?
— La porte de la salle de bains grince horriblement. Je lisais le journal, la télé était éteinte. Je l'aurais entendue sortir. De plus, il n'y avait pas d'eau sur le sol, la serviette n'était même pas humide. Je ne comprends pas ce qui s'est passé.
Nathan n'aimait pas le regard que posait sur lui l'agent de police. Il avait l'impression que c'était sa faute, si elle avait disparu. Comme si on pouvait inventer un alibi aussi rocambolesque pour tenter de cacher quoi que ce soit. Il se sentait idiot. Vieux et idiot.
Les bras ballants, il se tourna vers les quelques policiers qui arpentaient son appartement, et qui semblaient ne pas tenir compte de sa présence. Ils n'étaient rien d'autres que des fourmis à l'apparence humaine, sans cesse en mouvement, se rendant d'un endroit à un autre de façon mécanique. Aucun des films policiers qu'il avait pu voir à la télévision ne l'avait préparé à éprouver ce sentiment d'invasion. Ils étaient chez lui, et vaquaient à leurs occupations, sans s'occuper si cela lui plaisait ou non. Et le petit jeunot qui se tenait à ses côtés ne donnait pas l'impression de le croire.
Dans quel monde vivions-nous ?
Nathan se frotta le front, fit disparaître la fine pellicule de sueur qui s'y était accrochée, et s'immobilisa quand un homme en uniforme vint se planter auprès du lieutenant pour lui murmurer quelques mots à l'oreille. Les yeux du gradé s'agrandirent avant de se rétrécir en deux fentes qui le rendirent presque inquiétant. Puis il acquiesça et la fourmi repartit continuer son dur labeur.
— Qu'y a-t-il ? demanda enfin Nathan, après le départ du policier.
Le lieutenant avait fait un pas dans la petite pièce et observait la douche, les mains dans les poches.
— Mes hommes n'ont trouvé aucune affaire appartenant à votre femme, dans l'appartement, annonça Grimwalt. Ils ont alors été vérifier chez vos voisins de palier, d'étage, et tous ont précisé que vous viviez seul.
— Mais voyons, c'est ridicule. Je vis ici avec mon épouse depuis plus de trente ans !
— Dans ce cas, allez donc me chercher quelques affaires de votre femme. Des vêtements, des produits de maquillage, du parfum, qu'importe. Mais je doute que vous en trouviez ici, monsieur Coulombier. Parce qu'il n'y a que vous, qui habitiez cet appartement.
Nathan plongea les yeux dans ceux, accusateurs mais également emplis d'une certaine pitié, du policier, et ouvrit la bouche. Mais aucun son n'en sortit…


3


Richard soupira. Il avait cru qu'écrire un court récit mettant en avant le mystère de la salle d'eau l'aiderait à entrevoir la trame de son prochain roman, mais au fur et à mesure qu'il avançait dans l'histoire, il s'était rendu compte qu'il ne voyait pas de quelle manière elle allait se terminer. Y avait-il seulement une fin qu'il était possible d'imaginer ?
Dépité, Richard sortit de chez lui et se rendit chez son psychanalyste. Il désirait savoir ce qu'apportait le fait de présenter aux patients un tel dilemme, et surtout quelle était la solution à ce problème à priori insoluble. S'il y en avait une. Mais, lorsqu'il se retrouva aux pieds de l'immeuble, le nom de son psychanalyste ne se trouvait pas auprès de l'Interphone. Il sonna donc au hasard, et on lui répondit qu'il n'y avait jamais eu de psychanalyste officiant dans ce bâtiment. Nathan se frotta le front, et réalisa, malgré l'humidité, qu'il suait à grosses gouttes.
Il se retourna et fit face à la rue, à tous ces gens qui couraient autour de lui, donnant cette curieuse sensation d'être comme paniqués, bien qu'insouciants de ce qui se déroulait autour d'eux. Richard déglutit avec difficulté, puis enfonça la main dans la poche intérieure de sa veste. Il en fit sortir son porte-cartes, puis l'embout magnétique lui permettant de téléphoner. Il ne lui restait que quelques crédits, mais il ne lui fallait qu'une poignée de secondes pour le rassurer. Il se chercha une cabine téléphonique, et décrocha. Il se sentait comme le personnage de son récit, qui n'avait pourtant eu qu'un petit rôle, ayant disparu avant même d'être présenté : la femme de Nathan. La cabine téléphonique ressemblait à une cabine de douche. Aussi exiguë, aussi ouverte sur le monde extérieur. Aussi dangereuse.
Nathan fit glisser sa carte dans la fente du boîtier téléphonique, et composa le numéro de son éditeur.
Le numéro que vous avez demandé est actuellement hors service, veuillez…
Richard raccrocha. Et réfléchit une nouvelle fois à ce que lui avait dit le psychanalyste. Etait-ce vraiment pour l'aider à débuter son roman qu'il lui avait conseillé de réfléchir sur le mystère de la salle d'eau, ou pour lui-même ? Et l'énigme n'était-elle pas, au final, corrélée à l'endroit dans lequel se retrouvait le personnage qui avait disparu, au cœur de cette salle d'eau, plutôt qu'à ceux qui lui avait survécu, et qui la cherchait ? Où se trouvait vraiment la clef du mystère, à quel personnage était-il le plus intéressant de prêter toute son attention ?
Richard reposa le combiné téléphonique, mais ne sortit pas de la cabine. Il réalisait à présent que c'est ici que débutait sa nouvelle histoire. Nathan n'avait jamais eu de femme, et lui-même n'avait jamais été un écrivain. Il n'était qu'un personnage délaissé par un romancier qui n'avait jamais pu finir son récit, qui mettait en scène un bien étrange mystère sur une salle d'eau qui avait vu la disparition d'un personnage au simple nom de Richard. Mais comment expliquer l'inexplicable ? Malheureusement, il ne se sentait pas plus inspiré que l'avait été celui qui avait tenté de lui donner vie. Et qui l'avait abandonné là, au cœur de pages qui n'auraient jamais de fin. Dans quel monde vivions-nous ? Richard ouvrit la bouche, pour dire quelques mots. Mais aucun son n'en sortit.
A l'extérieur, il s'était mis à pleuvoir.




Grégory Covin




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Merci pour votre commentaire, cela fait toujours plaisir de savoir que son texte a plu. Grégory Covin.

 

 

Récit bien mené, j'ai bien aimé la chute : Richard comme effacé par son auteur !

 





   
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