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Le fil de nos vies.

Auteur de recits


Récit écrit par Lou.
Auteur femme.



histoire publiée le 01-02-2016
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8534-l728

Titre : Le fil de nos vies.

Micronouvelle  Souvenirs  Rencontre 
 
 

Le fil de nos vies.


J’avance sur la route goudronnée qui s’étend sous mes semelles. Le vent souffle légèrement, soulevant mes cheveux. Kim et Marco rigolent et s’embrassent, ou l’inverse. Je ne sais pas. Difficile à dire, je crois qu’en fait, ils font les deux en même temps. Ariane avance rapidement devant nous. Elle est pressée, sa dernière conquête l’attend à l’entrée. Depuis des années maintenant on nous appelle les trois mousquetaires. Toutes les trois, on est inséparables depuis toujours.
On passe sous le réverbère du bas de la rue Montaigne. On s’y est prise en photos toutes les trois il y a trois ans. On venait d’entrer au lycée, on avait le sentiment d’être immenses ; Le monde nous appartenait. La lumière du réverbère nous donne l’allure d’anges sur les images, on s’imaginait auréolées de gloire, de talent, de beauté.
L’épicerie, un peu plus bas dans la rue, est toujours allumée. A 10 ans, Kim et moi y avons volé des bougies. J’en faisais la collection et, cette semaine-là, ma mère avait oublié mon argent de poche. On était stupides. Kim, elle, voulait juste se donner l’impression d’avoir fait quelque chose d’extraordinaire, le genre d’expériences qu’on s’imaginerait raconter à nos petits-enfants une fois vieilles.
On a jeté les bougies quand Ariane a failli faire brûler ses cheveux avec lors d’une pyjama party.

La foire du cercle d’or s’étend devant nous comme tous les ans. Commerces, manèges, restaurants ambulants, tous viennent retrouver à la fois leurs emplacements, et l’ambiance particulière d’un week-end d’été où plus rien n’a d’importance. C’est un rendez-vous que je ne manquerais pour rien au monde. Ce sont les deux jours de l’année où j’ai encore l’impression d’être cette petite fille émerveillée qui croyait que la vie c’était rire avec ses amies et faire des câlins à ses parents, qui l’espérait.

On a quitté le lycée au mois de juin. En septembre, je pars faire des études à l’autre bout de la France. Kim a choisi l’étranger. Elle part à Londres, « business school » s’il vous plaît. Ariane reste. Elle a trouvé un poste dans l’entreprise dans laquelle travaille sa mère. De toute façon, l’école, ça n’a jamais été son truc. Elle dit que ça lui va.

La foire est installée dans l’enceinte du stade municipal. L’enceinte est marquée par un mur en briques rouges de presque deux mètres de haut. Ils ont installés une grande bannière avec les mots « le cercle d’or » au-dessus du grand portail ouvert. Passer le seuil, c’est passer une frontière. On change d’univers en entrant.

Pipo le clown courait dans tous les sens, suivi par une horde d’enfants de moins de 10 ans. Ça fait du bruit, les enfants. Mani, au stand de tirs à la carabine, me salua lorsqu’on passa devant lui. A force de venir, j’avais fini par connaître un peu tout le monde. Ariane retrouva Florian. On commença à se diriger vers le snack au fond de l’allée de gauche, ils font des hamburgers d’un autre monde.

Je me souviens de la première fois où je suis venu ici. Mes parents avaient trouvé un moyen de se libérer pour le même week-end. Ils travaillent beaucoup, c’était assez rare pour que j’apprécie, vraiment. Mon père a convaincu ma mère d’aller faire un tour à cette nouvelle foire qui s’était installé en ville pour deux jours. Dès notre arrivée, je me suis retrouvée au milieu d’une foule de gamins d’à peu près mon âge qui jouaient entre eux et riaient des pitreries d’un énorme monsieur déguisé. Il portait un costume avec plein de couleurs, des coutures plus qu’aléatoires, et en guise de nez, une grosse boule rouge qui n’arrêtait pas de tomber. Je dois avouer qu’il m’a fait un peu peur au premier abord, mais je n’ai rien dit. J’avais 5 ans, j’étais déjà grande, je n’allais quand même pas pleurer. Mes parents me surveillaient du coin de l’œil en mangeant de la barbe à papa. Maman voulait que je m’amuse, que je me fasse des amis. C’est aussi pour ça que je n’ai rien dit pour le clown, il était tellement rare qu’ils soient là tous les deux que je voulais faire des efforts pour faire ce qu’ils voulaient. J’ai arrêté d’essayer 10 minutes après ça. Mon père était au téléphone et commençait à se diriger vers la sortie, alors que ma mère se passait une main lasse sur le visage. Je me suis éloignée de la foule autour de moi. J’étais déçue, encore une fois. J’ai voulu mettre le plus de distance possible entre moi et toute présence humaine. En arrivant près de la grande chenille, celle pour les adultes, j’ai vu une femme habillée d’un justaucorps rouge pailleté, comme ceux qu’ont parfois les patineuses. Elle portait des lampions de couleur qui brillaient dans la nuit. C’était beau. J’ai suivi la femme aux lampions dans presque toute la foire. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré Kim et Ariane. Ariane était une gamine rousse surexcitée de 6ans. La première fois que je l’ai vu, elle tirait Kim par la main, en hurlant que Roxanne avait encore des feux portables et qu’il leur en fallait absolument un. Roxanne était la dame aux lampions. J’ai suivi les deux gamines devant moi et leur ai demandé timidement si je pouvais en avoir un aussi. A ma question, Ariane a poussé un hurlement et s’est mis à sautiller partout en répétant :
« Toi aussi ! Toi aussi ! Toi aussi tu les trouve jolis !! ». On a pris nos lampions, Ariane nous a pris par la main, et on a arpenté la foire comme ça, pendant peut-être des heures. Je tournais la tête de tous les côtés, je voulais tout voir. Je ne pensais plus du tout à mon père et à sa désertion, pas plus qu’à ma mère. Elle m’a trouvée quelques heures plus tard devant le manège des avions. J’étais toujours avec Kim et Ariane, et cette dernière nous expliquait très sérieusement que les humains pouvaient voler à cause des avions parce que les humains collent des sièges à des ailes en métal, et que les ailes peuvent voler ; Les oiseaux n’ont pas besoin de sièges parce que les ailes sont collées directement à leurs ventres. Je m’en foutais un peu, mais j’aurais bien aimé voler.
Je m’étais fait copieusement punir ce jour-là.
Aujourd’hui, mes parents travaillent toujours autant mais je n’ai plus besoin d’eux pour venir à la foire ; et Ariane, Kim et moi sommes toujours ensembles.

Nos hamburgers en main, les filles ont laissé partir leurs petit-amis et on s’est promené tranquillement au milieu des gens et des manèges. Roxanne ne se balade plus en justaucorps depuis longtemps mais elle vient quand même tous les ans. On est allé lui dire bonjour. Une fois nos hamburgers finis, on a repris notre promenade, s’arrêtant parfois à un manège pour faire un tour. De fil en aiguille, on s’est retrouvé devant le manège des avions. On était toute parfaitement consciente que c’était la dernière fois. On prenait des chemins différents dès l’année prochaine. Plus rien ne serait pareil. On ne pourrait plus débarquer les unes chez les autres à n’importe quelle heure, à n’importe quel moment. On ne pourrait plus aller piquer des babioles à l’épicerie ou arnaquer la boulangère, pourtant si gentille. C’était notre avenir qui commençait et on se retrouvait là, à l’endroit même où notre amitié avait débuté, face au passé.
Ariane nous a pris par la main, comme dix ans plus tôt et a murmuré : « Je sais pourquoi les avions peuvent voler.. »
Tous ces souvenirs me revenaient, d’un coup, se mêlant au bruit de la foule et des machines, aux rires des enfants, aux regards inquiets des adultes. Je voyais les trois gamines qu’on était, j’imaginais les femmes qu’on serait, et notre passé, le présent et cet avenir incertain se mêlaient dans mon esprit, suivant une ligne continue bordée de lampions rouges brillants.

On a cinq ans. On découvre les manèges des « grands », ces géants qui crient dans les avions ou la chenille. On a la tête qui tourne face aux lumières du divertissement.

On a trente ans. On raconte à nos enfants, qui découvrent la foire, comment notre amitié est née, là, au milieu des lasers, des spots et des néons. J’aime voir dans leurs yeux l’émerveillement.

On a quatre-vingts ans. On revient une dernière fois ensemble sur les pas de notre enfance. Les lumières brillent toujours autant, comme la flamme de notre amitié. Elles brillent de la nostalgie de nos souvenirs, d’il y a si longtemps.




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