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Choc

Auteur de recits


Récit écrit par Morty.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : mortisywanadoofr



histoire publiée le 18-02-2016
Catégorie :Fantastique, SF, Fantasy, Uchronie
Histoire 8571-m739

Titre : Choc

Thriller  Angoisse  Tragédie 
 
 

Choc


Encore un fourré... Vite... Les aboiements ont cessé depuis un moment mais... méfiance !
A plat ventre... Epouser le sol... Ne faire qu'un avec lui...
Cinq minutes... tenir... cinq minutes dans sa tête... qui semblent des heures... tenir !
La liberté a ce prix... Là bas derrière les volutes éthérées qui montent de ce pré, une
maison !

Jenny a fini son petit déjeuner et lave son bol en chantonnant pendant que la télé
diffuse son lot habituel de spots publicitaires. Par la fenêtre au dessus de l'évier la
jeune femme rêvasse un moment devant le spectacle des lambeaux de brume qui s'élèvent
doucement au dessus des champs encore endormis alors que l'eau tiède caresse ses jolies
mains de porcelaine.
Les chiens ont cessé d'aboyer au loin... Qu'est ce que c'était ?... Pas une meute de
chasseurs; ça n'est pas encore la saison !

Un... deux... trois, go ! Course effrénée ! Souffle court... haletant... roulé-boulé au
pied de l'arbuste dans le fossé... et puis, plus rien ! Ne pas bouger ! Calmer sa
respiration, son coeur ! Cool ! Cooooool... Tendre l'oreille... Rien... Semés... Ils sont
semés !!! Les cons !!! Ces bouseux !!!
Malvin se mord les lèvres aux sang pour ne pas hurler sa joie... hurler sa haine et sa
rage !!! Fuck you !!!
Je les ai bien baisé ces enculés et leurs clebs !!!
Il pourrait se redresser, se relever mais ça n'est pas un réflexe chez lui. Il a passé
tellement de temps à fuir, à se cacher, à se terrer comme un rat, à ramper comme un
serpent.
D'abord le Vietnam et la jungle puis les braquages de banques et les cavales, enfin le
pénitencier et l'évasion.
Malvin ne sait plus vraiment marcher droit; ça l'angoisse !
La maison est là... deux cent mètres à tout casser... seule, isolée.

Jenny est devant la glace de l'entrée. Elle relève ses longs cheveux blonds en un chignon
épais et les épingles serrées entre ses lèvres carminées disparaissent une à une dans le
lourd édifice capillaire au rythme des cueillettes gracieuses de ses longs doigts aux
ongles vernis. La jeune femme noue maintenant un tablier blanc à sa taille sur sa petite
robe de satin.
Rituel immuable qui inaugure toujours les séances de ménage.
Jenny aime ses habitudes de femme au foyer. Ses journées se déroulent comme un papier à
musique, sans surprises, et c'est tant mieux. Certaines femmes aiment l'imprévu,
l'aventure; ce n'est pas la tasse de thé de Jenny.
Première chose, aérer la chambre à l'étage... première chose, comme tous les matins...

D'où il est terré, Malvin ne distingue que le coté droit de la maison et une partie de sa
façade arrière. Tout le reste est masqué par une grange et par une haute futaie.
Une seule fenêtre en vue; à l'étage; ornée de la bannière étoilée
"Fuck you !!!" siffle haineusement Malvin entre ses dents.
Courbé en avant, souple et félin, il progresse lentement vers la bâtisse...
A terre !!! Une fraction de seconde et le fauve est à nouveau tapi.
La fenêtre vient de coulisser et une femme est apparue dans l'encadrement, les bras
chargés de draps et de couvertures qu'elle étale maintenant sur la bordure de
maçonnerie...
Les yeux de Malvin se plissent comme pour mieux observer... Elle est belle !!!
Instinctivement, sa main droite glisse lentement sous lui et se faufile jusqu'à son
entrejambe. Depuis combien de temps n'a-t-il pas tenu une femme entre ses bras ?

Myriam finit de charger la camionnette avec les dernières miches de pain encore toutes
chaudes et craquantes. Puis elle s'installe au volant et après un dernier baiser à son
mari qui va aller se coucher, démarre le vieux moteur poussif.
La tournée est longue aujourd'hui. Il y a les Baxter, la ferme des Gallagher, la cantine
scolaire de Hutton, les Standford, Emily Dwight et les Woodbridge.
Myriam ne doit pas traîner si elle veut être rentrée pour midi.

Jennifer Woodbridge a encore le temps, elle !...
Sans enfants, tout au moins pas encore, elle n'a que sa maison à s'occuper et même si
elle prend du retard, ce n'est pas son représentant de mari qui pourra lui reprocher
puisqu'il ne rentre que demain soir...
Mais de toute façon, Jenny n'est pas femme à se laisser aller. Tout le poids de
l'éducation du sud laborieux et fier...
Les draps prennent le frais sur le rebord de la fenêtre et diffusent aux quatre vents le
souvenir brûlant de la nuit dernière. Quand il sait qu'il va s'absenter quelques jours,
son mari lui fait l'amour à chaque fois comme si c'était la dernière fois... et Jenny en
est encore toute mélancolique et vibrante.

Malvin vibre aussi mais certainement pas des mêmes sentiments. Il vibre d'excitation;
celle du prédateur qui a reniflé sa proie. La maison est à cinquante... soixante mètres.
Il va falloir la contourner, essayer de localiser ses occupants, neutraliser le clebs si
il y en a un... progresser contre le vent...
Go ! Merde qu'est ce que... Un cri aigu là juste à droite et une boule qui jaillit dans
un froissement saccadé ! Le coeur qui bondit et les doigts crispés sur le manche du
couteau.
"Putain de connerie !!!" Un faisan surpris s'est envolé lourdement en criaillant et
Malvin maudit toute sa race ailée.

Jenny regarde le bel oiseau multicolore voleter maladroitement jusqu'à l'orée du bois.
Il y a sûrement maintenant un renard frustré et vexé quelque part par là bas s'amuse la
jeune femme...

Un vol d'oies sauvages survole en formation serrée la route et Myriam imprudemment les
suit des yeux... jusqu'à ce que les secousses occasionnées brusquement par le bas coté de
la chaussée la ramènent à la réalité...
Plus que trois kilomètres et elle sera chez les Gallagher. Elle va encore se faire
draguer par leur fils, un grand innocent d'une trentaine d'années qui ne pourra faire
autrement que de vivre aux crochets de ses parents jusqu'à leurs morts. Myriam est la
seule femme qu'il voit à la ferme et comme c'est une très jolie brunette aux formes
généreuses, elle a bien souvent du mal à contenir la fougue désordonnée de Gus Gallagher.
Le pauvre n'est pas méchant ni dangereux et un ton ferme suffit à le remettre à sa place
mais si il n'a pas toute sa tête, il a par contre toute sa libido...
Myriam n'est pas une femme plus facile que les autres mais si une main égarée
momentanément sur ses fesses peut apporter un peu de bonheur à un pauvre bougre plus bête
que méchant et qui ne connaîtra peut-être jamais plus grande "émotion sexuelle", alors
elle sait fermer les yeux et ne rien sentir...

Les yeux clos et les narines dilatées au vent, Malvin hume l'air à la recherche d'odeurs
révélatrices...
Ce n'est pas une ferme. Or dans ce sud profond, on est fermier où on travaille ailleurs.
La fille doit être seule et son mari sillonner les routes.
Malvin arrive maintenant devant la façade.
Merde ! Une niche ! C'était prévisible...
Un petit caillou lancé contre les planches... Rien ! Méfiance ! Deuxième tentative; le
caillou est plus gros et le geste plus vif !... Un bruit de chaîne et un molosse apparaît
dans l'ouverture sombre, encore endormi mais la truffe déjà interrogative et fumante.
Malvin se tasse et sans bruit sort son couteau de combat. Il est à dix mètres tout au
plus. Ses yeux sont injectés de sang et son pouls s'accélère lentement. Attendre !...
Attendre le juste moment... Attendre que l'animal présente son point faible... Des
souvenirs de jungle reviennent en lui; la jungle où il a appris à devenir un tueur
patient, froid, efficace, méthodique. Surprendre et neutraliser, tuer une sentinelle
était devenu sa spécialité...
Le molosse croit repérer une odeur différente des autres, habituelles et coutumières;
bien campé sur ses pattes arrières, il redresse sa tête bien droite, la truffe dirigée au
ciel et le poitrail épanoui.
Le moment !!! Un éclair d'acier fend la fraîcheur matinale, un couinement douloureux
jaillit et s'éteint aussitôt.

Jenny a tendu l'oreille, interrompant net son travail... Rien !... Sûrement un lièvre
victime d'un autour... La dure loi de la nature et de la survie...
Pour la jeune-femme, cela va être la première pause; l'heure du télé-achat sur le canal
vingt-sept.
Moment sacré qu'elle ne manquerait pour rien au monde; moment où la planète s'arrête de
tourner et où elle peut rêver à tous ces merveilleux progrès de la technologie domestique
qui sont proposés à toutes les ménagères modernes dont elle fait partie.
Et le vieux sofa du salon se prête merveilleusement à cet instant privilégié...

Myriam a repris la route; Gus s'est montré raisonnable et ne l'a pas embêtée. Ses vieux
parents ont acheté leurs trois miches hebdomadaires plus quelques brownies et après les
amabilités d'usage, la jeune boulangère est repartie vers sa prochaine destination; son
plus gros point de livraison, l'école de Hutton à quinze kilomètres. Myriam est dans les
temps...

Devant la maison des Woodbridge, le chien de garde gît devant sa niche, mort.
Rapide et silencieux, Malvin a longé la bâtisse, est rentré dans la grange, en est
ressorti avec des cordes et s'apprête à crocheter la fenêtre de derrière, celle des
toilettes...

Dans le vieux sofa du salon, Jenny, une tasse de thé à la main a les yeux écarquillés
d'envie devant le dernier modèle de robot ménager qui pétrit, hache, coupe, broie et tout
ça pour à peine cinquante dollars payables en trois mensualités.

Un petit claquement sec et à peine perceptible; le loquet cède facilement et la fenêtre
glisse sans bruit.
Malvin enjambe souplement le rebord et pénètre dans la salle de bain.
Pause !... Seuls les commentaires du gominé vendeur de robots ménagers lui parviennent
par bribes.
Sur un séchoir pendent deux larges foulards de satin multicolores. La main calleuse les
effleure, les caresse... C'est si doux... et les arrache ! Il va falloir la bâillonner...
La porte... doucement... tout doucement...
Un couloir et une double porte vitrée au bout à droite d'où proviennent les bruits de la
télé.
Malvin avance lentement, les cordes et les foulards dans une main, le couteau ensanglanté
dans l'autre.
Un regard à peine esquissé dans l'entrebâillement... Elle est là, assise, lui tournant le
dos... idéal !
Il prend le temps d'admirer cette nuque fine et délicate, ce chignon blond si bien
confectionné et ses épaules menues et satinées...
Puis, d'un seul coup, comme piqué au vif, il se rue à l'intérieur et se jette sur sa
proie.
Tout va alors très vite. Malvin agit le cerveau en apnée. Instinctif !
Elle n'a pas le temps de réagir; pas le temps de bouger; pas le temps de crier !
Le couteau se plaque sur sa gorge; terriblement incisif, une main brutale lui agrippe les
cheveux et lui tire la tête en arrière !
"Ta gueule ou je te saigne !!!..."
La terreur qui envahit d'un coup son ventre et ses yeux; Jenny est brutalement plongée
dans un cauchemar qui n'a pas encore dit son nom.
Le souffle court, haletant; le coeur qui pulse à plein rendement, l'adrénaline qui inonde
son cerveau; il questionne. Est-elle seule ?...
Terrorisée, subjuguée; elle n'a pas le réflexe de calculer, de mentir. Oui, elle est
seule: oui, elle sera sage et ne fera rien pour le contrarier mais qu'il ne lui fasse pas
de mal; par pitié !
Toujours aussi rapide, il la plie en avant, lui tire les poignets dans son dos et les
attache solidement. Trois ou quatre tours de corde enserrent ensuite les bras de Jenny
contre son corps et ce sont ses chevilles et ses jambes qui sont ensuite sévèrement
immobilisées ensemble.
Elle supplie, pleurniche, larmoie juste avant que Malvin lui enfonce un foulard dans la
bouche et le maintienne en place en lui nouant le deuxième bien serré sur la nuque.
A peine trois minutes d'une extrême intensité et Malvin peut enfin souffler,
décompresser, respirer...
Coooool...
Il s'abat dans un fauteuil face à sa prisonnière, les bras ballants sur les accoudoirs et
aspirant l'air à grandes goulées !

L'intendant de l'école de Hutton s'est encore mélangé dans ses comptes.
Douze miches... Encore, ça semblait peu pour Myriam mais le client est roi ! Il en
fallait une vingtaine...
Myriam a dit qu'elle repasserait dans deux jours... Une fois de plus !
Maintenant, direction Galveston chez les Standford à treize kilomètres. De nouveaux
riches que Myriam n'aiment guère. Mais la petite entreprise conjugale vivote trop
difficilement pour qu'elle puisse se permettre de trier ses clients.
La jeune femme se console déjà en pensant à sa vieille Emily qu'elle livrera ensuite. La
veuve du shérif Dwight est une adorable octogénaire qui considère Myriam un peu comme sa
petite fille et la jeune femme sait d'avance qu'elle ne pourra en repartir qu'après avoir
longuement conversé avec son amie... La pendule de la vieille Dodge annonce déjà dix
heures trente !
Le soleil réchauffe maintenant ardemment les immenses champs de céréales qui s'étendent à
perte de vue et les quelques nuages transitant dans l'azur ne sont là que pour le
décorer.
La récolte sera bonne; tout le monde s'accorde à le dire.

Gus Gallagher le pense aussi. Il ne comprend pas tout; bien loin de là mais la nature n'a
pas de secrets pour lui. Il comprend le vol des oiseaux; il comprend la couleur et la
forme des nuages; il comprend le sens et la force du vent. Ne lui demandez pas de
l'expliquer; il en serait totalement incapable mais il le sent; il le sait au plus
profond de lui.
Comme les chiens, il sait quand l'orage arrive.
Ne lui demandez pas pourquoi, il serait incapable de l'expliquer mais Gus a peur. Il
tourne en rond dans la grange depuis un bon quart d'heure; soulevant un nuage de
poussière qui n'a pas le temps de retomber. Tout à l'heure, il n'a vu que les deux grands
et beaux yeux verts de sa Myriam adorée mais depuis qu'elle est partie, il a peur !
Quelque chose l'a alerté; quelque chose que lui seul dans son innocence peut percevoir.
Il a bien essayé de penser à autres choses; il a fini de ranger les lourds sacs d'engrais
qu'il manie comme des sacs de plumes; il a discuté un moment avec les fantômes qui
peuplent son esprit; il s'est confié à son amie Rosalie, la vieille jument qui l'a écouté
de toute son attention animale mais rien y a fait. Gus ne comprend pas et rien ne peut
calmer son appréhension; Myriam... SA Myriam est en danger !

Dehors, le vent s'est brusquement levé...

Putain qu'elle est belle !!!
Malvin, avachi dans son fauteuil, un sourire malsain sur les lèvres, détaille sa jeune
prisonnière ligotée en face de lui.
Des larmes glissent des grands yeux bleus de Jenny et se diluent dans son bâillon de
satin. Des petites boucles blondes encadrent son front de femme-enfant tandis que ses
seins fiers et arrogants se tendent sous le tissu brillant, encadrés par les cordes
sévèrement tendues.
Une petite marque rouge orne le cou gracile de la jeune-femme. Etonné, Malvin regarde la
lame de son couteau encore rougie du sang du molosse.
A droite de Malvin, l'abruti de service continue de débiter ses fadaises domestiques
coincé dans sa lucarne de verre et finit par énerver le psychopathe. Un coup de pied
rageur envoie l'appareil se fracasser parterre provoquant une crise d'hystérie larmoyante
chez la jeune femme.
Tandis que la télé agonise dans un son et lumière d'étincelles, de crépitements et de
flammèches, il se lève et s'accroupissant devant Jenny, passe un doigt sur la trace
rouge... qui ne disparaît pas !...
Il a bien entaillé cette chair laiteuse et palpitante... Manque de contrôle ! Un rictus
sur ses lèvres trahit son désappointement. Ca ne lui ressemble pas ! Perdrait-il la main
?...
En se relevant, une myriade d'étoiles dansant devant ses yeux lui rappellent qu'il n'a
pas mangé depuis un bon moment.
"Reste tranquille, poupée !"
Direction la cuisine et le réfrigérateur...

Direction Emily ! Enfin !...
Mon Dieu, qu'ils sont puants ces Standford !!! "Posez ça là, ma fille !" "Tenez, mon
enfant..."
Mais pour qui se prennent-ils avec leur faux air paternaliste et leur condescendance ?...
Je ne suis pas leur fille, je ne suis pas leur enfant !!! Sous prétexte que Môssieur a
réussi dans le business du matériel agricole et a amassé une petite fortune en imposant
un véritable monopole et en poussant tous ses concurrents à la faillite, ils ne sont plus
que mépris !
Quand serons-nous assez à l'aise pour que je puisse me payer le plaisir de leur faire un
bras d'honneur ???
Myriam fulmine et la vieille Dodge ne semble apprécier qu'à moitié sa conduite devenue
tout à coup très nerveuse. La boîte grince lamentablement et le moteur hoquette
poussivement mais vaille que vaille la guimbarde continue d'avancer.
Emily, les Woodbridge... et la maison !

Jenny, restée seule, tire sur ses liens et se débat du mieux qu'elle peut... Hélas pour
elle, Malvin a déjà eu l'occasion de ficeler des prisonniers beaucoup plus coriaces que
la frêle ménagère et elle ne réussit qu'à cisailler douloureusement ses pauvres poignets.
Peut-être que si elle parvient à se lever du profond sofa, elle arrivera jusqu'à la porte
d'entrée... mais après ?...
Elle pourrait se montrer à la fenêtre en espérant qu'un promeneur passe juste à ce moment
là... Ca tiendrait vraiment du miracle; la maison est en dehors de tout lieu de
passage...
Sans plus réfléchir, elle se penche en avant le plus possible et essaie de s'extraire du
canapé... et retombe sur ses fesses. Nouvel essai en se donnant un peu plus d'élan...
Elle décolle légèrement... tient un moment dans un équilibre précaire... et retombe
lourdement dans un bruissement de satin.
Troisième tentative. Ce coup ci, elle y met toute son énergie, toute sa hargne et tout
son désespoir et au prix d'un effort considérable parvient enfin à se redresser
complètement.
Il lui faut maintenant atteindre la porte... ou la fenêtre tout au moins. Premier saut :
"Clac !" Oh mon Dieu !... Les talons aiguilles sur le parquet de chêne... Comment
sautiller sans faire bruit ?... Deuxième saut : "Clac !" Elle tend l'oreille...
immobile... le coeur battant... pas de réaction ! Troisième saut : "Clac !" Son chignon
cède sous les vibrations et se défait à moitié ! Toujours aucune réaction de son
agresseur ! Elle s'enhardit ! "Clac...clac...clac..." Son chignon a renoncé à toute
résistance et, libérant leurs épingles, ses longs cheveux blonds volent maintenant sur
ses épaules et dans son dos. "clac...clac...clac...". Encore un bond et elle sera devant
la fenêtre...
"Tu vas ou, connasse ?..."

N'y tenant plus, Gus se saisit de son vélo, l'enfourne et ignorant les appels de sa
vieille mère commence à pédaler comme un fou sur le chemin qui mène à la route... Pour
aller ou ?... Gus ne s'est même pas posé la question; il se fit à son instinct... comme
toujours. Son sixième sens ne l'a jamais trahi alors pourquoi l'ignorerait-il maintenant
?
Myriam est en danger et il faut qu'il vole à son secours...
Madame Dwight doit le savoir. C'est pas si loin !...

Emily Dwight envoie un baiser à sa "petite fille" chérie pendant que Myriam redémarre la
vieille Dodge à peine reposée.
Elle est si mignonne et la vieille femme regrette tant de ne jamais avoir eu d'enfant.
Chaque visite de la jeune boulangère est un baume passé sur son vieux cœur. Elle la
retiendrait bien plus à chaque fois mais elle sait que son temps est compté et qu'elle
n'a pas le droit d'en abuser.
La vieille dame regarde s'éloigner la voiture dans un nuage de poussière qui volette
avant d'aller se reposer plus loin, poussé par un vent tout à coup plus persistant. Puis
elle s'en retourne vers sa maison, étonnée de ces nuages noirs qui s'amoncellent à
l'ouest. On n'a pourtant pas annoncé d'orages !...
Myriam aussi est intriguée par ce brusque changement de temps. Il est onze trente et elle
sait qu'elle ne sera pas rentrée pour midi comme prévu. La température a pris quelques
degrés supplémentaires et l'atmosphère devient d'un coup plus étouffante.

Gus Gallagher, le visage ruisselant de sueur pédale toujours comme un fou. Les yeux
exorbités, les cheveux collés sur le front; la chaleur l'indiffère mais il sent l'orage
arriver. Un orage sourd qui couve en lui, aux fond des ses tripes et de son âme. Un orage
qui lui dévore le cerveau et qui tonne contre ses tempes.
Ce n'est plus un pressentiment, c'est devenu une certitude ! La mort rôde !

Encore cinq kilomètres et Myriam aura bouclé sa tournée. Encore cinq kilomètres et elle
livrera ses deux dernières miches chez la blonde et superficielle Jennifer Woodbridge.

Jenny a sursauté et a failli s'écrouler parterre. Les yeux emplis d'une indicible
terreur, elle regarde son agresseur; Malvin qui est là, debout, dans l'encadrement de la
porte, une cuisse de poulet à la main et le regard méchant...
Malvin avance vers Jenny... menaçant... mauvais...
La pauvre essaie de sautiller à reculons. Ses yeux et ses gémissements se font plaintifs,
implorants et ce qu'elle lit dans ce regard sadique et malade la fait frissonner
d'effroi. Une formidable gifle l'envoie s'effondrer dans le canapé.
"Faut pas faire ça !!!"
Jenny ne peut plus retenir ses larmes qui inondent maintenant son visage marqué.
"Pas faire comme Maï Lee !!!"
L'homme détache fébrilement les chevilles et les jambes de la jeune femme qui se tortille
en gémissant frénétiquement.
"Oh non... plus comme Maï Lee, plus jamais !!!"
Au delà de sa terreur, Jenny ne comprend pas ce que raconte Malvin... Maï Lee ?!
Qui est-elle ?... Et qui est-il, lui, en réalité ?... Un criminel ?... Un fou ?...
Criminel ?... Oh oui !!!... Fou ?...
L'ex caporal Malvin Cordell ne peut plus être autre chose qu'un fou... Trop d'horreurs
dans sa tête ! Trop de morts, d'atrocités, de sang, de puanteur...
Et puis il y a, il y a eu, il y avait Maï Lee !
Maï Lee, la petite eurasienne aux yeux verts, fille de ce commerçant de Saïgon.... Ils
s'aimaient... Elle lui était promise, elle lui avait dit, juré.
C'était son rayon de soleil dans l'horrible guerre. La petite fleur de lotus qui pousse
dans le cloaque; son printemps en plein hiver; son ultime chance de rester un homme.
Hélas, Monsieur Thaï Phong père ne voulait pas de cette union. Les soldats américains
avaient beau être des alliés, ce mariage lui semblait par trop contre nature.
Un soir Malvin et lui s'étaient disputés; le ton était monté... beaucoup trop haut,
beaucoup trop fort et, la cocaïne et l'alcool de contrebande aidant, Malvin avait tué le
père de Maï Lee.
Au comble du délire éthylique et paranoïaque, Malvin avait ensuite violé la jeune fille.
Et comme dans un mauvais rêve qui ne cesse de vouloir s'enfoncer dans le cauchemar le
plus noir, le plus compact, le plus profond, Maï Lee avait saisi l'arme de service du GI
et s'était tirée une balle dans la tête alors que celui ci la pénétrait brutalement.
Alors, fou ? Malvin ? Sans aucun doute !...
D'ailleurs Jenny vient de le comprendre et alors que la brute lui retrousse sa robe et
lui arrache sa culotte de nylon, ses yeux cessent brusquement de pleurer comme si la
peur, ayant franchi l'ultime porte de la raison avait figé ses larmes au fond de son âme.

La pauvre Emily ne comprend pas ce que raconte de manière si incohérente et exaltée ce
pauvre demeuré de Gus.
Elle l'a vu arriver par sa fenêtre, s'étaler en dérapant avec sa bicyclette sur le
gravier devant l'entrée et tambouriner contre sa porte en hurlant "Myriam où ?... Myriam
où ?..."
Comment lui faire comprendre de se calmer à ce grand gaillard simplet ?
"Ou Myriam ? Danger ! Myriam ! Danger ! Danger ! Où ? "
La petite vieille sans trop comprendre quoi que ce soit et quel danger ce pauvre d'esprit
évoque, a à peine le temps de citer le nom des Woodbridge que le grand innocent repart de
plus bel dans l'autre sens, laissant Emily Dwight plongée dans un océan de perplexité.

Midi et quart. Il fait de plus en plus lourd et le ciel charrie maintenant de gros nuages
noirs et menaçants. Les premiers éclairs muets et diffus allument par instant l'horizon.
Myriam soupire. Il ne manquait plus que ça !... Heureusement qu'elle arrive bientôt chez
Jennifer, elle boira avec plaisir un grand verre d'eau bien fraîche... si son
insignifiante hôtesse pense à lui offrir !...

Jenny se débat un moment mais Malvin serrent ses mains sur son cou tout en la pénétrant
méchamment.
"Tu croyais m'échapper salope ! Maï Lee aussi le voulait... mais je vous tiens !!!"
Les doigts l'étranglent de plus en plus fort au fur et à mesure que cet horrible pieu
s'active en elle et que la respiration du monstre devient saccadée.
Les poignets toujours liés et cisaillés de la jeune-femme, écrasés sous les poids
conjugués des deux corps devraient la faire horriblement souffrir. Son bâillon toujours
aussi tendu et sa respiration bloquée par la poigne de fer devraient l'étouffer de façon
si angoissante mais Jenny ne le sait plus... ne le sent plus...
Son âme s'est déjà résignée et elle oublie tout.
Des cris d'enfants inondent ses oreilles... Le soleil illumine la prairie et son petit
chat miaule dans ses bras... Sa maman l'appelle pour le goûter mais Florie, sa grande
soeur court plus vite pour avoir la première part. Jenny, dans sa jolie petite robe à
fleur veut la rattraper mais le soir tombe si vite... trop vite... elle n'y arrivera
pas... la nuit finit par l'emporter.
Dans un grand râle rauque et sourd, Malvin se vide dans ce corps devenu inerte.

Dehors le premier grondement de tonnerre fait frissonner les grands arbres tandis que les
premières gouttes de pluie crépitent sur la terre brûlante.

Myriam engage la vieille Dodge dans l'allée.

Gus hurle à la mort en pédalant comme un damné.

Trempé de sueur, haletant, les yeux fermés, Malvin reste un long moment allongé sur sa
victime.
Il est presque à deux doigts de s'endormir dans cette position morbide quand un bruit de
voiture le tire de sa torpeur.
Aussitôt son instinct de fauve traqué reprend le dessus et, tout en remontant son
pantalon crasseux, il se précipite à la fenêtre.
Une vieille Dodge qui a du être rouge dans sa jeunesse se gare devant la maison.
"Merde !!!"

Myriam descend et remarque tout de suite le corps sans vie du chien toujours étendu sur
le flanc devant sa niche.
Une forte inquiétude doublée d'une grande tristesse l'envahissent quand elle remarque la
tache de sang sous le poitrail de l'animal.
Tremblante, elle monte les marches du perron et frappe à la porte d'entrée.
Pas de réponse...
Nouvelle tentative !
Sans plus de succès...
"Jennifer ?..."... Rien !... "Jennifer Woodbridge, vous êtes là ?..."...
Face à ce silence obstiné, Myriam se décide à redescendre l'escalier et à jeter un oeil
par la fenêtre en se tendant au maximum sur la pointe des pieds.
La vision de la jeune propriétaire allongée sur le canapé, ligotée et bâillonnée la fait
reculer... chancelante, incrédule.
L'instant de stupéfaction passé, Myriam, jeune femme courageuse mais insouciante, se
précipite sur la porte...
Grâce au ciel, elle n'est pas fermée à clé et elle peut pénétrer à l'intérieur.
"Que se passe-t-immmmff..."
Malvin l'attendait dans l'ombre et se jetant sur elle lui plaque une main ferme sur la
bouche !
Myriam se débat furieusement mais la poigne de l'homme est trop puissante et elle ne peut
l'empêcher de lui enfoncer une éponge entre les lèvres, ni de sceller celles ci de
plusieurs bandes de sparadrap.
Myriam est sportive et musclée mais que faire face à cette brute qui n'a aucun mal à lui
lier maintenant les poignets dans le dos et lui enserrer les chevilles de plusieurs tours
de corde ?...

Gus ne relâche pas son effort.
Ruisselant de sueur, d'eau et de larmes; les yeux rivés sur l'horizon, obsédés, comme si
ils voulaient l'attirer à lui, le rapprocher; il continue de pédaler, continue de lutter
contre l'inertie de sa vieille monture métallique, grinçante et cacochyme.
Les éléments sont avec lui, complices de sa lutte désespérée. La pluie le rafraîchit
tandis que le vent le pousse en avant.
Gus a mal au crane et au ventre. Mal à l'âme et aux tripes. Et l'effort consenti depuis
presque deux heures n'y est pour rien. La douleur vient d'ailleurs. Un ailleurs qu'il ne
comprend pas, qu'il ne connaît pas mais qu'il perçoit si bien.
La souffrance est celle de Myriam, de SA Myriam. Sa Myriam qu'on menace; sa Myriam qui
l'appelle au secours.
Et Gus hurle à pleins poumons; il hurle sa rage, sa peur, son amour et son impuissance.
Autour de lui et en lui, l'orage éclate, violent, divin, malin et irréel.
Et son dos commence à s'iriser d'une étrange lueur blanchâtre, une aura de feu.

Myriam se tortille parterre, allongée sur le parquet de chêne parfaitement ciré et
entretenu. Elle lance à plusieurs reprises ses pieds entravés en direction du tueur; ses
grands yeux verts dilatés d'une fureur angoissée fusillent son agresseur.
Des grands yeux verts encadrés de boucles d'ébène... Maï Lee !
"Tu es revenue... Pourquoi m'as tu fait ça ?!?..."
Malvin s'accroupit en chevauchant les jambes de sa victime pour les immobiliser et plaque
les épaules de la jeune femme au sol. Son visage se rapproche de celui de Myriam.
"On va partir Maï Lee... ensemble... loin d'ici... très loin..."
La jeune femme rugit sous son bâillon et essaie en vain de désarçonner le fou dont les
yeux brillent d'une lueur étrange et malsaine. Ses doigts tremblants et fiévreux
caressent le cou de sa prisonnière. D'abord légers et furtifs... maintenant, plus
pressants et menaçants...
"Plus rien ne nous séparera, chérie..."

Dehors, les nuages lourds et oppressants ont obscurci le paysage et les éclairs
projettent des ombres fantomatiques sur les murs du salon. La pluie s'est faite averse et
martèle la toiture et les fenêtres comme si elle voulait entrer de force. Des flaques se
forment un peu partout sur la terre trop sèche et qui ne peut tout boire d'un coup. Le
ciel gronde puissamment et exprime une colère sourde qui s'amplifie à chaque seconde.

Près de la niche, le cadavre du molosse semble vibrer doucement...

Les doigts de Malvin se resserrent comme un étau fatal sur le cou de Myriam qui commence
à étouffer.
Les narines de la jeune femme se dilatent à l'extrême voulant capturer l'air vital qui se
refuse.
L'éponge semble vouloir s'introduire dans sa gorge. Elle essaie désespérément d'ouvrir la
bouche mais la toile adhésive qui la recouvre ne cède pas et elle a l'impression que sa
peau va s'arracher.
"Calme toi... Laisse toi aller... Ca va aller vite..."
Les forces de Myriam s'affaiblissent et l'abandonnent progressivement.
Un voile opacifie petit à petit sa vision et les paroles du monstre se diluent dans un
brouillard épais.
Son âme lutte encore et encore mais son corps ne suit plus.
Elle va mourir !

Nooon !!! Le cri a éclaté dans l'obscurité tel un coup de tonnerre.
Une poigne de fer agrippe le dos de Malvin, l'arrache et le projette lourdement à travers
la pièce. Sa tête va heurter le coin de la table avant qu'il ne s'effondre sur le tapis
de laine.

Gus s'accroupit à coté de son amie et rapidement lui libère la bouche.
Dans un sifflement de forge, Myriam aspire en une fois tout l'oxygène que son corps
réclame ardemment.
Gus au comble de l'excitation, exulte; il est arrivé à temps et des larmes traduisent
déjà son intense émotion.
"Oh Gus content !!!... Content... Arrivé et sauvé Myriam... Enfin !..."
La respiration de la jeune boulangère se stabilise lentement et elle peut enfin sourire à
son sauveur.
"Oh merci mon petit Gus... Sans toi, ce salaud me tuait... On peut dire que tu es arrivé
juste au bon moment..."
Ses yeux renvoient une infinie reconnaissance... avant de s'arrondir soudain dans une
expression de terreur.
Malvin, la figure balafrée d'une profonde entaille ensanglantée, est apparu derrière Gus
et semble plus grand, plus fort et plus menaçant que jamais !
"Attention !!!"
Trop tard un formidable coup de pied s'écrase dans les côtes de Gus et l'éjecte
brutalement.
"Connard de bouseux !!!"
Ne laissant pas le temps au pauvre garçon de s'en remettre, le fauve le redresse et lui
envoie un véritable coup de butoir dans l'estomac. Un nouveau coup de poing le rejette en
arrière. Gus revient à la charge, plié en deux, comme un bélier et c'est un genoux jeté
en avant qui le cueille violemment à la mâchoire.
Le brave sauveur est une force de la nature mais il a en face de lui une machine de
guerre, un tueur aguerri et surentraîné.
Et c'est un véritable déchaînement de haine brutale et violente qui le repousse dehors et
l'envoie s'étaler juste devant la niche.
Courageusement, à bout de force, il essaie de se relever une dernière fois et c'est d’un
regard embué par la pluie et la souffrance qu'il aperçoit une barre à mine se lever très
haut dans le ciel noir et retomber comme un fléau sur ses jambes. Ses deux rotules
explosent simultanément dans une fulgurante douleur qui lui vrille le cerveau et lui
arrache un hurlement de bête touchée à mort.
"Pauvre merde !!! Je vais en finir avec ta copine et je reviens m'occuper de toi !... Tu
vas regretter ta naissance, crois moi !!!..." Et Malvin éclate d'un rire sonore et
sadique tout en retournant vers la maison...

Ivre de douleur et d'angoisse Gus essaie de se relever... et retombe face contre terre,
abattu, terrassé, vaincu...
"Myriaaaaaam !!!"
L'appel poignant jaillit du fond de ses tripes meurtries. Il se fiche de sa souffrance;
aucune importance; mais il a failli. Myriam va mourir et il n'a pas su la sauver. C'est
de sa faute et il donnerait sa vie sans aucune hésitation contre la sienne.
Et Gus craque; il redevient l'enfant qu'il n'a jamais cessé d'être et pleure à chaudes
larmes. Il est innocence et pureté. Ses yeux se posent sur le corps sans vie du molosse.
Là à vingt centimètres de lui... et il l'implore en sanglotant !
"Chien... vis !... Vis, chien, vis !... Aider Gus, chien... s'il te plaît... Méchant
homme trop fort pour Gus !... Gus peut pas... tout seul, peut pas... chien... pitié...
pitié..." Et sa main va caresser l'encolure ensanglantée... instinctivement.
Les éléments furieux se déchaînent maintenant et l'orage atteint son paroxysme. La pluie
redouble d'intensité. Le ciel gronde de manière assourdissante. Le vent semble vouloir
tout balayer. Les éclairs se multiplient.
A peine la main de Gus a-t-elle touché l'animal que le feu céleste s'abat sur son dos
trempé.
Dans un cri strident, Gus se cambre, tétanisé. Et il voit... Les yeux du molosse sont
grand ouverts et luminescents et cette lumière aveuglante le pénètre et l'envahit
totalement. Gus est saisi de tremblements incontrôlables. Et le ciel noir se déchire et
explose en une multitude d'éclairs qui le frappent les uns après les autres. Incrédule,
Gus assiste à un spectacle incroyable.
Chaque éclair porte en lui un corps qui semble entrer dans le sien. C'est d'abord une
blonde au chignon défait...Jenny; puis une petite eurasienne aux grands yeux verts avec
une tache rouge sur la tempe... Maï Lee; puis un homme en complet veston au torse criblé
de trous ensanglantés; puis un enfant... deux... trois... une femme... une autre... un
vieillard... à nouveau un enfant, tous horriblement brûlés et martyrisés; en fait toute
la population de Dinh Pham, innocent village vietnamien anéanti par les bombes au napalm
en 1970 sur de fausses indications du caporal Malvin Cordell qui espérait ainsi être
promu sergent.
Et chaque éclair provoque une cruelle brûlure mais Gus finit par en rire aux éclats en
acceptant joyeusement la douleur car chaque éclair lui apporte aussi une force
supplémentaire.
Gus finit par se relever ignorant ses jambes broyées et les bras levés au ciel appelle et
encaisse avec frénésie toute cette puissance qui le pénètre.
Quand le ciel referme enfin cette porte divine et lumineuse, c'est une armée de mille
âmes, mille cœurs et mille volontés farouches et vengeresses qui l'habite...

Et c'est un Gus aux yeux incandescents qui pénètre dans le salon sous les regards hébétés
de Malvin et de sa victime...
"Malvin Cordell, nous sommes venus te chercher !!!"
Ce sont les lèvres de l'innocent qui ont bougé mais c'est une voix d'outre tombe qui
s'est faite entendre; la voix de tous les damnés qui ont eu le malheur de croiser la
route du tueur sadique.
Et l'infernale machine de guerre n'est plus qu'une insignifiante poupée de chiffons quand
Gus, quand l'armée de ses victimes s'empare de lui, l'entraîne dehors et le hisse à bout
de bras, l'offrant au ciel.
"Malvin Cordell attend son jugement !"
Aussitôt, une tornade prend forme et vient aspirer l'homme qui éructe, rugit et se débat
en vain emportant à sa suite une armée d'anges accompagnée de l'aboiement joyeux d'un
fidèle molosse.

Gus est retombé lourdement sur le sol détrempé tandis que la pluie a cessé et que les
nuages noirs se sont dissipés comme par enchantement.

.../...

Un homme en pleurs est assis sur le perron alors qu'on enferme le corps de Jennifer
Woodbridge et de son chien dans des linceuls de plastique noir.

Les objectifs des caméra de la presse locale filment, incrédules, la scène de cet
incroyable fait divers; un meurtre et un meurtrier "évaporé"... Et un incroyable orage
uniquement localisé sur ce petit lopin de terre...

Myriam est blottie dans les bras de son mari Robert.
"Attends... juste une seconde !"
Elle court vers l'ambulance qui attend, gyrophare en fonction, juste à coté de la voiture
du shérif. Gus est allongé sur une civière.
"Tu as vu Myriam ?... Tout le monde, il est vivant !... Tout le monde, il est monté dans
le ciel !..."
Gus affiche son plus beau sourire; le sourire d'un enfant émerveillé; le sourire de
l'innocence la plus pure.
"Oui mon Gus; ils sont tous vivants mais... chut !... Ce sera notre secret !..."
"Oui Myriam... Gus content !... Gus a un secret avec Myriam..."
La jeune femme lui rend son sourire et lui dépose un tendre baiser sur le front.

Au bout de la maison, la bannière étoilée a été arrachée par la tempête et est tombée
dans une mare de boue comme le symbole d'un droit divin qui ne veut plus de guerres en
son nom.

Là bas dans la prairie à nouveau inondée de soleil, un autour a relâché une hase et la
regarde rejoindre ses levrauts terrorisés...




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Très bon texte. Cette histoire nous rappel que la guerre créé des monstres plus qu'elle n'en tue et que les horreurs que nos soldats vivent ou voient ne devraient avoirs lieu. Le dévouement de Gus est héroïque et tellement simple qu'il ne peux qu'être innocent Cette phrase parle d'elle même "comme le symbole d'un droit divin qui ne veut plus de guerres en son nom."

 

 

L'histoire était un peu trop brutale et l'heros est un attardé mental ça change. Mais j'ai trouvé cela moyen.

 

 

Wouahou ! Très belle écriture, on n'en sort pas indemne ! Bravo pour le suspense, je suis fan !

 

 

Très bien écrit. Je trouve l'idée vraiment intéressante (même si glauque ^^). Le seul problème serait que l'on s'attache peu à Myriam et Gus, leurs sentiments ressortent moins que ceux de Jenny et du psychopathe. Sur ce, courage!!! C'est mortel <3

 





   
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