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Drummond Street-Clifton Hill (Partie III)

Auteur de recits


Récit écrit par SP Joshua.
Auteur homme.    Contacts de l'auteur : lord_a723hotmailcom



histoire publiée le 07-02-2011
Catégorie :Romans, Nouvelles, Micronouvelles, Récits historiques
Histoire 8249-s501

Titre : Drummond Street-Clifton Hill (Partie III)

Nouvelle  Rencontre  Urbain 
 
 

Drummond Street-Clifton Hill (Partie III)


Partie III








N°1 COLIN

9pm

« Aimez-vous, les uns, les autres… »

C’est très juste, mais avant toute chose, n’oubliez pas de m’aimer, moi. Petite
précision à souligner, comme ça, vite fait, à la (toujours discrète) voisine), Abby.
Je l’ai, d’ailleurs, entraperçue, ce matin, en partant au boulot (preuve qu’elle est
bien chez elle à cette heure là), par chance – et pour une fois – je n’avais pas
glissé d’œil sous la porte de son appart… Par malheurs, par contre, je ne me promenais
pas avec Queenie dans les bras… C’est vrai que c’est un piège à fille un peu bidon,
mais peut-être qu’arrivera quand même le jour où, se tenant devant moi, droite comme
un « i » (ou pas), Abby me dira : « Mais, qu’est-ce qu’il est mignon ce chat ! ». Ou
bien je me fais des films à l’ampleur de James Cameron… J’ai mon idée sur la réponse,
mais « chut ! ».

Quoiqu’il en soit, Abby est plus radieuse chaque fois que je la vois. Lorsque je passe
trop de temps à ne la faire vivre que dans mes pensées, je me dis que j’en fais trop,
qu’elle ne vaut sûrement pas le 10/10 que je lui attribue dans mon barème de filles
craquantes… Et pourtant ! Chaque rencontre est magique. Quand je dis « rencontre »,
c’est un grand mot, je crois. Moi, je la rencontre. Elle, elle me salut à peine…si
c’est bien à moi qu’elle s’adresse !

Mais, ne perdons pas espoir, rien n’est fichu d’avance et je suis boosté au maximum
pour aller jusqu’à elle. Aucune brune n’avait eu autant d’emprise sur moi que cette
voisine. Je crois qu’elle est angélique. Je crois aussi que j’en fais un peu trop…
Mais je préfère quand même garder la première version.

Je me rêve en poète quand, le soir, je pense à elle (même au boulot d’ailleurs, bien
que ce ne soit pas très glorieux), et je rédige tant bien que mal des sonnets à son
intention… Si ça, ce n’est pas de la Passion, qu’est-ce alors comme sentiment ?? De
l’obsession… Oui, peut-être aussi, quoique ce soit légèrement moins romantique. Mais
cela reste un sentiment très fort !!!!

Sa chevelure brune me suit jusque dans mes rêves et l’ovale de ses jolis yeux au
regard pétillant laisse deviner, je le sais, une profonde douceur et une intense joie
de vivre. Je pense souvent me perdre en conjectures, mais, que voulez-vous, lorsque
l’on n’a rien, on fait avec ce qui reste.

Je sens que je finirai par épingler sur la porte de mon frigidaire, son emploi du
temps afin de savoir vraiment, quand la croiser. Mais, j’ai bien peur que ça ne fasse
un brin trop maniaque. Et, pour peu que j’ai l’occasion (j’en doute !) de la laisser
rentrer un jour chez moi…ce serait plus que douteux !


Comme j’aimerai pourtant ne pas avoir ce premier pas à faire dès le surlendemain… Si
je n’ai pas le courage, je pourrai toujours dire à Eve qu’après tout, pourquoi pas,
elle n’avait pas de poivre… ni de sel… ni de sucre. Je m’échaufferai quand même dans
la soirée. On verra de quoi est capable Colin ! L’homme qui, non seulement, a le moins
de gouaille en Grande-Bretagne, mais aussi se dégonfle comme un soufflé manqué quand
il faut approcher la gente féminine.

Je meurs.

J’ai l’impression de participer à Fear Factor et j’ai moi-même de gros doutes sur mes
chances finales. Mais, ça ne sert à rien de me lancer avec cet état d’esprit là, c’est
vrai. Lorsque je frapperai à la porte de la belle, autant y aller franchement, avec
dans la tête, l’idée bien ancrée qu’elle est née pour être ma dulcinée, que c’est un
fait irrémédiable.

Ben voyons !

Quitte à être fou, autant l’être complètement ! (voilà que je repars avec l’état
d’esprit du looser !). Cette fois-ci, je ferai tout pour que le temps ralentisse ! Je
n’ai vraiment pas hâte d’y être, loin s’en faut !

Vous avez dit « peureux » ? Oui, exactement. Et vous ?









N°1 EVE

10pm

« Comment renoncer aux usances câlines, au confort, au bien-être indolent de la vie ?
»

Chateaubriand a souvent raison, cela me peine de l’admettre. La télévision aussi
d’ailleurs et cela me peine d’autant plus ! Je ferai bien de l’éteindre, surtout que
je ne la regarde pas.

Que n’ai-je pas manqué en préférant le confort à Nolan ?

Cela est strictement rhétorique. Je sais, je crois, à côté de quoi je suis passée.
Tout du moins, je le suppose : l’Amour de ma Vie. Rien que cela. Je le savais déjà à
l’époque et je pensais que le Temps panserait les plaies que je m’étais infligées
toute seule, en laissant Nolan sur le carreau, loin de mon cœur. J’aurai déjà du le
savoir, que la seule vraie pommade pour mes blessures étaient le sourire de cet homme.

Plutôt que de passer une vie entière auprès d’un homme distant qui ne m’a jamais aimée
(je ne puis pas lui en vouloir réellement, la réciproque étant de mise), j’aurai pu
vivre toutes ces années auprès de Nolan. Il me l’avait si souvent suggéré, sans
pourtant vraiment jamais me reprocher mon union.

Nous aurions regardé passer les années ainsi, main dans la main, à nous renvoyer nos
regards emplis même amour, profond et pur, tel qu’il l’était déjà lors de notre
rencontre. Et, me revoilà, à rêver, pareille à une collégienne qui attend le prince
charmant. C’est mon côté naïve, mais il me semblait qu’il était passé tout près de moi
celui-ci, et que je lui ai dit de remonter sur son cheval et reprendre son chemin,
sans même un regard… N’ai-je donc rien fait de plus stupide de ma vie ??? En tout cas,
cela demeurera l’idiotie qui aura eue le plus d’impact sur le cours de mon existence,
je crois.

Et, après tout, à choisir le confort tout prêt, qui pourrait me jurer que Nolan n’eut
pas su me le fournir lui aussi ? Me l’apporter de son côté ?... Dans notre belle
demeure, où nous aurions vécu en parfaite harmonie, nous aurions alors eu une flopée
d’enfants à nous. Attention, je ne renie ni Liam, ni Pearl, ils sont ma gloire, la
réussite unique de mes années de mariage.

Aurais-je vraiment bien du rouvrir ces lettres ? Il est déjà 10 o’clock, et je suis
encore là, à les tenir dans les mains et à songer à ce qui « aurait pu être ». Cela ne
mène à rien. J’ai vécu une vie bien remplie malgré tout. Une seule chose me tracasse
avec ces courriers, je suis pratiquement certaine qu’il n’y a pas ici l’intégralité de
ceux-ci. Et, cachés comme ils étaient, je ne serai jamais vraiment sûre que Jepson ne
soit pas tombé, un jour, sur notre correspondance, à Nolan et moi.







N°2 COLIN

10pm

« Le hasard gouverne un peu plus de la moitié de nos actions, et nous dirigeons le
reste. »

Machiavel me laisse pantois, tant il reprend joliment à son compte une simple sagesse
populaire… Celle-ci, d’ailleurs, aurait-elle raison ? Est-ce que je me suis passionné
par la douce et belle Abby par la force du hasard ? Est-ce que notre proximité joue le
rôle principal là-dedans ?

Installé au milieu du « salon », mes jumelles à la main, je passe en revue tous les
voisins. Si je n’avais pas craqué sur elle, pour laquelle (lequel ?) aurais-je fondu ?
D’abord, les plus proches, ceux du bâtiment, je me les passe en tête.

A côtés de chez Abby, il y a Miss Garth, que je croise parfois dans l’escalier ou dans
la rue lorsqu’elle promène son chien. C’est une dame d’un certain âge et des bruits
circulent sur une prétendue folie… Personnellement, je la trouve très aimable et
toujours souriante. Je l’aime bien. Il n’y a que son chien qui m’insupporte un peu. Je
lui trouve de vagues airs de rongeur, d’ailleurs il en a la carrure également.

Bien entendu, je ne connais pas tout le monde dans la bâtisse, mais parmi les
habitants, certaines personnes se distinguent. …Il y a quelques jours encore, un jeune
couple d’étudiants, un peu rebelles – plutôt bruyants, il est vrai (bien sûr, ça ne
gêne que très peu Miss Garth, même s’ils logeaient juste au dessous) – et des fenêtres
desquelles s’échappait régulièrement une drôle de fumée… Ceux-là ont été placés en
garde-à-vue il y a une semaine. Leur appartement est en réfection maintenant.

Il y a également un autre couple que leur musique, justement, dérangeait. Ce couple a
un enfant d’à peine deux ans. Ceci explique cela…

A priori, dans ces trois appartements, je n’aurai pu tomber sur une Abby en puissance.
Voyons voir quels sont les locataires restants.

Il y a également le vendeur de Fish and Chips de Kilburn Park. Pas vraiment un type
sociable, celui-là. Mais bon, vu que je n’aime pas ce qu’il vend… Il n’y a pas de gros
souci.

Je prends ma paire de jumelles à deux mains, et observe l’immeuble en face. Inspectons
qui habite là-bas, au cas où il s’agirait d’avantage de premier choix qu’ici… juste
pour voir.

Dans l’appartement juste en face du mien, de l’autre côté de la chaussée de Clifton
Hill, se trouve l’appart de Mrs Hilford. Elle, elle est aussi connue de tous, mais ça
n’est pas pour autant réellement la personne la plus appréciée du quartier. Une sorte
de vieille fille, un peu mégère sur les bords. De plus, tous les commerçants d’ici
connaissent sa réputation de radine invétérée. Mrs Hilford discute chaque prix qu’elle
croise… Mais pas seulement ! Quand il est question d’économie, elle trouve toujours
une technique, redouble chaque fois d’ingéniosité. Ainsi, pour ne pas payer de
télévision, la vieille passe simplement ses soirées l’oreille collée à la cloison, à
écouter celle de ses voisins ! …Ou, lorsqu’il n’y a rien au programme, écoute
simplement les locataires du dessus, dans leurs disputes conjugales. Passionnant, à
l’en croire ! Mais douteux.

Dans l’appartement d’à côté, vit un vieil homme que je croise parfois au Pet Shop et
qui vit seul avec ses tortues. Ca tombe bien, son voisin à lui, est justement le
propriétaire de la boutique, pas tout jeune non plus.

J’en viens à me dire que, si j’ai flashé sur Abby, ça pouvait, bien sûr, être le fruit
du Hasard, mais c’est certain, après ce passage en revue, ça pouvait aussi très bien
être un choix par défaut, non ?... Ce serait malheureux tout de même. Mais bon,
pourquoi n’aurais-je pas craqué aussi sur la serveuse du Kevin’s, sur Warwick, elle
aussi habite en face. Mais là, j’évite de l’observer aux jumelles, j’ai pas vraiment
envie de rejoindre le couple du dessous. Je ne suis pas sûr d’être vraiment dans la
légalité, là, déjà.

Je reste dans le doute et le désarroi, préférant pour le coup aller m’échauffer pour
la soirée du surlendemain… Cela approche, après tout. Faudrait pas que je m’évanouisse
sur le pas de la porte, c’est tout. Là, le côté ténébreux, viril, ce serait un peu
foutu pour le coup. Je m’étire.

Go !







N°2 EVE

10am

« …Il changera votre vie à jamais… »

Bien sûr, c’est la réclame pour le Tonicabdos/Fessiers, mais, après tout, elle
s’adapte à tout, cette phrase-là. Je connais des choses qui changent bien plus de vies
qu’un appareil de musculation. Si je savais comment faire, je verrouillerai le canal
de la BM5. Les sourires incessants et faussement complices du présentateur et de la
greluche me dépriment en fin de compte. Je crois qu’il me faut une bonne dose de BBC,
histoire de voir qu’il y a plus malheureux que moi, ici. Ou bien alors, le remède
miracle auquel je recours chaque jour en ce moment… Oui, c’est cela.

Je fais « mémoire 2 » sur le combiné. Je demande Colin, pour changer.

« - BM5, bonjour, Colin M.. Que puis-je pour vous ?

*

Bonjour. Je suis Mrs Hurley, j’appelle pour un Tonicabdos/Fessiers…
*

Très bien… C’est pour vous ?...si je puis me permettre…
*

Euh, oui, c’est que je me trouve légèrement trop en rondeurs et vous dites dans
la publicité qu’il va…
*

Euh, un instant…dit Colin, hésitant…
*

…changer ma vie, conclus-je. Qu’est-ce que c’est que ce boulot, Colin ?
*

Je peux pas connaître toutes les réclames, Eve ! Vous ne vous rendez pas compte
!
*

De toute façon, à mon avis, ils ne font pas vraiment dans la diversité…dis-je,
moqueuse.
*

En effet, mais quand même… Vous allez bien ? Me demande-t-il, changeant
brusquement de sujet.
*

Et vous ?
*

Une journée de travail de plus…en moins. J’appréhende quand même légèrement la
mission qu’une personne mal intentionnée m’a exhortée à accomplir, Eve !
*

La mission ??demandé-je, sincèrement distraite. Oh oui, la mission… J’espère
pourtant que la motivation est là, mon ami. Il n’y a pas de meilleure alliée que la
motivation.
*

Elle est là. Juste à côté du trac, de l’angoisse et de la panique…
*

Ah très bien. Je situe. Si jamais vous arriviez à la glisser ne serait-ce que
légèrement sur le devant de la scène, tout irait beaucoup plus naturellement, lui
déclaré-je, vraiment persuadée de cela.
*

Je ferai de mon mieux… Vous êtes sûre que tout va pour le mieux, Eve ? Je vous
sens un peu distante ce matin…
*

Vous lisez en moi comme dans un livre, jeune homme. Je suis simplement un peu
perplexe, nostalgique aussi… »


Et je me retrouve à lui faire le récit de mes aventures de la veille, de ma surprise
en redécouvrant cette correspondance perdue…et surtout, je lui décris avec force
détails, l’auteur du courrier.

« - …il était le plus doux des hommes… Mais bon, on ne réécrit pas l’histoire. Je
n’ai pas ce don, et vous me diriez si vous l’aviez, je crois. Conclus-je.






N°3 COLIN

6am

« JazzFM vous enchante de… »

…Et ma main cogne le radio réveil si brutalement qu’il finit sa course dans le mur.
Même en ayant changé de fréquence, rien n’y fait, je n’aime pas le réveil…je n’aime
pas le lever en fait. Surtout pas aujourd’hui : vendredi. Pourtant, je devrai, c’est
la fin de semaine… mais, ce soir, je dois surmonter mon trac. On respire fort,
histoire de ne pas paniquer dès 6 o’clock. Ce serait bête quand même.

Commençons cette journée comme si elle était normale, si tant est que cela soit
possible. Je poursuis mon train-train comme si de rien n’était. Après tout, et avant
cette soirée, c’est une journée habituelle (de travail) qui m’attend.

D’ailleurs, je pensais bien en me levant qu’un petit chaton m’attendrait à mon lever.
J’ai beau chercher partout dans l’appart, je ne trouve pas de trace de Queenie. Enfin
si, des traces, ça j’en trouve. Pas forcément des plus catholiques qui soient. Mais
bon, je ne vois pas la minette. Cela va finir par me retarder à la longue, tout ça.

Je fouille à travers la demeure et, la seule chose que je remarque, c’est la fenêtre à
guillotine de la salle de bain qui est restée ouverte cette nuit. Bon, d’accord, c’est
le printemps, mais c’est le printemps britannique quoi. Pas de quoi s’enflammer à
laisser les fenêtres grandes ouvertes ! Si jamais Queenie s’est fait la belle par là…
Et voilà ! Un souci de plus ! Mon Dieu, voilà que je m’inquiète. C’était vraiment pas
une idée de génie que d’adopter un chaton.

Je sens que je vais être très très tendu toute la journée… La moindre des choses que
je puisse faire serait des avis de recherche. Encore un truc, d’ailleurs, qui me
permettra de ne pas travailler… Je ne dirai pas, quand même, que je me tue à la tâche
dans mon boulot, et là, je me permettrai une nouvelle fois de m’adonner à une autre
activité.

Ainsi, donc, la journée s’est déroulée dans l’angoisse et l’incertitude… Une fois les
premières affichettes épinglées sur les poteaux du quartier, je me préparerai pour
passer à l’action principale de la soirée.

Dans le bus, sur le chemin du retour, j’apprécie une fois de plus les odeurs qui
flottent dans l’air et la compagnie des gens au regard un peu louche (peut-être
pensent-ils la même chose à mon propos, pas pour l’odeur, j’espère toutefois). Mais
aujourd’hui, je descends un arrêt plus tôt, armé d’une agrafeuse « empruntée » au
travail, afin d’effectuer mes premières recherches.

Cela m’amène à rentrer chez moi, bredouille, une heure et demie plus tard qu’à
l’habitude, mais avec la satisfaction du travail fait au fond de moi. Je file me
doucher. Peut-être Abby n’apprécie-t-elle pas forcément les hommes qui sentent le
renard. Et, même si cela reste une supposition, cela ne coûte rien que de me prémunir
face à cela. Je me verrai bien mettre ma plus jolie tenue tant qu’à faire… Nan, pas
celle là, ça n’est quand même pas un dîner à l’ambassade. Ni celle-ci, j’ai l’air d’un
croque-mort, tout cintré en noir, comme ça… Et qui trouverait crédible que je cuisine
en costard ??? Déjà, mes proche ne trouveraient pas croyable que je cuisine,
simplement… Je vais me la jouer sobre, mais élégant. Un jean et une chemise. C’est
classe et en plus, surtout, c’est crédible !

Je colle l’oreille à la cloison, histoire de ne pas me casser le nez en allant frapper
à sa porte… J’entends des bruits. On dirait qu’elle regarde la télé.

Deux-trois étirements, ce n’est pas du luxe. Quelques respirations appropriées, et
c’est parti. Je sors et vais toquer chez Abby. Comme je me sens bête. Je me récite
intérieurement un bout de dialogue, histoire de ne pas me planter dès l’entrée. On ne
sait jamais, je suis capable de beaucoup…

Au bout de 30secondes, d’une attente insupportable et que j’ai vues s’étirer pareilles
à des années, Abby ouvre la porte.

« - Oh… oui, bonjour, Colin.

Tiens, elle connaît mon prénom… Mon cœur s’emballe.

*

Euh, oui, je passais juste pour demander si vous aviez du poivre, dis-je
simplement.
*

Bien sûr, me dit-elle… Je vais vous le chercher. »


Elle s’en va, laissant la porte ouverte. Mais, au moment où j’aurai du saisir la
fameuse opportunité, lui imposer ma présence, faire preuve de panache, à ce moment-là,
oui, précisément, je vois par l’ouverture, un fouet posé sur la table basse…ainsi
qu’une paire de menottes accrochée au canapé du salon. Et, relié aux menottes,
statique, le vendeur de Fish and Chips qui me sourit. Je ne saurai dire s’il a plus
l’air gêné par la situation ou d’avantage l’air satisfait de sa conquête. Je ne
m’attarde alors pas sur le pied de la porte. Après tout, je n’ai pas besoin de poivre,
moi. Par pure politesse, je referme en partant… (Et puis ça m’aurait gêné que Miss
Garth passât dans le couloir).

Ca pour un coup, c’en est un ! Un vrai de vrai. Et toutes mes illusions qui
disparaissent d’un trait. Plus jamais je n’épierai par-dessous cette porte-là ! Je
n’ai aucune envie de tomber, un jour, face à face avec les fesses du vendeur, toutes
voiles dehors.

Conclusion de cette journée : chaotique à souhait. J’entamerai demain de plus amples
recherches pour Queenie… Je n’ai plus vraiment envie qu’Abby me dise « Qu’est-ce qu’il
est mignon votre chat ! ».






N°3 EVE

LETTRE 5

NOLAN

Yorkshire, Le 12 décembre, 196*


Eve,


C’est finalement comme cela que tout s’achève ? J’espère, pour ma part, que rien
n’est véritablement terminé.

Je continuerai de t’aimer, encore et encore. Comme je l’ai déjà dit, je ne t’en veux
pas. Tu as préféré interrompre l’histoire avant qu’elle ne se brise. Les éléments,
c’est juste, sont contre nous, et il serait vraiment compliqué, j’avoue à contrecœur,
de vivre pleinement notre amour.

Tu seras toujours dans mon cœur, comme ces médailles que certains portent pour se
savoir protégés. Tu resteras mon porte-bonheur, mon ange. Et, même si les mots sont
difficiles à écrire, je t’encourage à vivre tout le bonheur possible dans ta future
vie avec Jepson. Sincèrement.

Sache qu’il n’y a pas d’être plus charmant sur terre que toi, en tout cas, je n’en ai
pas croisé… Je penserai à toi chaque nuit dans mes rêves et chaque instant de ma vie…
Rien ne changera en fait…que le plaisir de te lire et de te répondre comme maintenant.
Tant pis, les choses changent, comme disent les autres. Et, je ne pouvais pas empêcher
cela, je le sais au fond de moi, alors pourquoi te reprocher un truc pour lequel il
n’y a pas véritablement de fautif au fond ? Que moi, de tomber amoureux fond d’une
princesse bientôt reine… C’est cela que de s’éprendre d’une jeune fiancée. Ce n’est
pas réellement l’acte le plus réfléchi qui soit. Mais le cœur a ses raisons… Etc.

Je crois connaître les raisons de mon cœur, mais te dire tout ce qu’il te trouve en
cet instant, ça non plus, ne serait pas bien réfléchi !

Je t’aimerai toujours, ma Petite Fée.

Nolan

A toi, à tout jamais.

**

Elle était glissée dans An Ideal Husband, je ne sais pas comment cette lettre
s’est distinguée des quatre autres, mais toujours est-il que j’ai réussi à la
retrouver ! Je soupçonne Jepson d’avoir lues cette correspondance et de, simplement,
avoir mal replacée le dernier courrier de Nolan.

C’est plutôt sobre, mais cela m’émeut énormément quand même. Les rares larmes qu’il me
reste finissent par couler le long de mes joues striées par la marque des années.

C’est la toute dernière lettre que nous nous soyons envoyée, lui et moi. Quelle
tristesse, tout de même.

J’étais sa Petite Fée, il était mon Prince… C’est un peu candide, j’avoue, mais cette
innocence me fait tellement de bien. Elle me manque. Il me manque.






N°4 COLIN


« Le plus grand obstacle au bonheur, c’est de s’attendre à un trop grand bonheur. »

Je crois que j’y suis. Pour une fois, je crois que j’ai saisi véritablement la
citation. Est-il forcément nécessaire que de se la prendre en pleine face, pour en
comprendre à chaque fois la signification profonde ?

Merci, Abby.

A peine avais-je déposé mes affaires dans les vestiaires des employés et, bien sûr,
observé à droite, à gauche, pour voir si Mr F. ne faisait pas le tour de ronde
habituel, que je m’étais empressé, ce lundi matin, de courir à mon poste. Etrange
précipitation, il est vrai, venant d’un habitué des petits « retards » matinaux,
surtout en ce début de semaine.

Mais bon, que voulez-vous, j’en ai des choses à raconter à Eve, c’est certain !

Faisant mine de chercher dans la base de données des particuliers à contacter pour un
premier démarchage ou une relance, je compose sur le combiné le numéro de ma nouvelle
amie.

« - Bonjour, Eve.

*

J’hésitais à vous appeler, Colin. Je n’étais pas sûre que vous fussiez levé…
*

Très malin ça…
*

Que me vaut cet appel si matinal ?
*

Il faut que je vous raconte le déroulement de la mission chez Abby…
*

Dites-moi tout, mon cher.
*

Quand je dis, « chez » elle… c’est une façon de parler. Je n’y suis pas entré.
*

Vous n’avez donc pas osé faire le premier pas ?! s’indigne-t-Eve, que je devine
hors d’elle.
*

Non, je n’ai pas osé, en vérité, il y avait déjà un hôte… Tout nu, sur le
canapé, et menotté ! expliqué-je.
*

Ah, je comprends mieux… Une connaissance ?
*

Le voisin du dessous. Pas vraiment une connaissance. Je n’ai pas osé me proposé
pour pimenter la chose.
*

Vous avez bien fait. Et vous avez bien reçu votre poivre ? me demande-t-elle ?
*

Je suis parti avant.
*

Désolée pour vous.
*

J’en avais de toute façon. Répondis-je, simplement.
*

Non, je veux dire, désolée, vous devez être très déçu.
*

Ca me passera, j’espère…
*

Je vous le souhaite, au plus vite… Me réconforte mon amie, soucieuse.
*

Et vous ? Je ne vous ai pas demandé… Le moral est au même niveau ? ou bien avez-
vous besoin de ma recette miracle ? lui demandé-je.
*

Il est plutôt en berne, j’ai osé relire la correspondance de Nolan, et j’ai,
bien sûr, été émue aux larmes…
*

C’était à prévoir… Vous savez ce qu’est devenu cet homme ?
*

Je n’en ai pas la moindre idée.
*

Vous n’avez jamais voulu savoir ? questionné-je.
*

Ce n’est pas cela. Pendant mes années avec Jepson, j’ai trouvé préférable d’en
savoir le moins possible sur Nolan, pour garder la distance entre nous, pour avoir
moins de désir à combattre dans mon cœur… Vous comprenez, Colin ?
*

Bien entendu. Mais désormais… Si Nolan a passé l’épreuve du temps… Jepson n’est
plus l’obstacle, Eve. Lui dis-je, profondément dans mon discours.
*

Vous pensez ? Est-ce vraiment une bonne idée ? Et, s’il n’avait pas passé les
années ? Me dit-elle, tendue.
*

Donnez-moi son nom si vous voulez, et je rechercherai son adresse. Entendu ?
*

D’accord. C’est Nolan D.
*

C’est parti…Je vous rappelle, à tout de suite, Eve »


Et, après 10 minutes de pianotage sur internet, je rappelais mon amie pour lui fournir
l’adresse, sans pour autant lui préciser que je m’étais aperçu que celui-ci habitait
mon quartier.

« - Alors ? Me demande-t-Eve, que je devine suspendue au combiné.

*

Mr Nolan D., 35 Clifton Hill, Londres. Recontactez-le donc, à l’occasion.
*

Je n’y manquerai pas, j’ai laissé filer trop d’années… On ne court pas après le
temps que l’on a perdu, mais on peut toujours faire de petites choses pour compenser
les dégâts, non ? Me dit-elle.
*

Je vous y encourage Eve, du plus profond de moi. Allez lui écrire…
*

J’y file. Allez travailler !
*

J’y…marche ?
*

D’accord, je ne vous presse pas. A très bientôt, Colin. Merci pour tout, bon
courage et bonne chance…
*

A vous aussi, Eve. »







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